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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 16:53

Une bénévole passionnée
et impliquée


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Pas de grand festival sans une équipe de bénévoles dévoués. Jazz sous les pommiers, à Coutances (Manche) en mobilise chaque année plus de deux cents. Pour vous présenter la 33e édition, « les Trois Coups » vous proposent de rencontrer l’une d’elles, Mme Monika Gunz‑Arnaud.

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Monika Gunz-Arnaud avec Youn Sun-nah

© Pierre-Yves Le Meur, 2011

Les Trois Coups. — Depuis quand, Monika, êtes-vous bénévole à Jazz sous les pommiers ? Pourquoi avez-vous souhaité le devenir ? Quel a été votre parcours dans l’équipe ?

Monika Gunz-Arnaud. — Je suis bénévole à Jazz sous les pommiers depuis 2002, mais je connaissais déjà assez bien le festival avant, car j’avais l’habitude, dans l’hôtel où je travaillais, Le Cositel à Coutances, d’accueillir un bon nombre d’artistes, de bénévoles et de permanents du festival depuis mon arrivée d’Allemagne en France, en 1989. Mon mari, Jean‑Pierre, avait intégré le comité depuis quelques années déjà, et il nous est arrivé de nous occuper des mêmes artistes, lui côté festival, moi côté hôtel. En quittant l’hôtellerie pour un emploi de formatrice et chargée de communication au sein d’une maison familiale rurale (M.F.R.), j’ai pu concrétiser l’envie de faire du bénévolat au festival. Mon expérience dans l’hôtellerie, et plus particulièrement dans l’accueil, m’a incitée assez naturellement à me tourner vers la prise en charge des artistes. Depuis mon arrivée dans le comité d’organisation, je participe aux réunions plénières et je suis investie dans différentes commissions : Internet, Jazzmag (la boutique du festival), etc. Pendant quelques années, j’ai aussi dirigé le service de la soirée des partenaires.

Les Trois Coups. — D’après ce que je sais, vous êtes actuellement chargée de l’accueil des « têtes d’affiche américaines ». En quoi consiste cette tâche ?

Monika Gunz-Arnaud. — Cette étiquette est un peu réductrice. Il est vrai que j’accueille volontiers les artistes étrangers et que j’ai très souvent des têtes d’affiche américaines sur ma liste, parce que je suis plutôt à l’aise avec la langue anglaise. Mais je reçois aussi d’autres nationalités, et même parfois des Français . Souvent les Américains sont réputés comme « difficiles », mais cela ne me fait pas peur, au contraire, c’est un défi, et en général cela se passe bien quand l’accueil est bien préparé. Les Américains sont très exigeants en ce qui concerne le cadrage, le timing, moi aussi, ça tombe bien ! Pour chaque accueil, bien avant l’arrivée des artistes, je cherche à connaître toutes les exigences : équipement de loge, demandes alimentaires, etc. Souvent, je demande à lire le contrat. Avec mon coéquipier, car fréquemment nous sommes deux, et en lien avec l’équipe du foyer, nous préparons les loges et nous nous organisons avec la responsable des transports et les chauffeurs du festival pour être présents à l’arrivée des musiciens, soit à leur hôtel soit à la gare. À partir de l’arrivée et durant tout le séjour, il faut veiller au respect du planning et des horaires : balance, interviews, conférence de presse, enregistrements T.V. / radio, transferts hôtel-salle de concert, repas, etc. Tout est quadrillé en amont, et le moindre décalage peut avoir des répercussions sur le reste de l’organisation. Le travail de l’accueillant est justement de faire en sorte que la logistique soit respectée, que les artistes se sentent bien accueillis, qu’ils puissent réaliser leur concert dans les meilleures conditions et qu’ils n’aient aucun problème matériel à gérer. Il faut aussi répondre aux demandes particulières, des plus simples aux plus compliquées, faire le lien avec l’agent lorsqu’il est présent, avec le régisseur de salle et l’équipe des portes, les « filles de la com » et les journalistes, le P.C., s’occuper du paiement et des documents administratifs (S.A.C.E.M. et autres), accompagner le repas, puis, souvent très tard le soir, ranger les loges. Fréquemment, après le concert, les artistes ont envie de se promener sur les sites du festival. Nous les accompagnons et les incitons aussi à venir aux Caves des Unelles, pour l’ambiance et pour « bœufer ».

Les Trois Coups. — Pouvez-vous nous parler, Monika, des artistes que vous avez déjà eu l’occasion d’accueillir ?

Monika Gunz-Arnaud. — Moi, je suis heureuse quand je peux accueillir des grandes voix comme Mélodie Gardot, Youn Sun‑nah, Stacey Kent, Cassandra Wilson, Angélique Kidjo ou, plus récemment, Madeleine Peyroux et Gregory Porter. J’aime chanter, alors quand des groupes de gospel sont programmés, je lève aussi le doigt. J’ai ainsi reçu Don Byron New Gospel Quintet, Craig Adam & The Voices of New Orleans, The Sensational Nightingales, The Brown Sisters… Et j’ai eu le privilège d’accueillir des musiciens mythiques : Marcus Miller, Martial Solal, Ron Carter, Chick Corea, Branford Marsalis, Gary Burton. Je pourrais également citer Ibrahim Maalouf, le trio Rosenberg & Sanseverino, les frères Moutin, Tigran Hamasyan, Henri Texier Red Route Quintette… et j’en oublie. Quand je ne connais pas l’artiste, je prends le temps de me documenter un peu sur lui et d’écouter des C.D. ou de regarder des vidéos sur Internet en amont.

Les Trois Coups. — Quel est votre meilleur souvenir de bénévole ? Et, si vous voulez, votre pire souvenir ?

Monika Gunz-Arnaud. — Un seul ? Impossible de me limiter… Beaucoup de belles rencontres ! Bobby McFerrin, tout le temps en train de chantonner doucement, en totale attitude zen… Youn Sun-nah, que j’ai suivie sur quatre jours, chanteuse étonnamment humble et modeste, entourée de musiciens incroyables. D’ailleurs, je me réjouis d’avance de revoir son accordéoniste Vincent Peirani au festival de cette année avec Émile Parisien et Daniel Humair… Marcus Miller, encore un musicien humble et facile à vivre, qui nous a envoûtés avec sa basse. La fin de soirée fut rendue difficile pour d’autres raisons : la road manager, Rebeka, a fait un malaise après avoir lutté pendant tout le concert contre une gêne respiratoire (The show must go on !). Elle a passé un bout de la nuit à l’hôpital, et nous l’avons ramenée à l’hôtel à quatre heures du matin pour y croiser les musiciens qui s’installaient dans le bus, sur le point du départ… Le projet participatif Glossolalia avec Andy Sheppard en 2010, où, avec mon mari, nous avons cumulé la fonction de « bénévole-accueillant » avec une participation au chœur avec 130 amateurs bas-normands et anglais pour une représentation devant 1 400 personnes. Une belle aventure humaine qui a donné le point de départ pour d’autres projets musicaux avec les mêmes chefs de chœur. Quant aux pires souvenirs, peu nombreux, je ne les raconte pas, discrétion professionnelle oblige .

Les Trois Coups. — Quel genre de jazz aimez-vous particulièrement, Monika ?

Monika Gunz-Arnaud. — Mes goûts musicaux sont assez variés. J’aime le jazz vocal, le blues, le jazz fusion, le jazz manouche. Je ne suis pas une spécialiste du jazz, mais je découvre énormément de choses au fil des années, comme Martial Solal avec les frères Moutin, Tigran Hamasyan pour sa première venue à Coutances. Je trouve que la programmation est exceptionnelle, encore cette année, et j’ai coché énormément de noms d’artistes dans le programme dont j’aimerais voir un bout de concert ou cinq minutes de balance, entre deux accueils !

Les Trois Coups. — Quels sont vos coups de cœur pour cette 33e édition ?

Monika Gunz-Arnaud. — Mes coups de cœur pour la 33e édition ? Côté voix, des chanteuses d’exception : Cécile McLorin Salvant, Dianne Reeves. J’aurai la chance de les côtoyer de près, car je les accueille. Côté blues, je pense que nous vivrons un grand moment avec le mythique Dr John. J’ai hâte de le voir, c’est une légende ! Pour mon grand plaisir, Brad Mehldau, pianiste star mondiale, est également sur ma liste d’accueil. Le duo Camilo-Tomatito : le pianiste dominicain Michel Camilo et le guitariste andalou Tomatito. Ce sera une date unique en France, un concert à ne pas manquer ! J’aimerais aussi voir Laurent de Wilde, Mathias Eick, Vincent Peirani, Médéric Collignon, Anouar Brahem et Anoushka Shankar, s’il reste du temps entre deux accueils et quelques créneaux au Jazzmag ! Évidemment, je ne voudrais pas manquer Thomas de Pourquery. En trois ans de résidence, il nous a montré tellement de facettes de son talent, on est conquis et sous le charme.

Les Trois Coups. — Question complémentaire en quelque sorte, Monika : quels sont, d’après vous, les points forts de cette 33e édition ?

Monika Gunz-Arnaud. — Selon moi, un des points forts de cette année encore sera qu’un bel éventail de jazz au pluriel est proposé. Il y en a pour tous les goûts : le grand public, l’amateur de blues, de musique actuelle, de la musique des années 1940, des jazz de toutes les couleurs. Il faut y ajouter les multiples clins d’œil au 70e anniversaire du Débarquement, avec notamment la création du Bill Carrothers Quintet avec le chœur D-Day, impliquant des jeunes choristes français et américains. Une rencontre de big bands, les concerts « Esprit Django », des bals swing… onze formations en tout, des conférences et expositions. La scène consacrée aux pratiques amateurs, « Avis aux amateurs », participera à sa façon au clin d’œil au 70e anniversaire : sur toute la semaine, tous les groupes interpréteront au moins un titre de l’époque. Près de 600 amateurs, jeunes et moins jeunes, s’y produiront. Notre résident, Thomas de Pourquery, artiste accompli, attachant, dans un univers décalé, nous étonnera encore avec quatre projets sur le festival ! Nous aurons encore des créations, des actions ciblées vers des publics « différents », comme les enfants de l’institut médico-éducatif (I.M.E.). Une nouveauté, un pique-nique en musique le dimanche midi, juste avant le dimanche en fanfares, dans un endroit bucolique à 500 m du centre-ville : il fera beau ! Et toujours, « La scène déménage » : sous le Magic Mirror, quand le jazz se mélange aux musiques actuelles. Les Caves des Unelles avec deux ambiances : un côté jazz club et un autre dance floor avec D.J. Et bien sûr, les spectacles de rue, qui sont toujours de grande qualité.

Les Trois Coups. — Merci encore, Monika Gunz-Arnaud, de vous être prêtée de si bonne grâce à cette rencontre.

Propos recueillis par

Jean-François Picaut


Jazz sous les pommiers 2014, à Coutances (Manche)

33e édition

Du 24 au 31 mai 2014

Contact public : Jazz sous les pommiers • Les Unelles • B.P. 524 • 50205 Coutances cedex

Tél. 02 33 76 78 50 | télécopie 02 33 45 48 36

Site : http://www.jazzsouslespommiers.com

Courriel : jslp@jazzsouslespommiers.com

Billetterie : 02 33 76 78 68 (du lundi au samedi, et tous les jours pendant le festival)

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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