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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Théâtre et jazz : in memoriam
John Coltrane
La Cie Ultima chamada a rencontré un grand succès lors de la création de « A Love Supreme », d’après John Coltrane et Emmanuel Dongala, au Tarmac, dans le cadre de Jazz à la Villette, en 2006. Après une longue tournée en France ainsi qu’à l’étranger, la compagnie reprend ce spectacle pour 12 représentations exceptionnelles au Grand Parquet du jeudi 7 au dimanche 24 janvier 2010. À cette occasion, le journal a rencontré le metteur en scène, Luc Clémentin.
Les Trois Coups. — Luc Clémentin, vous faites partie des fondateurs du collectif Suprême, avec Adama
Adepoju (comédien) et Sébastien Jarrousse (saxophoniste). Quelle est l’origine de ce collectif et quels sont ses objectifs ?
Luc Clémentin. — La rencontre avec Sébastien Jarrousse et Adama Adepoju a eu lieu avec le spectacle A Love Supreme, créé en 2006 dans le cadre du festival Jazz à la Villette. Quatre ans plus tard, ce spectacle, après plus de 130 représentations en France et à l’étranger, tourne toujours, et j’ai beaucoup de plaisir à poursuivre cet échange avec ces artistes de talent. J’ai proposé en novembre 2008 à Sébastien et Adama de se joindre à la Cie Ultima Chamada dans le cadre d’un appel à projet européen, le programme Interreg Caraïbes. À mon projet d’adaptation de la Rage de vivre de Mezz Mezzrow se sont donc ajoutés une création d’Adama sur le thème de la rumeur et le Tentet Jazz Caraïbes Ensemble de Sébastien. Ces créations, le dossier ayant été retenu, devraient voir le jour au Nouveau Festival des Nations à Fort-de-France, en avril 2010. À la suite du travail commun qui a abouti à ces propositions, Sébastien, en novembre 2009, a lancé l’idée d’un collectif. Idée séduisante puisque soutenue par des liens qui se sont, lentement mais sûrement, tissés au cours de ces quatre dernières années. Les projets de ce collectif ? D’abord commencer par développer nos trois créations dans le cadre du programme européen. D’autres projets sont déjà dans les têtes, mais… affaire à suivre ! On peut dire que, comme un vin, ce Love Supreme 2006 a bien vieilli et qu’il ne nous déplairait pas de fabriquer encore quelques bonnes bouteilles en commun, et de les boire… ensemble, bien sûr !
Les Trois Coups. — Quel lien y a-t-il entre le collectif et la Cie Ultima chamada, dont vous êtes le directeur ?
Luc Clémentin. — La Cie Ultima chamada, qui continue d’accompagner A Love Supreme pour sa diffusion en France et à l’étranger, est bien évidemment partie prenante dans ce collectif et elle soutiendra ses premiers pas, d’un point de vue logistique et administratif.
Les Trois Coups. — « Ultime », « Suprême », c’est une fascination pour l’extrême
ou une vision eschatologique ? Nous vivons la fin des temps, selon vous ?
Luc Clémentin. — Le nom de la compagnie, Ultima chamada, est dû à la magnifique voix de l’hôtesse de l’aéroport de São Paulo au Brésil, qui officiait en 2002 derrière le micro pour annoncer les avions en partance et les « derniers appels » (ultima chamada) pour la clôture des vols. Dernier appel, le sablier qui se vide doucement mais sûrement… Cela me paraissait assez bien traduire ce que je ressentais et convenir pour baptiser notre compagnie. « Suprême », vous le savez, c’est le titre du spectacle qui a permis la rencontre avec Sébastien et Adama, c’est donc un petit clin d’œil… En ce qui concerne la fin des temps, je n’ai pas encore de réponse précise sur la date, donc… nous en reparlerons !
Les Trois Coups. — Vous reprenez, dans quelques jours, à Paris, A Love Supreme, le spectacle que vous avez tiré de la nouvelle éponyme d’Emmanuel Dongala, qui devait elle-même son titre à l’un des morceaux les plus fameux de John Coltrane. Qu’est-ce qui vous attire le plus : le texte de Dongala ou la musique de Coltrane ?
Luc Clémentin. — Ce spectacle est fait du mélange du texte de la nouvelle et de la musique de Coltrane et n’existe que par ce mélange, cette volonté de raconter l’histoire d’une rencontre avec des notes et des mots. C’est ce mélange de mots amplifiés par le son qui est attirant.
Les Trois Coups. — Faut-il voir un message spécial dans le fait que la musique de Coltrane, dans votre spectacle, est interprétée par trois musiciens blancs ?
Luc Clémentin. — Non, l’idée de la mise en scène est que le narrateur, trente ans après la mort du saxophoniste, est devenu le patron d’une boîte de jazz. Chaque fois qu’il entend une mesure d’un morceau de Coltrane, il est submergé par le souvenir de cette rencontre – dans les années soixante à New-York – et il ne peut s’empêcher de raconter cette histoire. Les musiciens peuvent être blancs, noirs ou asiatiques, c’est la musique et la rencontre qui priment !
Les Trois Coups. — En quoi Coltrane, sa musique et son personnage, peuvent-ils intéresser un jeune Français d’aujourd’hui ?
Luc Clémentin. — Coltrane a eu l’honnêteté d’accepter qu’en musique, et dans l’art en général, on ne pouvait jamais cesser de chercher. Il a donc cherché sans relâche ce qui pouvait le mieux exprimer ce qu’il ressentait, tout en participant, avec son instrument, aux combats de l’époque, notamment la lutte des Noirs pour les droits civiques aux États-Unis. Je pense que ce parcours ne manque pas d’intérêt pour les jeunes et les moins jeunes d’ici ou d’ailleurs. ¶
Propos recueillis par
Jean-François Picaut
Les Trois Coups
A Love Supreme, d’après John Coltrane et Emmanuel Dogala
Cie Ultima chamada • 3, rue de Metz • 75010 Paris
01 40 22 06 17
Contact : Sarah Meneghello | 06 68 58 73 27
Mise en scène : Luc Clémentin
Avec : Adama Adepoju (comédien), Sébastien Jarrousse (saxophone), Jean-Daniel Botta (contrebasse) et Olivier Robin (batterie)
Le Grand Parquet • 20, bis rue du Département • 75018 Paris
Du 7 au 24 janvier 2010 (du jeudi au samedi à 20 h 30, le dimanche à 18 heures)
Métro : La Chapelle ou Marx-Dormoy
RER Gare-du-Nord
Réservation : 01 40 05 01 50
http://www.legrandparquet.net/
legrandparquet@legrandparquet.net
Durée : 1 h 15
13 € | 9 € | 3 €
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