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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 21:04

Jazz à Vienne : la tête
dans les étoiles et les pieds sur terre


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Petit à petit, le festival de Jazz à Vienne (38) s’est construit une renommée qui peut faire des jaloux. Aujourd’hui, pour sa 30e édition, il peut se targuer d’appartenir au club fermé des grands festivals, en France bien sûr, mais aussi en Europe. « Les Trois Coups » ont rencontré son heureux directeur, Jean-Paul Boutellier, pour évoquer le passé et l’édition 2010.

jean-paul-boutellierLes Trois Coups.— Jean-Paul Boutellier, vous faites partie des fondateurs du festival Jazz à Vienne, pouvez-vous, alors que ce festival fête sa trentième édition, nous rappeler les conditions dans lesquelles il est né et la volonté qui a présidé à sa création ?

Jean-Paul Boutellier.— Est-ce que tous les évènements de ce genre ne naissent pas d’une passion ? La mienne pour le jazz date de mon adolescence, même si je suis toujours resté amateur. Après avoir organisé divers évènements à Lyon, où je résidais alors, je me suis pris à rêver d’un festival. Le refus de la ville de Lyon a d’abord été une déconvenue. C’est alors, nous étions en 1981, que Vienne a accepté avec enthousiasme de nous accueillir. Depuis, je m’en félicite tous les jours. C’est évidemment plus facile de piloter un tel festival dans une ville de trente mille habitants, les contraintes sont beaucoup moins lourdes. Vous me direz qu’il y a aussi l’atout énorme que représente le théâtre antique. C’est vrai qu’il s’agit d’un des plus beaux et plus grands théâtres (7 000 places aujourd’hui) que nous ait légués l’Antiquité, mais ce n’est plus actuellement que la partie émergée de l’iceberg, comparée à tout se qui se passe en ville et dans le pays de Vienne.

Les Trois Coups.— Aviez-vous un modèle, un exemple en créant ce festival ?

Jean-Paul Boutellier.— Notre source d’inspiration a été double. La première était un festival qui n’existe plus sous cette forme à Nîmes et l’autre, le festival de Montreux qui avait déjà dix ans. Nous n’étions pas attirés par l’exemple d’Antibes et de Nice, qui sont d’abord conçus pour attirer un public de vacanciers, souvent parisien.

Les Trois Coups.— En jetant un coup d’œil dans le rétroviseur, quel est votre meilleur souvenir ?

Jean-Paul Boutellier.— Ah ! Je dirais d’abord qu’il n’y en a pas de mauvais ou, alors, ils s’estompent avec le temps. Ma plus grande satisfaction, c’est évidemment le développement du festival et son ampleur. Comment ne pas se réjouir de voir la population locale adhérer toujours plus nombreuse à notre projet et nous le manifester par sa fidélité – 3 000 abonnés, cette année ? Et tout cela se fait dans l’harmonie et la bonne entente.

Les Trois Coups.— Vous n’avez donc aucun souvenir exécrable ?

Jean-Paul Boutellier.— Franchement, non ! Mais, si vous y tenez, j’évoquerai la grève des camionneurs, qui, une année, a bloqué, pendant plusieurs jours, tous les accès au pays de Vienne. Nous avons évidemment été gênés pour accueillir les professionnels, et le public a pu venir moins nombreux. Vous savez, nous n’avons jamais dû affronter l’acrimonie du public, des récriminations de spectateurs furieux de ceci ou de cela. Je vais même vous raconter une anecdote édifiante à ce sujet. Un jour, un spectateur a été victime d’un accident grave. Il a fallu l’évacuer d’urgence avec sirènes et tout le tintouin. Eh bien, sorti de l’hôpital, il est revenu en fin de soirée pour se faire dédicacer son plâtre par les artistes !

Les Trois Coups.— Aujourd’hui, la formule est bien rodée avec les soirées jazz, blues, gospel, la présence de la musique afro-cubaine ou brésilienne. Que répondez-vous à ceux qui disent que Jazz à Vienne fait trop de concessions à l’air du temps et n’est plus un vrai festival de jazz ?

Jean-Paul Boutellier.— Je leur conseille de bien faire leurs comptes. Sur les quinze soirées que nous proposons cette année, qu’ils regardent combien sont en marge de ce qu’ils considèrent comme du jazz ! Je suis persuadé que la première année la part faite au jazz stricto sensu était moins importante. Que ces personnes ne viennent pas aux soirées qu’elles critiquent et contribuent à remplir les autres : ce sont souvent celles où il reste de la place. Nous n’avons pas à rougir de notre programmation, et je l’assume totalement. Tous les festivals connaissent des contraintes budgétaires. Un festival comme le nôtre, que les spectateurs financent à 80 %, a besoin de programmer des artistes qui remplissent le Théâtre antique. Les spectacles plus pointus sont programmés dans d’autres lieux.

jazz-a-vienne affiche bruno-thery

Jazz à Vienne | © Bruno Théry

Les Trois Coups.— Que faites-vous, dans cette édition, pour que Jazz à Vienne soit une grande fête accessible à tous ?

Jean-Paul Boutellier.— C’est pour nous un objectif essentiel de veiller à ce que Jazz à Vienne soit une manifestation populaire. Toute la programmation en ville y concourt. Ne manquez pas de rappeler à vos lecteurs que tout ce qui se passe en dehors du Théâtre antique est entièrement gratuit. C’est là que nous programmons des artistes de renommée régionale ou nationale, voire internationale. Cette possibilité de découverte est importante pour le public, mais elle l’est également pour les musiciens à qui elle procure des ressources et de la notoriété.

Les Trois Coups.— On ne compte plus les vedettes qui se sont produites sur la scène du Théâtre antique. Compter celles qui n’y sont pas passées serait plus aisé, et cette année ne faillit pas à la tradition avec Wayne Shorter, Paco de Lucia, Brad Mehldau, Michel Portal, Joe Cocker, Elvis Costello, Paolo Conte pour les hommes et chez les femmes : Liz Mc Comb, Dee Dee Bridgewater, Regina Carter, Diana Krall, China Moses, Esperanza Spalding, Mart’nalia, etc. Que conseilleriez-vous à une personne qui ne pourrait s’offrir qu’une seule soirée ?

Jean-Paul Boutellier.— C’est l’éternelle question ! Notre programmation est très variée, et je crois que chacun, en consultant le programme, peut trouver quelque chose qui lui convienne. Vous avez cité vous-même Wayne Shorter, Brad Mehldau, Portal, Dee Dee Bridgewater : autant d’univers susceptibles d’attirer des publics différents. Cette année, votre liste le montre, nous faisons la part belle au jazz vocal, c’est sans doute un genre plus attractif pour beaucoup. Pour faire un peu d’humour, je conseillerai volontiers aux spectateurs critiques, que vous citiez tout à l’heure, de venir découvrir Esperanza Spalding. Elle partage une soirée avec Joe Cocker, qui n’a sans doute pas leur faveur. Esperanza Spalding, cette jeune contrebassiste et chanteuse de 24 ans, est une véritable révélation du jazz, et la programmer avec Joe Cocker est une façon d’en faciliter la découverte pour un large public. Malheureusement pour ces gens dont nous parlions, la soirée est déjà complète !

Les Trois Coups.— On connaît les difficultés actuelles de la culture. Tous les festivals sont touchés par des réductions de moyens. Jazz à Vienne échappe-t-il aux effets conjugués de la crise et de la réforme territoriale ?

Jean-Paul Boutellier.— Comme je vous le rappelais tout à l’heure, nous avons un autofinancement de 80 % sur un budget de trois millions et demi d’euros, hors fonctionnement, nous sommes donc moins touchés que d’autres qui sont plus dépendants des subventions. Et, pour le dire avec le sourire, le ministère de la Culture peut bien nous supprimer tout ce qu’il veut : il ne nous a jamais aidés… Plus sérieusement, malgré la crise, les spectateurs nous restent fidèles, et nous sommes particulièrement fiers de nos trois mille abonnés, que je veux remercier ici. Par ailleurs, la vente en billetterie démarre de façon plutôt satisfaisante, et nous avons déjà trois soirées complètes. Là où nous ressentons, comme les autres, la diminution des subventions, c’est sur tout ce qui est gratuit et dont le financement dépend des collectivités et de nos autres partenaires.

Les Trois Coups.— Avez-vous une idée assez précise de la provenance de votre public ?

Jean-Paul Boutellier.— Les dernières statistiques précises remontent à environ trois ans. Depuis, c’est beaucoup plus compliqué avec le développement de la billetterie par Internet, qui représente actuellement environ 30 %. On estime à 70 % ou 75 % la part de Lyon Métropole, dont le pays de Vienne. Arrivent ensuite les agglomérations de Grenoble, Chambéry, Valence… et le reste de la France. Il y a aussi des spectateurs étrangers : nous sommes très connus aux États-Unis. Là-bas, la grande presse nous accorde une place, alors qu’ici aucun grand hebdomadaire, par exemple, ne nous a encore consacré sa une !

Les Trois Coups.— Merci beaucoup, Jean-Paul Boutellier, et tous nos vœux accompagnent votre festival.

Jean-Paul Boutellier.— Ce qui est vraiment important, c’est que cette musique, le jazz, rencontre tout le succès qu’elle mérite. 

Propos recueillis par

Jean-François Picaut


Festival Jazz à Vienne (38), 30e édition

Du 25 juin au 9 juillet 2010

Festival Jazz à Vienne • 21, rue des Célestes • 38200 Vienne

Tél. +33 (0)4 74 78 87 87

Fax +33 (0)4 74 78 87 88

Renseignements : www.jazzavienne.com

Billetterie : billetterie@jazzavienne.com

Commandez en ligne et imprimez vous-mêmes vos billets à domicile :

Infoline : 0892 702 007 (0,34 euros/min)

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