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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Jazz in Marciac 2010 : une pluie d’étoiles
Trente ans déjà que Marciac, charmante petite bastide du Gers, se fraie un chemin parmi les plus grands festivals et voit se produire sous son chapiteau toutes les sommités de la planète jazz. La trentième édition ne fera évidemment pas exception et « les Trois Coups » ont souhaité rencontrer Jean-Louis Guilhaumon, le fondateur et directeur artistique de Jazz in Marciac pour faire le tour d’un projet qui dépasse les limites d’un festival, fût-il prestigieux.
Les Trois Coups.— Jean-Louis Guilhaumon, lorsqu’en 1978 et 1979 vous lanciez
les bases de ce qui sera le festival Jazz in Marciac, imaginiez-vous ce que l’évènement est devenu aujourd’hui et que pour la trente-troisième édition vous réuniriez autant de musiciens
prestigieux : des stars comme Ahmad Jamal, Chick Corea, McCoy Tyner, Paco de Lucía, Gilberto Gil, Chucho Valdés ou Winton Marsalis, qui est presque
devenu un enfant du pays ; des vedettes confirmées comme Roy Hargrove, Diana Krall, Galliano, Lockwood, Lagrène, les frères Moutin, Baptiste Trotignon ; des espoirs
prometteurs comme Yaron Herman, Esperanza Spalding, Hiromi, Raynald Colom, et j’en oublie ?
Jean-Louis Guilhaumon.— Absolument pas. D’autant plus que le premier concert de 1978 et les trois jours de 1979 avaient atteint notre objectif de réaliser un projet culturel d’été en milieu rural. Nous agissions dans une perspective d’éducation populaire, au sein de la Ligue française de l’enseignement, et les animateurs du F.J.E.P. (le Foyer des jeunes et de l’éducation populaire) que nous étions avaient tout lieu d’être satisfaits. La montée en puissance s’est faite progressivement de trois jours à une semaine, puis à la quinzaine actuelle.
Les Trois Coups.— Quand avez-vous compris que la partie était gagnée ?
Jean-Louis Guilhaumon.— À partir du dixième anniversaire, nous avons compris que le développement du festival allait nous permettre de réaliser pleinement notre projet de développement en milieu rural par la culture. C’est à partir de 1988 que nous avons commencé à mettre en place les stages de formation, les cartes blanches données à un artiste, etc. et à nous ouvrir à d’autres disciplines : le théâtre, le cinéma, la photo, les arts plastiques. Nous avons aussi organisé des stages qui mêlaient jazz et classique : l’essentiel, c’est la curiosité et l’absence de tabous. Il faut bien comprendre que, si l’évènement s’est installé dans le temps et s’est allongé ainsi, c’est parce qu’il y a eu maturation, assimilation puis appropriation du projet par les habitants. Le jazz, cette musique d’importation, est devenu peu à peu la respiration naturelle des jeunes du territoire.
Les Trois Coups.— Bien, mais on se demande quand même comment vous faites pour réunir un tel plateau, en pleine crise, alors que l’État se désengage et que les collectivités locales souffrent énormément : vous avez une arme secrète ?
Jean-Louis Guilhaumon.— S’il y a une arme secrète, c’est le public. C’est lui qui nous permet, année après année, de garder notre liberté de ton : 76 % de nos ressources proviennent de la billetterie et de nos activités annexes ! Les 24 % restants proviennent, à parts égales, de subventions publiques (pour les infrastructures) et de partenariats privés (pour la communication). C’est également l’engagement de tout un territoire. Nous démontrons concrètement que les territoires ruraux ont le droit d’exister et peut-être même qu’ils ont quelque chose à apprendre aux autres.
Les Trois Coups.— Cet engagement dont vous parlez est perceptible par tout visiteur attentif, et c’est lui qui donne ce cachet très spécifique à votre festival. La fête dans la bastide fait parfois penser à une kermesse flamande ou à ce que devaient être les grands rassemblements festifs dans l’Antiquité.
Jean-Louis Guilhaumon.— Oui, c’est bien l’esprit de la Cité qui nous anime et que nous essayons de faire vivre.
Les Trois Coups.— On aura compris que le festival ne se réduit pas à la grande scène, prestigieuse, sous chapiteau. Pouvez-vous nous présenter les autres aspects du festival ?
Jean-Louis Guilhaumon.— Il y a d’abord le festival Bis. Nous parlons de Bis et non de Off, car il y a une vraie programmation et des échanges constants avec la grande scène. Chacun peut accéder au Bis gratuitement de onze heures à vingt heures pour des concerts de qualité. Le Bis poursuit trois objectifs. Nous cherchons d’abord à présenter les différents registres de la planète jazz et à élargir la palette culturelle des auditeurs. C’est ensuite l’occasion de montrer et de faire découvrir de jeunes talents. C’est enfin un lieu de partage. Il n’est pas rare de voir un artiste programmé sur la grande scène venir écouter le Bis et participer à un « bœuf ». Des musiciens du Bis sont ainsi parfois directement invités sur la grande scène. Et puis des musiciens qui ont profité de ce tremplin et qui ont acquis une stature nationale, voire internationale, reviennent ainsi sur notre site. Je n’oublie pas évidemment les autres lieux de programmation : au bord du lac, dans le parc de l’église, dans les cafés, etc.
Jean-Louis Guilhaumon | © Francis Vernhet
Les Trois Coups.— Vous ne dites rien de Territoires du jazz ?
Jean-Louis Guilhaumon.— J’allais y venir. Marciac compte désormais au nombre des Grands Sites de Midi-Pyrénées. À ce titre, il se devait d’avoir un lieu d’interprétation pour la bastide. Il est intégré à Territoires du jazz, que les gens appellent plus communément le musée du Jazz. C’est un espace scénographique qui, sur 600 m², à travers des photos, des vidéos, des sculptures, des instruments de musique, etc. propose un voyage à travers toutes les expressions du jazz, des origines à nos jours.
Les Trois Coups.— C’est effectivement un très bel outil. Jean-Louis Guilhaumon, grâce à vous qui en avez été le principal acteur pendant vingt-quatre ans, Marciac a non seulement pu préserver son collège rural mais le développer. Quelle est la spécificité des ateliers d’initiation à la musique de jazz qui sont à l’origine de cette santé florissante ?
Jean-Louis Guilhaumon.— Grâce à une autonomie plus grande que les traditionnelles C.H.A.M. (classes à horaire aménagé musique), nous étions des pionniers, nous avons pu mettre en place des apprentissages fondés sur la pratique instrumentale d’ensemble. Notre cursus scolaire est aussi plus ouvert que le cursus traditionnel de l’Éducation nationale : nos élèves bénéficient de cinq heures d’enseignement spécifique par semaine, dispensé par des personnels de l’Éducation nationale et des personnels spécialisés. Les élèves sont les invités du festival. Nous les mettons très vite en situation de jeu, de « prise de risque » vis-à-vis d’adultes. Cette formation, qui repose sur le jeu collectif et l’improvisation, sur l’écoute et le respect de l’autre, développe leurs compétences et se révèle un apprentissage très structurant. La réponse des enfants sait être à la hauteur. Comme vous le rappeliez, non seulement nous avons sauvé le collège, mais nous avons plus que doublé ses effectifs.
Les Trois Coups.— À l’automne, vous inaugurerez à Marciac une salle de spectacle de 500 places (rappelons que la commune comptait 1 233 habitants au recensement de 2007 !) : quel rôle attribuez-vous à ce nouvel équipement dans la construction et la consolidation d’une identité jazz pour Marciac et le rayonnement de votre communauté de communes, Bastides et Vallons-du-Gers ?
Jean-Louis Guilhaumon.— Répétons-le, c’est l’aboutissement d’une longue démarche. Je la daterais de 1988. Déjà, actuellement, nous réunissons chaque mois de 400 à 450 personnes pour un concert qui est donné à la salle des fêtes. La salle dont vous parlez sera ouverte en mai 2011. L’année 2010 aura donc constitué une préfiguration. Nous visons une cinquantaine de levers de rideau par an pour une programmation pluridisciplinaire de grande qualité. Elle se fera en partenariat avec les associations locales à travers une structure, L’Astrada, qui signifie « la destinée qu’on lit dans les étoiles ». Une partie de la programmation sera commune avec la salle Pleyel, autrement dit la Cité de la musique, à Paris. Ce sera aussi l’occasion de développer notre jeune label « Live in Marciac ». Après l’album réunissant Marsalis et Galliano en hommage à Piaf, qui est un grand succès, les prochains titres concerneront Roberto Fonseca, Gilberto Gil et Ahmad Jamal.
Les Trois Coups.— Un mot pour conclure ?
Jean-Louis Guilhaumon.— J’aimerais vraiment que vos lecteurs comprennent qu’au-delà de son aspect festif, qui est essentiel évidemment, Jazz in Marciac est surtout un outil d’aménagement du territoire au service d’un projet économique et culturel. ¶
Propos recueillis par
Jean-François Picaut
Les Trois Coups
Festival Jazz in Marciac (32)
Du 30 juillet au 15 août 2010
Jazz in Marciac • B.P. 23 • 32230 Marciac
Les concerts payants auront tous lieu sous le chapiteau à 21 heures. Le prix des places est disponible à partir du programme, concert par concert. Il est conseillé de réserver dès maintenant (les places sont numérotées et attribuées par ordre d’arrivée des paiements).
Il est impératif de produire des justificatifs pour les tarifs réduits et les frais de dossier sont de 2 € jusqu’à 4 tickets et de 4 € à partir de 5 tickets.
Réservations par téléphone :
– 0 892 690 277 (0,34 €/min) (Marciac)
– 0 892 683 622 (0,34 €/min) (Fnac)
– 0 892 390 100 (0,34 €/min) (Ticketnet)
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