Quantcast

Mardi 19 juin 2012 2 19 /06 /Juin /2012 13:51

La ferveur toujours renouvelée

 

Le festival Jazz in Marciac fête ses trente‑cinq ans, et il accueillera les Victoires du jazz pour leur dixième anniversaire. À cette occasion, « les Trois Coups » ont rencontré Jean‑Louis Guilhaumon, le président-fondateur du festival.

 

guilhaumon-avec-bebo-et-chucho-valdes-615

Jean-Louis Guilhaumon avec Bebo et Chucho Valdès | © D.R.

 

Les Trois Coups. — Avant d’en venir au festival lui‑même, Jean‑Louis Guilhaumon, peut‑on dire quelques mots de L’Astrada, la nouvelle salle dont nous avons déjà eu l’occasion de parler ? La saison 2011-2012 sera la première saison complète pour cette salle : quel bilan en faites‑vous ? Quels enseignements en tirez‑vous ?

Jean-Louis Guilhaumon. — Vous avez raison de rappeler qu’il s’agit de notre première saison dans les murs. Elle n’est d’ailleurs pas finie et ne s’achèvera qu’avec le festival, le 15 août. La saison précédente avait été une sorte de préfiguration, pour tester notre projet dans le cadre qui est celui de notre pôle culturel. La saison qui se termine valide complètement notre démarche pluridisciplinaire, et je n’ai pas peur de dire que tous nos objectifs sont atteints, en matière de programmation et en termes de fréquentation. Nos concerts de jazz ont fait le plein, comme à l’accoutumée, et beaucoup de spectacles, dans une programmation différente, se sont donnés à guichets fermés. Je citerai, à titre d’exemple et sans être exhaustif, Michel Jonasz et sa pièce Abraham, la New York revue et Courteline en dentelles. L’acoustique de cette salle est proprement exceptionnelle et, en matière de relation entre la scène et le public, elle offre une proximité qui a souvent suscité des réactions très émues. La programmation 2012‑2013 est désormais bouclée, la nouvelle saison débutera le 6 octobre et, d’ores et déjà, nous savons qu’elle nous permettra, comme la saison en cours, de fidéliser un nouveau public.

 

Les Trois Coups. — Vous y avez fait allusion, L’Astrada est aussi une salle à part entière du festival. Ce sera la deuxième fois, cette année. Quel bilan tirez-vous de l’an passé ?

Jean-Louis Guilhaumon. — C’est d’abord une grande satisfaction. Tous les concerts ou peu s’en faut ont été complets. Je pense au succès énorme remporté par Youn Sun‑nah, Richard Galliano jouant Bach ou Michel Portal et son programme classique. Cette salle nous permet de travailler différemment. Nous y accueillons des artistes en phase d’émergence, nous permettons à des artistes confirmés d’y montrer une autre facette de leur art ou nous fournissons un nouveau tremplin à des jeunes, comme ce sera le cas avec la carte blanche à Émile Parisien, le 8 août.

 

Les Trois Coups. — Vous fêtez cette année votre trente‑cinquième anniversaire. Je suppose que vous nous avez réservé quelques nouveautés.

Jean-Louis Guilhaumon. — Pour cette trente‑cinquième édition, nous avons choisi de mettre en évidence deux thématiques. La première concerne la voix. Nous accueillons de grandes voix comme Bobby McFerrin, Dianne Reeves, Melody Gardot, Esperanza Spalding et son nouveau projet Radio Music Society. Pour son troisième séjour à Marciac, Youn Sun‑nah accédera à la grande scène. Nous donnons une nouvelle évidence à de jeunes talents ou à des artistes confirmés : Gregory Porter, Harry Connick Jr ou Angélique Kidjo. Notre second axe vise à explorer la convergence entre des artistes confirmés et de grandes formations. Ce sera, par exemple, la rencontre de Winton Marsalis et de son Jazz at Lincoln Center Orchestra avec l’Orchestre national du Capitole de Toulouse pour Swing Symphony et celle de Dianne Reeves avec l’Orchestre national de Bordeaux-Aquitaine. Notre éclectisme coutumier nous fera également accueillir de jeunes musiciens en plein essor et des artistes dont la notoriété, très forte, est déjà bien assise : Kyle Eastwood, Ibrahim Maalouf ou Tamir Hendelman, pour ne citer qu’eux.

 

Les Trois Coups. — Vous savez aussi rester fidèle à de très grands artistes. Sonny Rollins fera ainsi son quatrième passage à Marciac et se verra une nouvelle fois offrir toute une soirée. Omara Portuondo est également une habituée du chapiteau. Quels sens donnez‑vous à ces retours d’artistes prestigieux ?

Jean-Louis Guilhaumon. — On pourrait répondre qu’il s’agit d’une demande toujours forte du public qui est avide de ces rencontres avec de tels artistes. Mais c’est une réponse trop courte et surtout faible. La vérité est que des créateurs de l’envergure de Sonny Rollins ont toujours une nouvelle histoire à nous raconter. Leur parcours ne reste pas figé. Vous étiez là, je crois, pour le dernier passage de Sonny Rollins et vous avez pu mesurer l’intensité qui caractérise les échanges entre le public et l’artiste, dans ces soirées. Et puis nous faisons en sorte de ménager des rencontres autour de ces légendes vivantes. Cette année, j’espère que la rencontre se fera entre Omara Portuondo et le jeune pianiste cubain que nous adorons, Roberto Fonseca. Nous l’avons programmée, cette rencontre entre des anciens et des jeunes pour la soirée avec Kenny Baron, Mulgrew Miller, Eric Reed et Gerald Clayton pour Mostly Monk.

 

Les Trois Coups. — Quelle découverte le programmateur que vous êtes aimerait‑il faire partager aux festivaliers ?

Jean-Louis Guilhaumon. — C’est assurément Gregory Porter. Ce jeune artiste que j’ai découvert dans une salle parisienne, alors qu’il commençait à peine à jouir d’une petite notoriété, est assurément un chanteur comme la scène jazz n’en a pas produit depuis longtemps. Sa voix est exceptionnelle, ne serait‑ce que par sa tessiture. Son répertoire est remarquable, et il l’interprète avec aisance. En disant cela, j’ai conscience d’être injuste, peut‑être, avec d’autres artistes, Youn Sun‑nah notamment, mais j’assume.

 

Les Trois Coups. — En ouverture ou en préambule du festival, vous accueillerez les Victoires du jazz. Quel sens donnez‑vous à cet évènement ?

Jean-Louis Guilhaumon. — Nous fêtons notre trente‑cinquième anniversaire et les Victoires leur dixième. Il était naturel que nous nous rencontrions, non ? Les Victoires du jazz sont un temps fort de rencontre pour tous ceux qui aiment cette musique, pour tous ceux qui se dépensent sans compter pour qu’elle vive et se développe. Les deux manifestations œuvrent pour relayer et faire connaître le travail des artistes, créateurs et interprètes. Notre rencontre devrait renforcer la visibilité de cette musique que nous aimons. Je forme le vœu que les médias s’y intéressent de bien plus près qu’ils ne le font. Comment se fait-il que le jazz ne dispose pas d’une grande émission, sur le service public, notamment ? Le jazz est une musique vivante qui séduit de plus en plus de jeunes, artistes et spectateurs. Ses manifestations regroupent un public toujours plus nombreux et divers : quand cessera la forme d’ostracisme qui pèse encore sur elles ?

 

Les Trois Coups. — Merci beaucoup, Jean‑Louis Guilhaumon, d’avoir pris sur votre temps si précieux pour répondre à nos questions. 

 

Propos recueillis par

Jean-François Picaut

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Jazz in Marciac 2012, trente-cinquième édition

Du 27 juillet au 15 août 2012 à Marciac (Gers)

Réservations : 0892 690 277 (0,34 € / min)

Site : www.jazzinmarciac.com

Publié dans : FRANCE-ÉTRANGER 1998-2012 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Recherche sur le site

Qui ? Quoi ? Où ?

  • : Les Trois Coups
  • Les Trois Coups
  • : Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
  • Retour à la page d'accueil

Nous contacter

L’association Les Trois Coups

« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.

W3C

  • Flux RSS des articles
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés