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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
« Une écriture de comédien, une écriture
très sensorielle »
Fabrice Murgia, jeune metteur en scène prometteur, présente au festival Focus Théâtre/FR une pièce sans paroles sur la communication. Il intègre avec talent la vidéo dans l’espace théâtral, et nous entraîne dans un monde virtuel fantastique et poétique. À suivre.
Fabrice Murgia | © M. Leroy
Les Trois Coups. — Fabrice, votre dernière création Chronique d’une ville épuisée vient de se jouer au théâtre Le Manège de Mons dans le cadre du festival Focus Théâtre/FR. Pouvez-vous me parler de votre travail et de votre parcours de metteur en scène ?
Fabrice Murgia. — J’ai fait un premier spectacle qui s’appelle le Chagrin des
ogres. Au départ, je suis acteur. Pendant un an, j’ai travaillé comme acteur, mais je ne trouvais pas ma place dans les éléments de la mise en scène, j’avais envie d’être le son, la
lumière, d’être tout. Alors, j’ai écrit un petit spectacle,le Chagrin des ogres, une émotion retranscrite scéniquement, que le directeur du Théâtre national de Bruxelles est venu
voir. Il a beaucoup apprécié. Depuis lors, beaucoup de lieux présentent cette pièce. J’ai d’ailleurs été accueilli au premier festival Via à Maubeuge. Je viens de créer un nouveau spectacle,
Chronique d’une ville épuisée Life/Reset. C’est un peu une écriture de comédien, une écriture très sensorielle. Je ne sais pas comment dire les choses, et c’est comme si la technique
dépassait mon corps. Le son, les images, la vidéo, la scénographie suivent l’acteur, c’est un espace que le comédien provoque, et dès qu’il fait un mouvement, cela a des répercussions sur le
mouvement de la cuisine dans laquelle il se trouve.
Les Trois Coups. — Dans votre spectacle, Chronique d’une ville épuisée, spectacle sur la communication, il n’y a pas un seul mot de texte : c’est un choix ?
Fabrice Murgia. — Je pense que l’on peut dire beaucoup de choses sans texte, on peut dire des choses plus
subtiles que lorsqu’on est enfermé dans un texte. Je dis ça parce que je suis jeune et que je n’ai pas encore compris la puissance des textes et des auteurs que j’essaie de découvrir. Quand je
me compare aux auteurs de théâtre, je suis gêné en tant que créateur. Je pense que le théâtre et notre culture portent un fardeau lié aux auteurs. Ces auteurs, il faut les enterrer et il faut
réécrire maintenant. Pour l’instant, je commence sans texte, mais bientôt j’écrirai.
Les Trois Coups. — Comment travaillez-vous avec toute cette technique complexe de l’image, de la vidéo, du son ? Autre question, est-ce que cet univers fantasmagorique existait déjà dans vos autres spectacles ou est-ce qu’il est spécifique à cette création ?
Fabrice Murgia. — En ce qui concerne la technique, je suis amoureux de technique, c’est pour moi un élément
d’écriture. Je ne suis pas un metteur en scène qui choisit ou pas de travailler avec la vidéo, la vidéo s’impose à moi. Mais peut-être un jour, je choisirais de travailler sans, ce serait une
option comme de travailler sans lumière ou sans son. Pour ce qui est de l’univers, je pense que le numérique peut amener quelque chose de fantasmagorique très fort, et c’était déjà dans
le Chagrin des ogres. Si je vous regarde et que je regarde la caméra de surveillance qui vous filme, vous serez bien plus étrange dans la caméra et bien plus suspecte, car il y a
tout un inconscient collectif, propre à ma génération qui est beaucoup plus liée à l’image captée en direct. Maintenant, l’image filmée est comme insérée dans les gènes, on ne peut pas s’en
passer si on veut parler de fiction.
Les Trois Coups. — Comment avez-vous réussi à monter ce projet, et dans quelles conditions ?
Fabrice Murgia. — Ce n’est pas un spectacle très cher, c’est juste des illusions d’optique :
deux boîtes en bois montées sur des roulettes et trois plateaux que la comédienne et trois techniciens font bouger et trois personnes en régie. Après, cela demande du temps
de répétition. Ma compagnie n’a pas d’argent, mais je suis en résidence au Théâtre national de Bruxelles qui me fournit des techniciens et des conditions de travail magnifiques. J’ai conscience
de la chance que j’ai, je peux essayer différentes choses et proposer au final un spectacle qui n’est pas très difficile à tourner. Le premier dilemme qui se pose à moi en tant qu’artiste,
c’est la question des moyens. Dans ma compagnie, on se dit qu’il faut qu’on soit conscient des réalités d’accueil des lieux, et même si on fait des spectacles qui coûtent cher à la création, on
sait qu’il faut faire des spectacles qui puissent tourner.
Les Trois Coups. — Quels sont vos projets de tournée ?
Fabrice Murgia. — On ne crée pas un spectacle sans s’assurer qu’il y aura une tournée et qu’il va être joué
devant un maximum de gens. Cette saison, on aura joué soixante fois et on espère que le festival Focus et ensuite le Off du Festival d’Avignon, où on va jouer cet été à
La Manufacture, vont nous apporter d’autres dates. L’année dernière, on était à Avignon avec l’Ogre, que l’on l’aura tourné deux cents fois. Le plus important, c’est le
public, et on prête une attention particulière aux débats. On se déplace, on va dans les classes, on fait un travail de terrain. Si un spectacle coûte cher, il faut pouvoir le rendre au public.
Les Trois Coups. — Fabrice, qu’est-ce que vous défendez dans votre spectacle ? Quels en sont les enjeux ?
Fabrice Murgia. — J’ai grandi avec Internet et je me suis posé la question de la solitude. Comment Internet
génère-t-il de nouvelles formes de solitude ? Qu’est-ce qui change dans le fait d’être seul et le fait d’être surcommunicant dans notre monde actuel ? C’est cette question qui a
développé des interrogations entre philosophie et technologie. ¶
Recueilli par
Marie Tikova
Les Trois Coups
Chronique d’une ville épuisée, de Fabrice Murgia
Cie Artara
Mise en scène : Fabrice Murgia
Interprétation : Olivia Carrère
Assistanat : Christelle Alexandre, Catherine Hance
Environnement vidéo : Arié Van Egmond
Caméraman : Xavier Lucy
Régie vidéo : Giacinto Caponio
Création lumière : Pierre Clément
Régie lumière : Ludovic Desclin
Scénographie : Vincent Lemaire
Décoration : Anne Goldschmidt, Marc-Philippe Guérig, Anne Humblet
Musique et régie son : Yannick Franck
Régisseur général : Romain Gueudré
Construction décor : les ateliers du Théâtre national de Bruxelles
Création costumes : Sabrina Harri
Chant : Albane Carrère
Figuration : Christelle Alexandre, Romain Gueudré
Le Manège Mons – Festival Focus Théâtre/FR
Mercredi 30 mars 2011 à 20 heures
Tournée :
– Festival Radikal Jung – Allemagne, le 14 avril 2011
– Théâtre national de Bruxelles – Belgique, du 10 au 16 mai 2011
– C.D.N. de Dijon – France, les 28 et 29 mai 2011
– La Manufacture – Off du Festival d’Avignon, juillet 2011
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