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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 19:00

Qu’est-ce qui fait courir Élise Caron ?


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Avec son compère Edward Perraud, la comédienne, chanteuse de jazz et de chansons, auteur, Élise Caron se taille un beau succès dans les festivals depuis le début de la saison. Rencontre avec une artiste aux allures de Protée.

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Élise Caron | © Jean-François Picaut

Les Trois Coups. — Élise Caron, vous avez eu une formation vraiment classique au conservatoire national de région de Rouen, puis de Boulogne-Billancourt ainsi qu’au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. Cette formation est très éclectique : chant, art lyrique, art dramatique et flûte traversière. On retrouve cet éclectisme dans votre parcours : théâtre avec Jérôme Savary et Giorgio Strehler notamment, jazz avec l’Orchestre national de jazz, chant et chansons, cinéma et télévision… Qu’est-ce qui vous fait courir, Élise Caron ?

Élise Caron. — Je ne sais pas si je cours, mais la diversité de mes choix correspond toujours à des évènements de la vie. Ce qui me met en mouvement, c’est la volonté de comprendre, d’accéder au cœur des choses, à leur esprit, à leur essence. À chaque inflexion de mon parcours correspond une rencontre humaine. Chanteuse lyrique classique, avec une prédilection pour la mélodie en général et la mélodie française en particulier, la rencontre des compositeurs Luc Ferrari et Bruno Gillet m’a fait découvrir et aimer la musique contemporaine. Andy Emler m’a introduite dans l’univers du jazz auquel je ne connaissais rien en dehors de deux disques de Miles Davis et de mon admiration pour la voix d’Ella Fitzgerald. Mes goûts personnels, c’étaient plutôt Boby Lapointe et Jacques Dutronc d’un côté, et de l’autre Bach, Bartók et Monteverdi ! Cette découverte du jazz m’a conduite vers Denis Badault, et j’ai beaucoup aimé mon travail avec l’Orchestre national de jazz, sous sa direction…

Les Trois Coups. — Vous ne dites rien du cinéma ? Vous y avez pourtant joué sous la direction de Diane Kurys et de Jean Achache entre autres et vous avez prêté votre voix chantée à Virginie Ledoyen dans Jeanne et le garçon formidable…

Élise Caron. — Le cinéma et moi, c’est une histoire manquée ! Les films dans lesquels j’ai tourné n’ont pas rencontré le succès. Dans ces cas-là, on ne vient plus vous chercher. Et moi, j’ai des difficultés à me « vendre ». Pour tout dire, je déteste ça. D’autre part, en chantant, au théâtre et dans mon travail avec le poète Jacques Rebotier, j’ai attrapé le virus du texte, j’ai le goût des mots, et il est bien rare qu’on éprouve du plaisir à se mettre en bouche les paroles d’un scénario…

Les Trois Coups. — Ce n’est pas cette déclaration qui va relancer votre carrière au cinéma, je le crains ! Mais venons-en à votre projet actuel avec Edward Perraud, Bitter Sweets (Quark Records / L’Autre Distribution). Quel sens donnez-vous à cette nouvelle aventure ?

Élise Caron. — Avec Edward, je peux faire ce que je n’avais jamais fait jusqu’alors : m’exprimer avec une liberté totale. Les compositeurs ou les auteurs avec qui j’ai travaillé ont bien sûr écrit sur mesure pour moi, mais c’était toujours, et c’est normal, à travers leur univers. Pour la première fois, je travaille sans le moindre rayon extérieur pour éclairer le chemin. C’est le privilège de la composition immédiate.

Les Trois Coups. — On comprend qu’une telle liberté soit grisante mais ne comporte-t-elle pas le risque de la facilité ?

Élise Caron. — C’est un écueil possible. Pour m’en prémunir, je passe avec moi-même un pacte d’authenticité. J’essaie de puiser en moi ce qui est là, peut-être depuis toujours, impensé ou informulé en tout cas, et que je n’ai jamais montré, sinon peut-être dans l’intimité. Je travaille à retrouver l’esprit d’enfance, l’enfant de quatre ans que j’ai pu être. Cela fait appel à des choses qui peuvent toucher à la féerie, à la magie, à la sorcellerie peut-être. Pas dans l’extraordinaire, mais dans le quotidien de l’humanité, au-delà de la carapace. Il peut y avoir aussi une forme d’animalité, de la noblesse de l’animal. Voilà, je cherche à atteindre l’animal intelligent qui est en moi, comme en chacun de nous.

Les Trois Coups. — Une autre question me trotte dans la tête. Vous vous êtes produite cette année à Jazz sous les pommiers (Coutances) et vous continuez à le faire dans beaucoup d’autres manifestations de ce genre : considérez-vous que ce que vous faites soit du jazz ?

Élise Caron. — Non, sauf si l’on considère que le jazz c’est cet immense continent musical qu’on ne sait guère dans quelle catégorie inscrire. Ce que nous faisons avec Edward, c’est une forme de musique contemporaine qui touche à la musique ethnique, à la musique sacrée, etc. dont la dimension essentielle est l’imaginaire.

Les Trois Coups. — C’est aussi un spectacle très visuel, je puis en témoigner. Un grand merci à vous, Élise Caron, d’avoir bien voulu vous prêter à cet entretien. Avant de nous quitter : d’autres projets, déjà, à nous confier ?

Élise Caron. — Dans l’immédiat, je vais continuer à faire vivre mes chansons, nos chansons avec Edward. Et puis, il y aura un livre-disque pour enfants un de ces jours. 

Propos recueillis par

Jean-François Picaut


Le duo Élise Caron-Edward Perraud se produira :

– le 20 août 2013 à Cluny

– les 21, 22 et 23 août 2013 au festival Écouter pour l’instant dans le pays de Bergerac

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