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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 19:36

« Je suis pour un théâtre immensément exigeant tout autant que populaire. »

 

« Les Fidèles, histoire d’Annie Rozier » sera jouée du 7 au 12 décembre 2010 au Théâtre de Sartrouville. Anna Nozière, qui l’a écrit et mis en scène, traite du thème de la famille, plus précisément, du « drame de l’enfance abîmée », de la mémoire que l’on se transmet de génération en génération. Dans des scènes brèves et souvent absurdes qui ramènent à des peurs archaïques (accouchement, baptême, veillée mortuaire…), ses personnages se refourguent fantômes, batteries de casseroles et jambes de bois. Anna Nozière nous parle de cette comédie noire où cohabitent l’effroyable et le rire, de sa conception du théâtre à la fois exigeante et populaire.

 

anna-noziere-bun-phannaraLes Trois Coups.— Les Fidèles, histoire d’Annie Rozier, est-ce un texte autobiographique ?

Anna Nozière.— Non, je ne peux pas dire cela. L’histoire d’Annie Rozier puise principalement son inspiration dans des mémoires familiales – la mienne, celle de mes parents et celle de mes grands-parents –, mais elles sont passées à la moulinette de mon imaginaire. Cela ne m’intéresse pas de raconter ma vie au sens évènementiel du terme. Je ne me situe pas dans une démarche autobiographique. En revanche, je peux dire que sur le plan des sensations, et aussi sans doute d’un point de vue émotionnel, les Fidèles traduit assez bien l’idée que j’ai gardée de l’enfance.

 

Les Trois Coups.— Pourquoi le nom du personnage principal est-il si proche du vôtre ?

Anna Nozière.— Pour garder la trace de cette mémoire singulière. Pour ne pas la noyer jusqu’au bout dans la fiction, ne pas l’arracher trop tôt à son identité. Peut-on partager la mémoire émotionnelle ? Qu’est-ce que cela libère, chez celui qui raconte, mais aussi chez celui qui écoute ? Ces questions me passionnent et sont au cœur de l’acte artistique. En contenant une partie de moi, le personnage leur confère une vérité supplémentaire. J’aime que l’artiste rende au monde quelque chose qu’il retenait jusque-là. Ce passage de l’intime à l’univers, dans ce lieu si particulier qu’est le théâtre, et en présence des témoins que sont les spectateurs, renvoie à la dimension rituelle de la représentation. Cette dimension me touche particulièrement. Je travaille dessus depuis longtemps, bien qu’ayant mis quelques années à m’en rendre compte. J’aimerais aller un peu plus loin avec les Fidèles. Avec toute la pudeur nécessaire, l’ambiguïté auteur-personnage peut m’y aider.

 

Les Trois Coups.— Comment traitez-vous de la violence ?

Anna Nozière.— Le spectacle dans son ensemble n’est pas traité de façon naturaliste. Nous nous immergeons plutôt dans une forme onirique. Les rêves d’Annie Rozier sont très présents, et l’histoire se balade à la frontière de la réalité et du cauchemar. On ne sait pas vraiment ce qui a lieu, ce qui est imaginé, ou encore fantasmé par Annie. Il y a aussi dans ces scènes quelque chose de décalé qui engendre une certaine drôlerie. Prendre du recul, c’est aussi « en rire ».

 

Les Trois Coups.— Justement, peut-on rire de tout ?

Anna Nozière.— De tout, je ne sais pas. Mais de ce que j’ai écrit, oui ! C’est du moins ce qu’on me dit. Il n’y a aucun cynisme dans cette pièce. Il y a, je crois, une grande vitalité et quelque chose de trépidant qui peut être assez jubilatoire. J’aime la dimension rythmique d’un spectacle parce qu’elle s’adresse à tout le monde. Je suis pour un théâtre immensément exigeant tout autant que populaire.

 

fidelesLes Trois Coups.— Ce ne sera pas un spectacle léger, tout de même ?

Anna Nozière.— Léger, je ne pense pas. Il y a de l’effroyable dans cette cocasserie. Mais régénérant, ça oui, je l’espère. Le théâtre que je pratique peut confronter ou déranger, et j’assume cela totalement, mais s’il n’était pas une bouffée d’oxygène pour le spectateur, alors j’estimerais que j’ai manqué quelque chose. Comme spectatrice, je ne vais pas au théâtre pour m’asphyxier. J’attends d’un artiste qu’il m’aide à ouvrir en moi un espace nouveau. Et si je ris, c’est encore mieux. Comme metteur en scène, j’essaye dans la mesure de tous les possibles d’offrir cela au public.

 

Les Trois Coups.— Vous est-il vraiment possible d’avoir assez de recul pour mettre en scène votre propre texte ?

Anna Nozière.— À la question du recul précisément, il est important de répondre que je ne travaille pas seule. Il y a les comédiens, bien sûr, qui sont toujours de formidables révélateurs et peuvent transformer l’idée que je me fais d’une scène en matérialisant sur le plateau leurs intuitions singulières. Il y a Cécile Léna et Antonin Liège (scénographie et lumière), dont les propositions formelles réinterrogent le texte de leurs sensibilités respectives. Il y a enfin Denis Loubaton (collaboration artistique) qui agit comme un éclaireur de sens, le plus souvent en me retournant mes questions ! Mon écriture est instinctive, elle va vite, je ne fais pas de plan, je ne sais pas à l’avance ce que je vais raconter, si bien que lorsque je me relis, je m’étonne toujours de ce que j’ai écrit. Je me demande « d’où ça sort ». En fait, je suis confrontée à mon propre mystère.

 

Les Trois Coups.— Concrètement, comment s’effectue le passage du papier au plateau ?

Anna Nozière.— Denis m’accompagne dans la traduction de mon œuvre : là commence mon chemin de metteur en scène. Vitez disait que l’œuvre dramatique est une énigme que le théâtre doit résoudre, et que la solitude, l’inexpérience et l’irresponsabilité de l’auteur sont précieuses, dans ce sens que plus l’œuvre est difficile à traduire sur le plateau, plus on est contraint de s’arracher à ce qu’on connaît pour inventer un nouveau langage, spatial, physique, vocal. Alors voilà, je suis un metteur en scène qui se coltine son propre texte d’auteur irresponsable. Et je travaille en équipe.

 

Les Trois Coups.— Finalement, qui sont les Fidèles ?

Anna Nozière.— Ce sont les fidèles à toutes formes de croyances héritées, celles dont il est si difficile de s’extraire. Et sans doute aussi, Annie et Monique, les deux enfants de la maison, liées par un pacte tacite. 

 

Propos recueillis avant la création par

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Fidèles, histoire d’Annie Rozier, d’Anna Nozière

Publication aux éditions Les Solitaires intempestifs, novembre 2009

Compagnie Anna-Nozière

Avec : Catherine Bœuf, Virginie Colemyn, Fabrice Gaillard, Camille Garcia, Martial Jacques, Julie Lesgages, Marina Moncade, Pascal Thétard

Assistante à la mise en scène : Geneviève Thomas

Collaboration artistique : Denis Loubaton

Scénographie : Cécile Léna

Lumière : Antonin Liège

Son : Loïc Lachaise

Costumes : Cécile Léna et Patricia de Petitville

Musique : Julie Läderach et Soslan Cavadore

Fabrication de « Petit Jacques » : Stéphanie Dumont et Cécile Venier-Alla

Théâtre de Sartrouville et des Yvelines–C.D.N. • place Jacques-Brel • 78500 Sartrouville

www.theatre-sartrouville.com

Réservations : 01 30 86 77 79 ou resa@theatre-sartrouville.com

Du 7 au 11 décembre 2010 à 21 heures, sauf jeudi à 19 h 30

Navette gratuite aller-retour depuis Paris : Charles-de-Gaulle - Étoile (réservation indispensable)

Durée : 1 h 20

26 € | 17 € | 13 € | 8 €

Autour du spectacle

Les dialogues de Sartrouville : « Théâtre, de l’intime à la résilience collective », rencontre animée par Sophie Joubert, journaliste

Samedi 11 décembre 2010 à 17 h 30, entrée libre

Tournée :

– Du 18 au 22 janvier 2011, Comédie de Reims-C.D.N. (51), 03 26 48 49 00

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