Jeudi 28 avril 2011 4 28 /04 /Avr /2011 17:34

« Une troupe repose
sur un rêve commun »


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Les Trois Coups. — Vous montez Légendes de la forêt viennoise. Pourquoi avoir choisi cette pièce d’Horváth ?

Alexandre Zloto. — Claude Mathieu m’a sollicité l’année dernière pour diriger un atelier de fin d’année dans son l’école. À l’époque, j’ai travaillé Casimir et Caroline avec les élèves, mais j’ai bien entendu lu d’autres pièces d’Horváth, dont Légendes de la forêt viennoise, qui m’a immédiatement plu. Le plaisir, le désir, ce sont les maîtres mots du théâtre. En réalité, le choix d’une pièce se fait toujours en adéquation avec la troupe qui m’accompagne depuis longtemps.

Les Trois Coups. — Comment travaillez-vous avec elle ?

Alexandre Zloto. — En général, je commence le travail par un mois d’improvisation. Les comédiens ont à leur disposition costumes et maquillages. Ils peuvent essayer tous les rôles, je n’arrête aucune distribution préalable. C’est un respect vis-à-vis d’eux de leur laisser la possibilité de me surprendre, de prouver que je me trompe en pensant qu’Untel n’irait pas dans tel rôle. Une fois la distribution établie débute un travail assez classique, de détails. Je ne crois pas à la mise en scène sur papier, avant de travailler avec les acteurs, ensemble.

Les Trois Coups. — Cette troupe, comment s’est-elle formée ?

Alexandre Zloto. — À ma sortie de l’école du Théâtre national de Strasbourg, en 2001, j’ai monté un projet autour de Macbeth. Pour cela, j’ai réuni des camarades de l’école et de la formation Claude-Mathieu, où j’avais appris avant d’entrer au T.N.S. Étonnement, former une troupe nous a permis de mettre les pieds au Théâtre du Soleil. J’ai en effet appris un jour qu’Ariane Mnouchkine prêtait sa salle de répétition à de jeunes compagnies ; elle nous a laissé les clés de la salle pour presque six mois, après quoi l’on a présenté notre spectacle. Il était imparfait, mais porté par cet esprit de troupe, qui nous a permis de mieux faire connaissance avec notre hôtesse. Ariane m’a soufflé : « Cela fait des années que j’observe des acteurs travailler ici, que personne ne vient voir. Je souhaiterais ouvrir le théâtre à de jeunes troupes. ». C’était l’occasion de créer un lieu pour des comédiens partageant cette ambition : porter une aventure collective qui réunit du monde sur le plateau. Le festival Premiers pas était né.

Les Trois Coups. — Quel est le credo du festival ?

Alexandre Zloto. — Lorsque j’ai entamé mes propres projets, parce que je ne me sentais pas à ma place dans ceux que l’on me proposait, je désirais déjà faire du théâtre en troupe, avec des amis. Or les formations proposées aujourd’hui, quelques écoles mises à part, sont en adéquation avec le système contemporain, fondé sur le principe de l’intermittence, contraire à l’esprit de troupe. Les projets ambitieux réunissant de nombreux comédiens ne sont pas favorisés. Ce n’est heureusement qu’un versant de la réalité. On ne dit pas que le théâtre peut être autrement. Le festival Premiers pas, qui se tient cette année du 6 mai au 26 juin, pour la huitième édition, prend le contre-pied. Il rassemble plusieurs troupes qui ont en commun le rêve d’avoir un jour une maison de théâtre. Il se déroule sur une longue durée de six à sept semaines, et propose aux jeunes acteurs d’expérimenter la vie de troupe. L’équipe du festival les encadre, mais ils tiennent le théâtre comme s’il s’agissait vraiment de « leur » lieu.

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« Légendes de la forêt viennoise »

Les Trois Coups. — Comment ces troupes sont-elles sélectionnées ?

Alexandre Zloto. — Les troupes retenues sont constituées de comédiens professionnels, qui entament leurs premiers projets. Ils se rêvent ensemble sur la longueur. Ce temps long reste un critère essentiel de l’idée de troupe, à la différence de celle de compagnie, qui n’implique aucunement l’envie de réaliser des spectacles avec les mêmes acteurs. La compagnie repose sur une structure juridique, la troupe sur un rêve commun. Une troupe qui nous sollicite envoie un dossier présentant son spectacle. S’il semble convenir, j’essaie de la rencontrer dans le cadre d’une répétition quand le spectacle n’est pas créé. Quand le spectacle est créé, je visionne sa captation. Puis je discute avec eux de ce que participer à ce festival signifie. S’engager dans une telle aventure demande un investissement important, notamment parce qu’il faut tenir le lieu. Les troupes jouent finalement une dizaine de dates en alternance et encaissent la totalité de leur recette. En alternance, pour que les troupes se mêlent et que, suite aux effets du bouche-à-oreille autour du festival, les premiers à passer ne soient pas lésés. On entendait éviter à tout prix le « principe Avignon » : un garage où les comédiens jouent dix jours et décampent.

Les Trois Coups. — Le festival est un coup de pouce aux jeunes troupes. Que leur transmet-il ?

Alexandre Zloto. — Le festival s’adresse en priorité à des projets qui ne sont pas aidés. Il permet aux troupes de rencontrer leur premier public et d’intégrer ce que nous a appris le Théâtre du Soleil, s’agissant du travail avec le public et les collectivités, de la constitution d’un fichier de spectateurs, de l’exigence d’accueil. Un théâtre se doit d’être beau, d’avoir des fleurs sur le bar et d’offrir une bonne cuisine. Il importe que les spectateurs aient le temps d’arriver, de se poser, qu’ils puissent se mêler ensuite aux comédiens. Tout cela participe de notre idée du théâtre. Or, quel est le leitmotiv des écoles de théâtre aujourd’hui ? Le travail de plateau, et point final ! C’est dommage. Sur le plan de la technique, je ne porte pas de regard concernant le jeu lui-même, sinon lorsque j’adopte la casquette de programmateur. Tache délicate, car il arrive que l’on sélectionne des spectacles encore balbutiants mais qui recèlent un potentiel, dont on pressent le devenir, plutôt que des projets bien ficelés, accomplis, mais qui ne semblent pas portés par une troupe. Le festival favorise les troupes en train d’éclore. 

Propos recueillis par

Cédric Enjalbert


Légendes de la forêt viennoise, de Ödön von Horváth

Texte français de Sylvie Müller et Henri Christophe (L’Arche éditeur)

Compagnie TAFthéâtre

www.taftheatre.fr

Mise en scène : Alexandre Zloto, assisté d’Adrien Dupuis-Hepner

Avec : Charlotte Andres, Julie Autissier, Ariane Bégoin, Franck Chevallay, Maria Furnari, Dan Kostenbaum, Florent Oullié, François Pérache, Yann Policar, Honorine Sajan, Pierre-Emmanuel Vos, Sabine Zovighian

Costumes : Anaïs Heureaux, assistée de Jeanne Held

Décors : Jean-Marc Alby et Léa Delescluse

Marionnette : Charlotte Gauthier

Son : Adrien Dupuis-Hepner

Lumières : Ruddy Fritsch

Régisseur : Victor Arancio

Chorégraphies : Marie Barbottin

Théâtre du Soleil • la Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris

Réservations : 01 43 74 24 08

Du 11 mars au 17 avril 2011 à 20 heures, dimanche à 15 heures, relâche le lundi

Durée : 3 heures, avec entracte

20 € | 12 € | 10 €

Festival Premiers pas

Directeur artistique : Alexandre Zloto

www.premiers-pas.fr

L’Histoire du dindon, d’après Georges Feydeau, compagnie Guépard échappée

Agua de beber, compagnie Meia lua de compasso

Pénélope [ô] pénélope, d’après Simon Abkarian, compagnie Le Cri dévot

La Nef des fous, de Simon Falguières, Collectif du K

L’Atelier, de Jean-Claude Grumberg, compagnie Le Fil a tissé

Où le temps s’arrête et sans chaussures, de Milena Csergo, compagnie L’Éventuel hérisson bleu

Sur la pointe des pieds, compagnie Théâtre transparent

Théâtre du Soleil • la Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris

Réservations : 01 43 74 24 08

Du 6 mai au 26 juin 2011, du mardi au samedi de 12 heures à 19 heures

15 € | 12 € | 10 €

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