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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 14:09

Alexandra Dadier : la fiction très travaillée

d’un « théâtre-vérité »

 

« Fallait pas me mentir », c’est un petit ovni théâtral qui se joue tous les lundis au théâtre Les Déchargeurs à Paris du 23 août jusqu’au 13 décembre 2010. À la manière d’un « théâtre-vérité » qui pourrait presque nous faire oublier la fiction, l’auteur Alexandra Dadier nous donne à voir une jeune coiffeuse blessée, en quête d’absolu pour se sentir aimée. Une écriture très travaillée dans laquelle sont tissées des marges d’improvisation et des passages de grands auteurs du répertoire. Entre l’universalité des sentiments humains et l’originalité de sa forme, Alexandra Dadier réussit un beau tour de passe-passe théâtral, sobrement mis en scène par Élie Chouraqui qui fait son grand début au théâtre. Rencontre du journal avec un auteur qui a le vent en poupe.

 

fallait-pas-me-mentir-300Les Trois Coups.— Comment l’idée vous est-elle venue d’écrire sur un tel sujet ?

Alexandra Dadier.— Il y a quelques années, tout est parti d’une « commande » de la comédienne Emmanuelle Scali, avec laquelle j’avais eu l’occasion de travailler, de la mettre en scène, plus précisément. Elle m’a proposé de lui écrire un texte. Il s’agissait d’un monologue, donc tout est parti d’associations d’idées, tout simplement. J’avais travaillé à l’époque sur l’Amant de Pinter, donc nous n’étions pas loin de la… trahison. (N.D.L.R. : Trahisons est le titre d’une autre pièce de Pinter.) Et, à partir de là, j’ai rebondi sur des évènements qui avaient lieu alors, éventuellement tragiques, comme ce qui s’est passé à Moscou dans un théâtre… Je n’en dirais pas plus pour ne pas trop effrayer vos lecteurs ! De tout cela est né ce spectacle, qui est l’histoire d’une femme qui va débarquer sur scène parce qu’elle a quelque chose à dire. Elle va « prendre l’espace », pour ne pas trop en dire, et le spectateur, je l’espère, va être pris dans son tourbillon.

 

Les Trois Coups.— Tout repose en effet sur un coup de théâtre initial, n’en disons donc pas trop pour laisser la surprise au spectateur ! Il faut savoir que la pièce est mise en scène par Élie Chouraqui, un réalisateur et metteur en scène plus habitué des grosses productions, notamment pour des comédies musicales. Comment s’est faite la rencontre entre ce texte et ce metteur en scène pour arriver finalement dans cette salle plus intimiste du théâtre Les Déchargeurs ?

Alexandra Dadier.— La comédienne Emmanuelle Scali est aussi en collaboration à l’écriture, et c’est avec toute sa pugnacité qu’elle est allée rencontrer Élie Chouraqui. Elle lui a parlé du projet, lui a fait lire le texte, et je pense qu’il s’agit aussi d’un coup de cœur de sa part. C’est Emmanuelle qui a fait tout un travail de connexions, de rencontres pour que tout puisse se mettre en place et qui fait maintenant que tout se passe merveilleusement bien entre nous trois tous les lundis soir.

 

Les Trois Coups.— Comment se sont passées les répétitions ? Est-ce que ce n’est pas trop dur pour vous de voir votre texte dans les bras d’un autre ?

Alexandra Dadier.— Au départ, c’est vrai que ce n’est pas forcément évident, mais après c’est une question de confiance. Je connais bien Emmanuelle, et avec Élie il y a eu une énergie très positive de confiance. J’ai assisté une fois à une répétition et je voyais que tout allait vraiment dans le sens de ce que j’avais envie de transmettre comme message en tant qu’auteur. Donc, il faut un véritable lâcher-prise, et on laisse les choses évoluer, tout simplement, mais je suis tout à fait satisfaite. C’est toujours un moment de surprise et c’est aussi le but du jeu de ce spectacle. Il est joué une fois par semaine, mais il y a toujours un moment où ça va changer, évoluer, se transformer. Bien évidemment, il y a toute une trame et une mise en scène, mais il y a toujours ce facteur de l’aléatoire, lié parfois à des parts d’improvisations qui sont permises par le texte et la situation. Tout s’est fait spontanément, et Élie nous a beaucoup épaulés, il a été très présent et chaleureux.

 

Les Trois Coups.— Pouvez-vous nous parler justement de son parti pris de mise en scène ? Avez-vous le sentiment qu’il correspond à ce « théâtre-vérité » que vous avez voulu ?

Alexandra Dadier.— Je suis heureuse de la direction prise par Élie Chouraqui. Je trouve ça absolument juste, et puis ça a été une vraie surprise, parce que je n’ai assisté qu’à une seule répétition. Le jour de la première, j’ai découvert l’univers qu’il avait apporté. Je suis très fière et très touchée. Son parti pris de mettre ce personnage dans une vérité, dans une réalité concrète, est un choix très judicieux de façon à ce que le spectateur soit pris à parti en temps réel. Et en tant qu’expérience pour la comédienne, c’est un exercice de style très délicat qu’elle réussit parfaitement.

 

Les Trois Coups.— Est-ce que cette idée radicale du refus de la théâtralité était présente dès le début dans l’écriture ? La pièce intègre des auteurs du répertoire, des moments très violents, très drôles, très émouvants… Comment s’est déroulée la construction de ce texte ?

Alexandra Dadier.— Au départ, on avait envie de faire quelque chose disons… de relativement « original » [rires]. Donc, essayer un petit peu de casser des codes. Dans la collaboration à l’écriture avec Emmanuelle, elle m’a proposé d’inclure des textes classiques. Ce personnage a une urgence, elle a besoin de dire quelque chose. Le but du jeu était ensuite d’appuyer cette urgence réelle à travers des grands textes classiques. Cela montre bien sûr l’intemporalité de ces écritures théâtrales : cette tentative, pas évidente, de lier une écriture et une action très contemporaines avec des classiques absolument merveilleux. On voit alors tout simplement que nous sommes tous des petits êtres humains depuis la nuit des temps, et qu’on a tous subi les mêmes souffrances, les mêmes douleurs, et qu’on continuera encore longtemps, malheureusement. 

 

Propos recueillis par

Emmanuel Arnault

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Fallait pas me mentir, d’Alexandra Dadier

Collaboration à l’écriture : Emmanuelle Scali

Mise en scène : Élie Chouraqui

Avec : Emmanuelle Scali

Musiques : Nathaniel Mechaly

Les Déchargeurs • 3, rue des Déchargeurs • 75001 Paris

Réservations : 08 92 70 12 28

Du 23 août au 13 décembre 2010, les lundis à 20 heures

Durée : 1 heure

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