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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 22:17

Itinéraire d’un enfant gâché


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Les ateliers de La Colline nous ouvrent leur chapiteau de fantaisie pour nous conter l’histoire tragi-comique de l’enfant Mouche et de ses rapports difficiles à l’école. Un spectacle sympathique plein de tendresse et d’idées.

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« Enfant Mouche » | © Alain Janssens

Mouche a de gentils parents qui l’aiment. S’il fait face à des enseignants excédés par son attitude, Mouche a aussi un instituteur patient : M. Tom, qui le prend sous son aile et l’aide à combler ses innombrables retards. Il a un copain : Seb et même une bonne fée de supermarché pour veiller sur lui. Et pourtant… Pourtant, Mouche refuse de faire ses devoirs. Il dit non avec la tête, il dit non aux professeurs. Face au tableau noir du malheur, l’enfant Mouche est… « un âne ».

Dans Tête à claques, Jean Lambert et les ateliers de la Colline nous disaient qu’on a souvent besoin, y compris dans les cours de récréation, d’un plus petit que soi pour se sentir fort, pour désigner un bouc émissaire. Il y avait un crime, lié à une histoire de douleur, et l’on remontait le fil du temps pour comprendre comment cela avait pu arriver. Stef et Mika, les gamins têtes à claques, faisaient alors crier cette douleur et la maîtrisaient par la création.

Chagrins d’école

Mouche est un cousin citadin de ces pauvres gosses-là. Lui aussi est exclu d’une communauté : la communauté scolaire. Lui aussi, il commet l’irréparable. Lui aussi, il se sauve par la création : il trouve de fait sa place dans un cirque et, après des années de silence, libère les mots coincés dans sa gorge pour nous raconter son histoire. Jean Lambert et Dominique Renard nous parlent donc des chagrins d’école, celui de l’enfant, mais aussi celui des enseignants et celui des parents. Il n’y a pas vraiment de coupable (et c’est juste comme ça), seulement beaucoup d’incompréhension.

D’ailleurs, pour le spectateur aussi, Mouche reste un mystère, un personnage à part. Tantôt il est incarné par un comédien qui reste mutique, tantôt il devient un mannequin de chiffon, que l’on manipule. Ce parti pris est fort au sens où il révèle notre impuissance face à l’échec scolaire. On s’agite beaucoup autour de Mouche, comme le traduit le jeu clownesque et animé de Sylvain Daï et de Séverine Porzio… Mais on s’agite pour rien. Amer constat.

Dessiner le visage du bonheur en piste

Pourtant, le spectacle est plein de vie, de mouvement. Nous pénétrons en effet dans un univers forain, car la vie de Léon Mouche est conçue comme un grand numéro. Papa et maman ont ainsi des nez rouges de clown, les enseignants et camarades bien-pensants / mal-faisants sont des poupées ou des mannequins que les comédiens manipulent tour à tour, à vue. Tout cela met la douleur à distance. Par ailleurs, comme au cirque, on rit, on a toujours quelque chose à voir. Le rythme du spectacle ne ménage pas de temps morts, les enfants ne s’ennuient donc pas.

On regrette parfois seulement qu’un personnage fasse une apparition fugace pour disparaître alors qu’on aurait aimé le découvrir. Il a fallu trancher dans un riche matériau pour arriver à un spectacle de quatre-vingts minutes, mais il reste peut-être à trouver un nouvel équilibre dans cette durée-là. On a, par exemple, du mal à élucider le statut du batteur (à l’origine un personnage à part entière). On aurait aimé avoir le temps de découvrir le cabinet de curiosités où est résumée l’histoire de Mouche. La fée fait un petit tour et puis s’en va, comme tant d’autres. On déplore d’autant plus que ce manège aille si vite que les marionnettes et mannequins qui le peuplent sont très beaux.

De si belles marionnettes !

Autant la scénographie est plus fonctionnelle que belle avec son plateau tournant et ses rideaux, autant ces objets-personnages sont des régals pour les yeux. Le travail de Dominique Renard est plein de finesse et de poésie. Ses mannequins racontent en outre toujours quelque chose de leur personnage : voici un instituteur engoncé, dans son bureau avec des enfants à ses pieds. M. Tom a pour corps au fauteuil à roulettes : on peut se reposer sur lui, il nous tend ses bras.

Tendresse, ouverture et inventions font d’Enfant Mouche un joli spectacle. En son sein, l’enfant sort du cabinet de curiosités où il était le monstre, l’âne qu’on exhibait pour gagner la piste de cirque. Comme Pinocchio, il devient de chair : un comédien (le très bon Laurent Caron), lui donne en effet corps. La Strada * après la schola… Une façon de nous rappeler que l’école n’est pas l’unique chemin qui mène à soi. 

Laura Plas


La Strada : film de Federico Fellini, qui nous fait suivre les forains Zampano et Gelsomina.


Enfant Mouche, de Jean Lambert et Dominique Renard

Dramaturgie et mise en scène : Jean Lambert et Dominique Renard

Avec : Laurent Caron, Paolo Corradini, Sylvain Daï, Séverine Porzio

Assistantes à la mise en scène : Caroline Bouchoms, Sylvie Charmillot

Lumières : Marino Pol

Univers sonore : Mathieu Lesage, Paolo Corradini

Pantins, poupées, bonnets d’âne : Dominique Renard

Maquillages, masques, nez : Dominique Brevers

Scénographie : Daniel Lesage

Assistante à la scénographie : Chloé Verbaert

Professeur de batterie : Benoît Ruwet

Professeur de tissu : Cat Soetens

Costumes : Marie Fernandez, Christine Robinson

Le Tarmac • 159, avenue Gambetta • 75020 Paris

– Métro : ligne 3 bis, arrêt Saint-Fargeau

– Bus : 61 et 96, arrêt Saint-Fargeau, bus 60, arrêt Pelleport-Gambetta

Réservations : 01 43 64 80 80

Site du théâtre : http://www.letarmac.fr

Du mardi 19 mars au samedi 30 mars 2013, les mardi et vendredi à 20 heures, les mercredi et jeudi à 14 h 30, les samedis à 16 heures

Durée : 1 h 15

20 € | 14 € | 5 €

Tout public à partir de 9 ans

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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