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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 16:37

Quand les enfants prennent
le pouvoir


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Boris Charmatz reprend à Rennes, où il dirige le musée de la Danse, Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne, le spectacle qu’il a créé l’an passé dans la cour d’honneur du palais des Papes d’Avignon. Les vingt‑six enfants, qu’il mêle dans cette pièce à neuf danseurs professionnels, jouent ainsi dans leur propre ville.

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« Enfant » | © Boris Brussey

Le rideau est levé quand les spectateurs entrent dans la salle. On croit deviner, dans la pénombre, un corps étendu, des câbles et des machines. Quand le plateau s’allume, on découvre qu’il est utilisé dans ses plus grandes dimensions et montre ainsi toute sa membrure. Une sorte de grue, déjà vue dans Régi (2006), manipule des filins tendus dans tous les sens, sans qu’on devine son propre pilote. Bientôt, ce sont les corps disséminés sur le plateau. Ils sont trois, dont la machine va s’emparer. Ces corps inertes sont traînés sur le sol, soulevés dans les airs comme des cadavres voués à l’équarrissage, posés à nouveau puis soulevés encore, comme des pantins, et finalement déposés sur un tapis roulant comme des carcasses à l’abattoir.

La séance trépidante du tapis, où les corps continuent d’être ballottés, est un peu longuette. Tout cela se déroule dans le silence, hormis le bruit des machines. Si Enfant est bien une pièce chorégraphiée, on n’est assurément pas dans de la danse avec ces corps mous qui ne se meuvent pas par eux‑mêmes.

Soudain, d’autres adultes, vêtus de noir comme les premiers, entrent en scène. Ils portent des corps d’enfants, inertes et vêtus de noir eux aussi : morts, endormis, évanouis ? Les corps d’enfants sont manipulés par les adultes, dans toutes les positions. On pense parfois à des marionnettes. La plupart du temps, les adultes se comportent avec beaucoup de délicatesse et de douceur vis à vis des enfants. Mais il arrive aussi qu’on sente une vraie violence rentrée, des gestes paraissent équivoques. Pédophilie ?

Exubérance ou souffrance ?

On croit entendre des clameurs de mouettes qui se transforment en rumeur lointaine de cour d’école d’où émergent quelques cris : exubérance ou souffrance ? Chez les adultes, on voit surgir, fugaces, quelques pas dont l’allure martiale ne rassure pas. D’autant qu’au beau milieu d’un superbe chant polyphonique a cappella, on aperçoit quelques esquisses de pas de l’oie. La bascule du spectacle se produit au moment où le chœur des enfants s’élève à son tour, émouvant de fragilité et de pureté…

Enfant de Boris Charmatz est assurément une fable. Quel en est le sujet ? La place de l’enfant dans notre société ? Les rapports ambigus entre les adultes et les enfants ? Ou bien est‑ce la poursuite d’une réflexion sur la place du corps et du geste, de l’artiste finalement, dans la danse contemporaine ? La réponse n’est pas facile. Mais faut‑il répondre ? Pourquoi ne pas se contenter du plaisir à peu près constant pendant plus d’une heure de spectacle. C’est le mouvement qui est exalté. C’est la force vitale qui triomphe, celle des interprètes petits et grands. C’est l’intensité de leur engagement qui, du chaos, fait surgir la vie. 

Jean-François Picaut


Enfant, de Boris Charmatz

Pièce pour 9 danseurs et des enfants rennais

Chorégraphie : Boris Charmatz

Avec : Eleanor Bauer, Nuno Bizarro, Matthieu Burner, Olga Dukhovnaya, Julien Gallée‑Ferré, Lénio Kaklea, Maud Le Pladec, Thierry Micouin, Mani A. Mungai et un groupe d’enfants

Lumière : Yves Godin

Son : Olivier Renouf

Costumes : Laure Fonvieille

Machines : Artefact, Alexandre Diaz, Frédéric Vannieuwenhuyse

Assistant : Julien Jeanne

Production : musée de la Danse, Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne

Coproduction : Festival d’Avignon ; Théâtre national de Bretagne à Rennes

Théâtre national de Bretagne • Centre européen théâtral et chorégraphique • salle Vilar • 1, rue Saint‑Hélier • 35000 Rennes

www.t-n-b.fr

Réservations : 02 99 31 12 31

Du 23 mai au 25 mai 2012 à 20 heures

Durée : 1 h 15

25 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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