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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 21:21

« En somme ! » : comme dans un rêve…


Par Fabrice Chêne

Les Trois Coups.com


La Cie Didascalie, dirigée par Marion Lévy, propose depuis une dizaine d’années des créations originales et interdisciplinaires. « En somme ! », variation sur le thème du sommeil, en est l’exemple le plus abouti. Ce spectacle ambitieux, qui marie les mots, les sons et les corps, ne reste à l’affiche qu’une dizaine de jours seulement au Montfort : donc pas une minute à perdre pour aller apprécier cette curiosité.

en-somme xavier-renoux

« En somme ! » | © Xavier Renoux

Ce pourrait être l’histoire d’une jeune femme qui n’arrive pas à dormir. Marion Lévy, chorégraphe accomplie, ancienne danseuse de la compagnie d’Anne Térésa de Keersmaeker, avoue en effet s’être inspirée de ses propres difficultés de dormeuse pour créer En somme !, projet au long cours, ébauché en 2005, déjà montré à Chaillot en janvier 2009. L’assoupissement, en tout cas, ne risque pas de gagner les spectateurs, tant le spectacle est bien conçu et témoigne d’une grande inventivité, aussi bien visuelle que sonore. Des choix esthétiques très maîtrisés et jamais gratuits, destinés à nous faire pénétrer les arcanes du sommeil.

Les considérations scientifiques au didactisme un peu pesant qui ouvrent la pièce sont bientôt remplacées par une miniséance de sophrologie en forme de clin d’œil, avec participation du public ! Mais ce n’est qu’une entrée en matière, et le véritable voyage commence après, lorsque Marion Lévy nous introduit dans un espace-temps très particulier, suggérant une nuit partagée entre insomnie et rêve. Les tableaux successifs semblent reproduire les différentes phases du sommeil (léger, profond, paradoxal) et font bien sûr la part belle à la danse. Celle-ci s’inspire souvent des mouvements légers, imperceptibles, des dormeurs. Non sans humour parfois, comme lors d’une mémorable « danse de l’oreiller » – ce banal accessoire devenant du même coup l’objet fétiche du spectacle.

Danseurs rêveurs

La création chorégraphique de Marion Lévy est ici inséparable de la scénographie imaginée par Julien Peissel. Celui-ci a su installer un espace unique, une chambre à la fois fantasmatique et abstraite, à la beauté un peu froide. Le recours à la vidéo permet des effets d’optique, comme dans la séquence où un miroir-écran incliné, redoublant l’espace du plateau, place Aline Braz da Silva dans un entre-deux entre ciel et terre, comme en un rêve d’apesanteur. Les moments oniriques, qui transforment les danseurs en rêveurs, alternent avec d’autres où l’on reprend pied dans la réalité. Ainsi, la scène très originale où chaque interprète mime l’espace de sa chambre en le décrivant à haute voix. Soulignons au passage l’originalité du texte de Fabrice Melquiot, plein de drôlerie et de poésie.

Pour que l’alchimie soit pleinement réussie, encore fallait-il créer un univers visuel et sonore à la hauteur. De ce point de vue, le travail réalisé et les moyens mis en œuvre sont impressionnants. La projection sonore spatialisée conçue par Joachim Olaya immerge le spectateur dans les sons. Les bruits comme la musique prennent alors un relief inouï. Si le procédé est emprunté à la musique contemporaine, avec une musique rock, l’effet est foudroyant. Quant à la lumière, elle baigne l’espace de la scène de teintes graduellement changeantes. Les lampes empruntées à la luxthérapie teintent le plateau tantôt de rouge, tantôt de vert…

Dans ce spectacle hybride, la distribution est très homogène. Puisque les scènes sont à la fois parlées, jouées et dansées, les comédiens sont aussi danseurs, et réciproquement. Aline Braz da Silva se distingue par la grâce de sa silhouette longiligne. On remarque aussi Cyril Casmeze, étonnant par ses métamorphoses et ses brusques changements de registre (du scientifique au quadrumane), en particulier dans le final, saisissant, qui ponctue ce spectacle peut-être trop bref par une vision onirique envoûtante.

Quant à Fabrice Melquiot, à l’actualité toujours riche, il est auteur associé au Théâtre de la Ville, où seront représentées cette saison deux pièces mises en scène par Emmanuel Demarcy-Mota. 

Fabrice Chêne


En somme !

Compagnie Didascalie

Conception et chorégraphie : Marion Lévy

Textes de Fabrice Melquiot

Avec : Aline Braz da Silva, Cyril Casmeze, Aude Léger, David Lerat, Marion Lévy

Vidéo : Vincent Boudier

Scénographie, lumière : Julien Peissel

Coordination technique et création son : Joachim Olaya

Costumes : Hannah Sjödin

Conseil artistique : Aude Léger

Assistants artistiques : Johanna Silberstein, Matthieu Roy

Conseillers scientifiques : Damien Léger et Maxime Elbaz

Le Montfort • 106, rue Brancion • 75015 Paris

Métro : Porte-de-Vanves

Tramway T3, station Brancion

www.lemontfort.fr

Réservations : 01 56 08 33 88

Du 12 au 20 novembre 2010, du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 16 heures

Durée : 1 heure

24 € | 16 €

Tournée :

– Le 14-1-2011 à Roanne

– Le 22-1-2011 à Bretigny, espace Jules-Verne

– Le 25-1-2011 à Roubaix, Danse à Lille/le Gymnase

– Le 17-3-2011 à Cognac, L’Avant-scène

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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