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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 00:01

La danse (en)chantée


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Une balade dansée entre burlesque et nostalgie à travers une quinzaine de classiques de la chanson française.

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« En piste » | © Frank Boulanger

Il n’y a pas de transitions ni de commentaires dans cette balade chorégraphique au pays de la chanson française. L’ambiance est plutôt au minimalisme. D’abord celui des décors, réduit à un espace scénique circulaire qui, comme le titre, évoque l’univers du cirque. Les costumes aussi déconcertent : les trois danseurs-chorégraphes portent un pantalon et un haut noirs tout simples, rehaussés par des… fraises, comme au temps d’Henri IV.

Minimalisme des mouvements, enfin. Ici, pas de porté acrobatique ni de virtuosité démoniaque. Les gestes s’inscrivent dans une certaine lenteur, circonscrits parfois dans de minuscules espaces, comme quand Pascale Houbin interprète le P’tit Bal perdu de Bourvil simplement perchée sur un tabouret.

Du côté des peintres flamands

Mais la gestuelle, à défaut d’être virtuose, se pare d’une grande délicatesse, et même de clins d’œil à la danse de cour : arabesques des mains, révérences, et ces fameuses fraises pas si absurdes que cela. Béatrice Massin, chorégraphe spécialiste de la « belle danse » du xviie siècle, a même apporté sa contribution pour le tableau inspiré d’Il patinait merveilleusement de Léo Ferré.

C’est que, quoique happé d’un côté par son répertoire de chansons populaires (Barbara, les Frères Jacques, Nino Ferrer), le spectacle n’en donne pas moins l’impression d’une suite de tableaux délicats d’un autre âge, de miniatures mettant en scène des personnages anciens égarés au xxie siècle. Du coup, ceux des spectateurs qui s’attendraient à une série de clips dansés autour de leurs refrains préférés en seront pour leurs frais : dans leurs chorégraphies, les trois artistes atteignent plutôt à une évocation subtile, quasiment impressionniste. La danse démultiplie en évanescents reflets les nuances des chansons : nostalgie, colère (comme dans l’avant-dernier tableau, sur Il n’y a plus rien de Léo Ferré), loufoquerie débridée (un Mirza formidable de drôlerie dans lequel Dominique Boivin donne toute la mesure de son talent burlesque)…

On parle d’impressionnisme, mais, du côté visuel, c’est plutôt du côté des peintres flamands que lorgne le trio qui, émergeant de l’ombre avec fraise et vêture sombres, semble sorti tout droit de quelque portrait de groupe du Siècle d’or. Ce qui, par-delà la sensation de minimalisme, voire d’austérité, suggère que la chorégraphie interroge, souvent avec malice, le rapport à la tradition et au passé. Un pari insolite, surprenant, et finalement assez séduisant. 

Céline Doukhan


En piste, de Dominique Boivin, Daniel Larrieu et Pascale Houbin

Cie Daniel-Larrieu

www.daniellarrieu.com

info@daniellarrieu.com

Chorégraphie : Dominique Boivin, Daniel Larrieu et Pascale Houbin

Avec : Dominique Boivin, Daniel Larrieu et Pascale Houbin

Lumière : Marie-Christine Soma

Costumes : Emmanuel Morlet, Quentin Guibelin, fraises réalisation Didier Despin

Scénographie : Franck Jamin

Direction technique : Christophe Poux

Production : Cie Daniel-Larrieu / Astrakan

Théâtre municipal de Fontainebleau • rue Richelieu • 77300 Fontainebleau

Réservations : 01 64 22 26 91

Le 28 février 2013 à 20 h 30

Durée : 1 heure

De 12 € à 33 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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