Partager l'article ! « El Cielo de tu boca », d’Andrés Marín (critique de Fatima Miloudi), Théâtre de Nîmes: Un marin qui navigue sur l’âme ...
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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Un marin qui navigue sur l’âme
Le flamenco, dont on fête à Nîmes, en ce mois de janvier 2010, les vingt années de festival, connaît, si l’on en juge le succès de la nouvelle scène, un regain de popularité. Andrés Marín, accompagné du maître de la campanologie *, Llorenç Barber, et de ses musiciens et chanteurs, a enthousiasmé le public, le regard rivé sur l’épure de ses gestes.
El Cielo de tu boca est une invitation au voyage vers un ailleurs où « tout y
parlerait à l’âme en secret sa douce langue natale ». Qu’importe que l’on soit un néophyte ou un aficionado, il n’est que d’avoir les sens en émoi. Et Andrés Marín sait nous montrer le
chemin où le corps s’oublie pour n’être plus une chair mais des lignes mouvantes, non plus même un corps dansant, mais la musique à ses pieds incarnée. Le son émerge de ses talons, quelquefois
simplement entendu plutôt que vu, ou véloce en un galop forcené, ou encore d’une frappe portée d’une telle netteté qu’il semble être celui de la peau des percussions qui claquent. Le corps est
un instrument rythmique, tel que la tradition du zapateado – manière de marquer le rythme avec le talon ou la pointe des pieds – l’enseigne. Les bras et les mains, à
la fois incisifs mais aussi élégiaques, sont comme des phrases ou une ponctuation dans l’espace. Le corps de Marín, fièrement cambré, à l’énergie maîtrisée, se découpe sur la scène.
Son et mouvement : la face et le revers du même objet
De sa gestuelle personnelle, on peut retenir le glissé du talon et le retour de la jambe, un moment arrêtée et levée ; une tension du buste ou plutôt du ventre qui commande le mouvement ; la présence de la main, doigts étirés et groupés ou largement ouverts et le désir de faire de cette main un instrument du son et du mouvement quand, poings fermés, il frappe une installation de cloches ou quand il la lance sur la toile blanche en produisant des ondulations. Il semble nous dire que son et mouvement ne sont que la face et le revers du même objet : que l’un est résonance et l’autre oscillation. Peut-être, le lancer de la toupie n’est-il qu’une métaphore chorégraphique ? Enroulant une corde qu’il dévide dans un mouvement sec, Marin laisse tournoyer une toupie devant laquelle il danse. Mouvement sans fin, qui signifierait l’emportement du corps et de l’âme.
Une cloche est tirée sur le sol en préambule au spectacle comme pour donner une indication et de l’occupation de l’espace et d’un jeu expérimental se mêlant à la tradition du chant. La géométrie de la scénographie produit, ici, une vision poétique : cordes des cloches rassemblées attendant une volée de sons ; cloche centrale solitaire où Marín y cachera la tête – comme si elle était une enveloppe enseignant au corps la substance sonore ; enfilade de cloches plates à l’avant de la scène, dont Barber produira un balancement visuel et sonore. Tout concourt à envoûter le spectateur, soumis à l’effet d’un charme. Et, quand apparaissent des images lugubres – béance de la bouche, exacerbation du squelette soumis à la disparition de la peau devenant translucide –, la mort s’insinue dans les consciences. Le son des cloches, associé au continuum de la voix grave de Barber, annonce la présence de l’au-delà. Pour échapper à l’outre-tombe, un tour burlesque retourne au rire de la vie : Marín, tel un personnage hybride, émerge du macabre, cloches de vache chevillées au dos. Et recommencent le rythme et la musique comme une poussée de sève. La fusion du chant, des instruments et de la danse rend intense le moment présent. ¶
Fatima Miloudi
Les Trois Coups
* Science des cloches.
El Cielo de tu boca, d’Andrés Marín
Mise en scène : Santiago Barber
Danse et chorégraphie : Andrés Marín
Artiste invité, cloches et polyphonie : Llorenç Barber
Chant : Segundo Falcón, José Valencia, Enrique Soto
Guitare : Salvador Gutiérrez
Percussions : Antonio Coronel
Direction artistique et dramaturgique : Andrés Marín, Salud López, Santiago Barber, Juan Vergillos
Conseiller chorégraphique : Salud López
Direction musicale : Llorenç Barber, Salvador Gutiérrez
Direction scénique : Andrés Marín, Salud López
Documentation : Juan Vergillos
Création lumières : Ada Bonadei (VanCram)
Audiovisuels : Yvan Schreck
Réalisation scénographique : Sebastian Lamprieto
Photos : Luis Castilla
Son : Rafael Pipió
Théâtre de Nîmes • 1, place de la Calade • BP 1463 • 30017 Nîmes cedex 1
Réservations : 04 66 36 65 10
Le 19 janvier 2010 à 20 heures
Durée : 1 h 30
29 € | 27 € | 14 € | 11 €
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