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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 09:40

Les cigales au dépourvu


Par Delphine Padovani

Les Trois Coups.com


Le Théâtre Jean-Vilar accueille la nouvelle création de la compagnie Grognon Frères. Sandrine Barciet y met en scène huit interprètes à la voix chevrotante dans un spectacle fragile sur l’histoire du premier théâtre municipal de Montpellier : le Théâtre Opéra-Comédie. Un programme ambitieux échafaudé sur des planches savonneuses.

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« Eh bien dansons maintenant » | © D.R.

Eh bien dansons maintenant prend sa source dans une exposition, organisée en 2005 par les archives municipales de la ville, autour de plans, notes de service, arrêtés, communiqués, critiques, lettres de réclamation et autres procès-verbaux relatifs au Théâtre Opéra-Comédie. Missionnée pour donner lecture de quelques-unes de ces perles documentaires, la compagnie Grognon Frères se passionne alors pour le matériau.

Selon le mot d’ordre de la compagnie – « rêver avant de faire » – Sandrine Barciet prend tout son temps pour rassembler l’inspiration, l’équipe et les fonds nécessaires à la constitution d’un spectacle sur les amours et désamours des Montpelliérains pour leur Théâtre-Opéra.

Pour donner une forme et une vitalité théâtrales aux documents d’archives, la metteuse en scène conçoit un spectacle choral. Les chants, les discours et les mouvements s’enchaînent, voire se superposent, dans un dispositif scénique monté, démonté et remonté à loisir. Au son des voix s’ajoutent le froissement de bâches en plastique et le claquement de grandes planches. Par moments, c’est le silence. Puis, la bande sonore prend le relais et donne à entendre de belles mélodies. En contrepoint, les interprètes chantent avec une médiocrité assumée.

Un projet cohérent

On comprend bien l’effet recherché : celui d’un joyeux chantier où les niveaux de langue, les registres de jeu, les gammes vocales et les postures physiques sont passés en revue. On comprend aussi le propos : interroger notre conception du théâtre au regard de témoignages anciens, à l’actualité parfois troublante. Quoiqu’un peu sages et par trop didactiques, ces intentions signent un projet cohérent, sur mesure pour les habitants de Montpellier. La déception est d’autant plus grande.

Dès le commencement, les acteurs hésitent. Certains bafouillent et laissent transparaître une expression de panique, semblable à celle d’artistes débutants. Dans la salle, ces flottements provoquent un malaise, qui redouble lorsque les déplacements chorégraphiés entravent la démarche et l’élocution du collectif. Communicatives, les maladresses se propagent au long de la représentation. On peut mettre une partie de ces dérapages sur le compte d’une mauvaise première, sans fermer les yeux sur des problèmes manifestes. Les manipulations d’objets volumineux, les prises de parole simultanées, les changements bruyants de costumes et les déplacements de groupe sont trop souvent laborieux et inconséquents. Ils diluent l’attention du public et la concentration des exécutants. De fait, on se demande si la metteuse en scène n’a pas péché par ambition, en fixant un programme choral très technique à une somme d’individus, seulement réunis pour l’occasion.

Enchaînements trop complexes

Fort heureusement, chacun reprend le dessus lors de scènes plus classiques, où l’on s’écoute et se répond avec fluidité. Quelques séquences chantées mettent également en valeur des personnalités originales, sinon desservies par les enchaînements trop complexes.

Pour prendre à la lettre le titre du spectacle, qui paraphrase la célèbre fable de La Fontaine, on postule que le défaut majeur de la mise en scène réside dans le fait d’avoir imposé un travail de fourmi à huit cigales. Reconnaissons qu’il y a de quoi perdre son latin. 

Delphine Padovani


Eh bien dansons maintenant, de Sandrine Barciet

Documents issus des archives municipales de Montpellier

Compagnie Grognon Frères • 32, rue Adam-de-Craponne • 34000 Montpellier

06 11 32 32 68

Site : www.grognonfreres.fr

Courriel : grognon.freres@free.fr

Conception et mise en scène : Sandrine Barciet

Assistante : Céline Caminade

Avec : Belle du Berry, Emmanuel Broche, Marion Coutarel, Jean‑Yves Duparc, Anne Gouraud Shresta, Nicolas Heredia, Sandrine Le Métayer, Sébastien Portier

Scénographie : Valérie Julien

Création lumière : Bertrand Poggioli

Création son : Patrick Arnault

Création costumes : Emmanuelle Grobet

Maître à danser : Ève Jouret

Théâtre Jean-Vilar • 155, rue de Bologne • 34080 Montpellier

Site du théâtre : http://theatrejeanvilar.montpellier.fr

Réservations : 04 67 40 41 39

Du 17 au 19 octobre 2012 à 20 heures

Durée : 1 h 50

15 € | 11 € | 5 €

Tournée :

– 20 octobre 2012 / Théâtre Albarède, Ganges (34)

– 26 octobre 2012 / Théâtre Na Loba, Pennautier (11)

– 26 mars 2013 / Chai du Terral, Saint-Jean-de-Védas (34)

– 14 mai 2013 / A.T.P. d’Uzès (30)

– septembre 2013 / Bouillon cube, Causse-de-la-Selle (34)

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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