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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 16:46

« Faire le clown pour réussir à faire l’homme »

 

André Salzet revient sur les planches du Théâtre du Petit-Saint-Martin pour incarner les personnages du roman de Michel Quint. Des « Effroyables jardins » qui nous touchent.

 

effroyables-jardins-615 michel-paret

« Effroyables jardins » | © Michel Paret

 

Les Effroyables jardins de Michel Quint n’en finissent pas de porter des fruits. À l’origine, il y a un roman d’une cinquantaine de pages, dense et profond, une fiction saupoudrée d’autobiographie. Jean Becker en avait tiré un film assez passable, mais à la distribution soignée (Jacques Villeret, André Dussollier…). C’est aujourd’hui au théâtre que ce texte à la langue bigarrée trouve une nouvelle jeunesse.

 

Lucien, petit garçon, raconte sa haine des clowns et sa gêne profonde quand son père, instituteur de son état, se donnait en spectacle affublé d’un costume de clown ridicule. Ce que le fils nomme « la malédiction d’Auguste » prend sens à la lumière du récit de Gaston, un ami de la famille. Il raconte en effet au petit garçon comment, en 1944, lui et son père sont devenus des résistants : un transformateur électrique qui saute dans la fièvre de la jeunesse et les voilà aux mains des Allemands, jetés dans une fosse d’argile en compagnie de deux autres larrons. Gaston dit l’attente, la mort qu’on croit voir arriver par deux fois, et l’angoisse zébrée par les éclats de rire. Car un soldat allemand assis au bord du trou jongle avec des tartines et sourit de toutes ses dents, offrant aux quatre perdus quelques moments d’humanité.

 

« Faire le clown pour réussir à faire l’homme », c’est la leçon transmise par Bernt le clown allemand au père de Lucien. Leçon qui sera reprise par Lucien lui-même au terme du récit initiatique. Ainsi, la saisissante scène finale renoue avec la contemporanéité de l’écriture du roman de Michel Quint, en 1998, au moment du procès Papon. Sans déflorer tout le suspens savamment maintenu dans la réécriture théâtrale, on peut simplement dire que cette petite histoire est un bel exemple de réappropriation de la mémoire des pères, quand un fils rend hommage à ce qu’il pensait honnir et paie « sa dette d’humanité ».

 

Une chambre d’écho

Et le théâtre se révèle une merveilleuse chambre d’écho pour donner à entendre les voix des disparus. La mise en scène est sans prétention. Avec à peine quelques accessoires – escabeau, banc et valise –, André Salzet incarne une belle galerie de personnages. Il est successivement l’enfant boudeur Lucien, Gaston le gars du Nord au patois savoureux, le clown Bernt avec ses pitreries et son bon sourire, Lucien adulte avec son étrange valise. Une jolie performance au service d’un texte qui garde sa grande puissance émotive sans jamais tomber dans le larmoyant.

 

Saluons aussi le travail d’Ydir Acef aux lumières, qui viennent appuyer subtilement le jeu du comédien. Le visage du clown tout en sourires et en écarquillements d’yeux vient ainsi trouer l’obscurité du plateau comme une face de lune toujours réjouie. Mais c’est surtout cette belle lumière d’aurore qui nous ravit dans les moments de soulagement quand, enfin, on retrouve la terre ferme avec les personnages.

 

Laissons les derniers mots à Michel Quint : « Le rire est une victoire, toujours, il conjure la douleur et le mal. La mort ne peut rien contre le rire ». On rit un peu, on s’émeut beaucoup, chapeau bas ! 

 

Tiphaine Pocquet du Haut-Jussé

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Effroyables jardins, de Michel Quint

Gallimard, collection « Folio », 75 pages, I.S.B.N. : 2070313492

Théâtre Carpe diem • 12, rue des Chasseurs • 95100 Argenteuil

Mise en scène : Marcia de Castro

Avec : André Salzet

Réalisation décor : Roger Ramery

Création lumière : Ydir Acef

Théâtre du Petit-Saint-Martin • 17, rue René-Boulanger • 75010 Paris

Site du théâtre : http://www.petitsaintmartin.com/

Réservations : 01 42 02 32 82

Du mardi au samedi à 19 heures, jusqu’au 28 mai 2011

Durée : 1 h 15

10 € | 25 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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