Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 18:16

Des jardins qui fleurissent lentement

 

Après un grand succès au dernier Off du Festival d’Avignon, c’est sur les planches du Lucernaire à Paris que cette adaptation du roman de Michel Quint poursuit son parcours. Malgré une belle qualité globale, ces jardins-là ne sont pas si effroyables que ça…

 

effroyables-jardins michel-paretCe texte, paru en 2000, est le plus grand succès de son auteur. Le personnage, enfant, détestait les clowns à cause de la honte que lui inspirait son père, instituteur, qui passait tout son temps libre déguisé en auguste pour faire des pitreries. Mais le regard qu’il porte sur son père est bouleversé lorsque son cousin Gaston lui raconte l’origine de cette humiliante manie. Dans ce récit inattendu, le garçon va découvrir l’action de son père et de Gaston dans la Résistance, et leur arrestation par les nazis. Gardés par un soldat-clown d’une humanité rare, ils sont sauvés finalement par l’incroyable sacrifice d’un inconnu. Ce projecteur soudain braqué sur un passé obscur change la vie du garçon : son père passe du statut de clown ridicule à celui de héros, capable d’assumer de la plus belle façon qui soit un important devoir de mémoire.

 

L’auteur laisse poindre souvent un sourire au milieu de la tragédie. Il se dégage de cette histoire réellement émouvante beaucoup de pudeur et de sensibilité. Sur scène : un banc, une valise, un tabouret. Et le conteur. Màrcia de Castro, dans sa scénographie notamment, a choisi de laisser entendre la force du texte dans un grand dépouillement. Même si ce choix n’est pas vraiment original, cela opère toujours très bien. Il convient également de citer l’excellent travail d’Ydir Acef, qui a fait les lumières du spectacle. La mise en scène, dans sa sobriété, est au service à la fois du texte et du comédien. Mais on regrette l’effet scénique récurrent qui signifie que l’acteur joue maintenant le soldat allemand. Ce comique de répétition ne marche pas, il ennuie plus qu’il n’amuse.

 

Les seuls-en-scène fleurissent et prolifèrent dans nos jardins théâtraux. Mais, si tout repose sur un seul acteur, celui-ci doit avoir les épaules assez larges pour porter entièrement le spectacle. On sent que cela pourrait être le cas pour son interprète André Salzet. Pourtant quelque chose ne marche pas au départ. Son costume, volontairement étriqué et démodé, est un excellent choix. Mais pendant plus de la moitié de la pièce, il n’arrive pas à nous captiver, ni à nous émouvoir. Sa trop grande rigidité corporelle et sa raie sur le côté trop bien peignée ont quelque chose de dérangeant. Gageons que le fait qu’il ne soit pas totalement investi du personnage dès le début vienne du stress dû à la première de cette reprise, et espérons qu’il sera plus « chauffé » dans la suite des représentations. Car André Salzet est un excellent comédien. Il nous le prouve dans la dernière petite demi-heure du spectacle, qui prend corps tout à coup. Sans que l’on puisse s’expliquer pourquoi, l’émotion est soudainement là, on est pris par la force des mots : l’interprète libère enfin les sentiments qu’il n’arrivait pas rééellement à transmettre jusque-là. Le spectacle finit donc en beauté, dans un crescendo d’émotion poignant. C’est finalement une réussite en demi-teinte, car on ne peut oublier ce démarrage un peu lent. 

 

Emmanuel Arnault

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Effroyables jardins, de Michel Quint

Publié aux éditions Gallimard (2000)

Théâtre Carpe diem • 12, rue des Chasseurs • 95100 Argenteuil

Contact : 01 34 10 21 21

theatre.carpediem@free.fr

Adaptation, scénographie, mise en scène : Màrcia de Castro

Avec : André Salzet

Lumières : Ydir Acef

Réalisation du décor : Roger Ramery

Visuel : Guy Maurette

Graphisme : Françoise Genton

Photo : Michel Paret

Le Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris

Réservations : 01 45 44 57 34

Du 25 novembre 2009 au 24 janvier 2010, du mardi au samedi à 18 h 30, dimanche à 15 heures

Durée : 1 h 30

22 € | 15 € | 10 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher