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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 05:00

Jouer ou ne pas jouer : telle est la question

 

La Compagnie La Fabrique imaginaire continue l’exploration de l’illusion dramatique qu’elle avait initiée dans « la Tragédie comique ». Avec « Du vent… des fantômes », elle s’attache à chahuter les conventions et les codes de la représentation théâtrale.

 

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« Du vent… des fantômes »

© Cie La fabrique imaginaire

 

On entre par les coulisses et on arrive sur le plateau. Là, des rangées de chaises dépareillées nous attendent. Le rideau est ouvert, et on peut contempler le velours rouge des fauteuils confortables qui nous sont habituellement réservés… Mais cette fois-ci, selon toute vraisemblance, nous devons assurer la figuration. Les rôles principaux, ce sont eux : Ève Bonfanti et Yves Hunstad. Élégamment vêtus, ils sont déjà sur scène. Ils se préparent nonchalamment un petit café en attendant que le public finisse de s’installer. Un constat alors s’impose : sur scène, les sons d’une cafetière sont passablement saugrenus ! À eux seuls, ils réussissent déjà à nous faire sourire. Le public assis, la cafetière finissant d’œuvrer, les acteurs se laissent aller à leur désarroi : de toute évidence, s’ils sont là, c’est pour jouer. Mais jouer quoi ? Ils ne le savent pas. Il faut dire qu’on ne les a pas prévenus ! Alors, ils meublent. Ils meublent comme ils peuvent. On rit de les voir ainsi désemparés. Quant au silence embarrassé qui parfois s’installe, ils vont jusqu’à le revendiquer. La comédienne lance, par exemple, avec véhémence : « Je peux quand même mettre un temps de temps en temps » !

 

Pour se sortir de cette position impossible, ils échangent quelques réflexions amusantes. Puis la comédienne exhume quelques théories qui devraient efficacement régler la question : après tout, n’est-ce pas « la convention [théâtrale] qui joue » ? Ensuite, espérant résoudre la question de l’intrigue, elle pose sans conviction ce postulat : « L’action, c’est d’être là ». Quant au texte, il existe une solution imparable : la musique. Prenez la phrase la plus insignifiante qui soit et dites-la sur un fond musical qui élève l’âme. Alors, comme par magie, votre parole banale devient une réplique mémorable. Et les deux comédiens de nous faire une démonstration qui, il faut l’avouer, est plutôt réussie !

 

« Spectacle paléontologique »

Toutefois, comme ils le font remarquer, le public a payé. Par conséquent, il faut lui en donner pour son argent. Les acteurs tergiversent donc sur scène tandis que nous, spectateurs-figurants, rions de les voir se débattre. On s’amuse du comédien sans texte qui propose de « chercher dans l’absolu » et même de « se lancer dans le vide de l’absolu ». Il tente enfin de s’en sortir en déclarant la pièce « spectacle paléontologique », équivalent théâtral selon lui de l’australopithèque Lucy. Il a d’ailleurs la tête d’un squelette en main. Et on ne peut pas ne pas penser à Hamlet tenant le crâne de Yorick. Il est question ici de « fouille archéologique », de recherche, de création, de théâtre en train de se faire. Alors il y a des hésitations, des pistes et des « temps », quelque chose qui rappelle les atermoiements d’Hamlet.

 

Malheureusement, il manque à Du vent… des fantômes la truculence et l’onirisme réjouissants de la Tragédie comique, autre spectacle de la compagnie. Certes, les comédiens sont excellents, les réflexions sur le théâtre intéressantes, et c’est incontestablement drôle. Mais même transmis avec brio, l’embarras finit quelque peu par lasser. Le spectacle aurait gagné à être plus court. Quoi qu’il en soit, les nombreux lycéens présents dans la salle ont fait preuve d’enthousiasme, sans doute parce qu’ils découvraient pour la première fois un théâtre qui sait se moquer de lui-même. 

 

Capucine Vignaux

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Du vent… des fantômes, d’Ève Bonfanti et Yves Hunstad

Cie La Fabrique imaginaire • 75-77, rue des Tanneurs • 1000 Bruxelles

+32 (0) 476 434 654

Site : www.fabriqueimaginaire.com

Courriel : fabrique.imaginaire@gmail.com

Texte, conception et réalisation : Ève Bonfanti, Yves Hunstad

Collaboration artistique à la mise en scène : Patrick Masset

Avec : Ève Bonfanti, Yves Hunstad

Scénographie : Philippe Henry

Direction technique et régie son : Bertrand De Wolf

Lumières : Gaëtan Van den Berg

Régie : Vital Schraenen

Le Merlan • avenue Raimu • 13014 Marseille

Site du théâtre : www.merlan.org

Réservations : 04 91 11 19 20

Du 18 au 19 janvier 2011 à 20 h 30

Durée : 1 h 30

20 € | 10 € | 5 € | 3 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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