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Vendredi 6 juillet 2012 5 06 /07 /Juil /2012 15:35

Le yiddish qui pétille

 

Isabelle Georges et le Sirba Octet ont concocté un superbe et chaleureux moment musical autour de la musique yiddish.

 

du shetl-a-new-york-300 dominique-desrue Un village quelque part en Seine‑et‑Marne. La salle de concert ? Le gymnase local, tapi derrière une petite fête foraine, au bord de la nationale. Et pourtant les artistes ne sortent pas d’une pochette-surprise. Par la grâce de l’association Les Concerts de poche, les spectateurs vont pouvoir écouter le Sirba Octet – des pointures issues pour la plupart de l’Orchestre de Paris – accompagné d’Isabelle Georges, une chanteuse qui triomphe actuellement dans des spectacles de music‑hall, où elle a notamment ressuscité avec brio la figure légendaire de Judy Garland.

 

Du Shtetl à New York, donc. Soit un voyage musical depuis des mélodies traditionnelles chantées en yiddish jusqu’à Broadway et ses standards signés Gershwin, Irving Berlin… Avec l’idée de montrer la filiation entre ces deux styles. Passons donc tout de suite sur ce qui manque un peu dans ce spectacle : alors même que Les Concerts de poche se proposent de porter la musique vers des publics peu avertis, il manque quelque chose qui aurait montré de façon plus explicite le pourquoi et le comment de la parenté suggérée ici. Certes, on voit en filigrane le personnage d’une chanteuse qui débarque de son schtetl, fait un tube (en yiddish) et se taille un succès sur les planches. On entend aussi « Connaissez‑vous le compositeur Gershowitz ? », vrai nom de Gershwin. Mais un petit commentaire permettant de lier tout cela aurait été le bienvenu. D’autant plus que les chansons, en anglais et a fortiori en yiddish, ne sont pas compréhensibles pour tout le monde…

 

Une belle complicité

Mais, et c’est là une réussite indubitable, on adhère, on est dedans, on vibre. Dans cette salle pas glamour pour deux sous, loin de l’obscurité solennelle des lieux traditionnels, s’établit un contact direct entre le public et les musiciens, qui font le show, notamment le clarinettiste Philippe Berrod. Mais pas seulement : la qualité est au rendez‑vous, que ce soit dans les rythmes endiablés ou les mélopées plus émouvantes comme A Yiddishe Mame, standard du genre. Un des moments les plus réussis est peut‑être l’interprétation du début de la Rhapsody in Blue de Gershwin, qui fait entendre une palette chaude, vibrante. On a le frisson.

 

Il faut dire que la présence rayonnante d’Isabelle Georges participe aussi de la réussite du spectacle. Cette artiste complète se révèle une remarquable chanteuse, également fortiche en claquettes, avec un côté entraîneuse qui va comme un gant à la musique yiddish souvent festive. Sa voix est parfaitement posée, son vibrato, chaud et facile. Elle ne force jamais, et la chanteuse évite ainsi sans difficulté une peau de banane aussi difficile que le célébrissime Over the Rainbow immortalisé par Judy Garland dans le Magicien d’Oz. On aime bien son côté coquin, sa façon de mêler clins d’œil à Broadway (le smoking et haut‑de‑forme, grosse fleur à la boutonnière pour le pétillant I Got Rhythm) et complicité tendre et amusée avec le public et les musiciens. Même lorsqu’elle chante en yiddish le dernier titre, Amol iz geveyn a mayse, on est captivé.

 

Tous les musiciens ont l’air de s’en donner à cœur joie et affichent une belle complicité. Il en faut pour insuffler à cette musique émotion et vitalité, au fond pour retrouver ce côté « famille » original (c’est un peu la définition de « shtetl » : village mais aussi grande famille). Avec une façon de jouer savamment dosée entre une dimension écrite, plutôt classique, et une part d’improvisation importante. Au passage, on aura aussi découvert un instrument étonnant : le cymbalum, avec son curieux son entre cordes pincées et corde frappées, dont Iurie Morar joue avec virtuosité, un peu comme sur un xylophone. Bref, une échappée savoureuse, qui donne envie d’aller plus loin dans la découverte, par exemple en écoutant l’album du Sirba Octet également intitulé Du Shtetl à New York *. 

 

Céline Doukhan

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


* 1 C.D. Naïve / Ambroisie.


Du shtetl à New York, musique yiddish

Les Concerts de poche ● 11, rue du Montceau ● 77133 Féricy

www.concertsdepoche.com

Avec : le Sirba Octet (Richard Schmoucler, Christian Brière, David Gaillard, Claude Giron, Bernard Cazauran, Philippe Berrod, Iurie Morar, Yann Ollivo) et Isabelle Georges

Photo : © Dominique Desrue

Salle Claude-Cottereau • route de Fontainebleau • 77930 Chailly‑en‑Bière

Réservations : 01 60 66 12 53

Le 1er juillet 2012 à 16 heures

Durée : 1 h 30

9 € | 5 €

Publié dans : FRANCE-ÉTRANGER 1998-2012 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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