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Mardi 24 juillet 2012 2 24 /07 /Juil /2012 16:58

 En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012

 

La chair est triste, même quand on est

une marionnette

 

Vieilli, au bout du rouleau, mais la langue et l’esprit toujours acérés, Don Juan attend la mort. Une version « marionnette » du mythe qui bat en brèche tous les clichés.

 

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« Don Juan, amère mémoire de moi » | D.R.

 

Il est pathétique, toussant et crachant dans sa vieille chemise de nuit, le crâne dégarni, l’œil bougon mais légèrement narquois. Ce Don Juan‑là a quitté depuis longtemps les délices et les affres d’une jeunesse d’aventures et de conquêtes. Où est‑il ? Dans quelque monastère, frêle silhouette recroquevillée dans un petit lit solitaire. Que fait‑il ? Rien, sinon remuer les souvenirs d’un passé qui ne passe pas. Des fantômes de femmes séduites et abandonnées. Autant de batailles gagnées, mais maintenant, à l’heure de la fin, a‑t‑il gagné la guerre ? Pas sûr.

 

Don Juan est une marionnette. Une caricature. Pas un acteur en chair et en os. Mais mieux : une marionnette, qui se révèle suffisamment proche d’un être vivant par sa ressemblance, quoique dans une distance qui ouvre la porte à l’imagination. À la projection. En maître de sa discipline, Miquel Gallardo * se fraye toujours un chemin entre ces deux rives, et s’engage dans des voies détournées. Un Don Juan déchiré entre l’arrogance et doute. Une langue bien pendue qui exerce encore un pouvoir de subversion et qu’il faut à tout prix faire taire. Un pouvoir qui s’exerce jusque sur le novice chargé de veiller sur lui et qui sera l’instrument d’un destin fatal (Gallardo lui‑même).

 

Autant de subtilités qu’on ne voit pas souvent de façon aussi convaincante dans des spectacles totalement « incarnés ». La qualité plastique des marionnettes, œuvre de Martí Doy, et surtout la manipulation parfaite de Gallardo rendent l’illusion remarquable. Gallardo fait toutes les voix, ne bougeant que très peu les lèvres quand il s’agit des marionnettes. Son talent de comédien se démultiplie, et il donne vie tout aussi brillamment au novice, à Don Juan, au père Don Luis. Comme si l’urgence de faire exister le personnage était d’autant plus grande que celui‑ci avait la forme d’une marionnette.

 

Un miracle d’émotion et de vérité

Et l’on passe ainsi de moments très âpres à d’autres presque oniriques, mais, à l’image de Don Juan, jamais éloignés d’un soupçon d’humour. De ce côté‑là, si Don Juan est présenté comme un personnage assez cynique, le spectacle, lui, porte sur le personnage un regard interrogateur, qui ne condamne si n’encense aucun des personnages.

 

D’ailleurs, tout cela se suffisait tant à lui‑même que la mise en lumière tardive de secrets de famille autour du novice paraît presque superflue. Ce spectacle est un miracle d’émotion et de vérité, duquel participe aussi la scénographie. À l’instar de ce simple lapin en tissu blanc, que le pauvre novice doit saigner. La douceur. La violence. Matérialisées avec tant de force dans une poupée de chiffon. Et quand, plus tard, Don Juan est en proie à ses démons, c’est à travers des visages de femme, mais en deux dimensions, projetés sur des étoffes, superbe trouvaille de mise en scène qui force encore l’admiration. On ne peut malheureusement pas en dire autant des sous‑titres qui ponctuent certains passages dits en espagnol. Ils sont parfois projetés de manière erratique, avec défilement trop rapide puis retour en arrière. Un détail, mais agaçant quand on voit que cet aspect de la gestion « technique » du spectacle n’est pas à la hauteur de l’extraordinaire et exigeant travail des artistes. 

 

Céline Doukhan

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


* Notamment fondateur de la compagnie Tàbola rassa.


Don Juan, amère mémoire de moi, de Miquel Gallardo et Paco Bernal

D’après des textes de Molière, Tirso de Molina, José Zorrilla et Josep Palau i Fabre

Traduction : Michel Blanco, Djamila Mercadié

Companyia Pelmànec

www.pelmanec.com

Mise en scène : Maria Castillo

Avec : Miquel Gallardo

Construction marionnettes : Martí Doy

Décors : Xavier Erra

Musique : Pep Pascual

Costumes : Susana Santos, Roser Puig

Lumières et son : Xavier Muñoz

La Luna • 1, rue Séverine • 84000 Avignon

www.theatre-laluna.com

Réservations : 04 90 86 96 28

Du 7 au 29 juillet 2012 à 18 h 20

Durée : 1 h 10

16 € | 11 €

Publié dans : FRANCE-ÉTRANGER 1998-2012 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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