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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 17:47

Voyage au cœur des blues


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Jean-Jacques Milteau n’avait plus accepté de réaliser un disque pour autrui depuis plus de trente ans. Son nom seul invite à écouter le nouvel album de Mathis Haug. On ne le regrette pas.

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Mathis Haug | © Marie Llamedo

On peut évidemment se demander pourquoi produire un disque de blues vocal, dans une langue que la plupart des auditeurs ne maîtrisent pas et hors des conditions historiques, sociales et culturelles qui ont vu la naissance et le triomphe du genre. Il est également loisible à chacun d’ignorer ces considérations théoriques. On s’immergera alors dans un univers étranger, mais pourtant si familier depuis que la musique américaine a conquis notre vieux continent. C’est effectivement une impression de familiarité qui saisit à l’écoute de Distance, le dernier album de Mathis Haug. Le terme de distance, dit Jean-Jacques Milteau le réalisateur du C.D., « évoque à la fois l’éloignement qui sépare et le trajet qui rapproche ». On ne saurait mieux définir cette œuvre lointaine et proche.

We’ll Get There by Dawn qui ouvre Distance nous fait entendre une voix qu’on ne dirait pas appartenir à un musicien franco-allemand. Cette voix, grave, légèrement voilée, un peu nasalisée, « négrifiée » a-t-on envie de dire, nous la connaissons déjà. Son évocation des bayous nous transporte au-delà de l’Atlantique, comme la sonorité des guitares et les notes discrètes de l’harmonica qui les accompagnent. Et l’atmosphère est la même dans Carnival Train, avec une profération plus forte. Wise Advice, beaucoup plus rapide, conserve des échos du rythm & blues des années 1960 avec des interventions de Céline Bonacina au saxophone qui font l’effet de ponctuations semi-ironiques.

À déguster lentement

Introduit à la guitare acoustique, Poodle Dog est interprété pour partie avec une sorte de voix de tête, qu’on retrouve dans la belle ballade The Clown. On entend dans cette chanson sur un caniche (poodle dog) quelque chose qui tient de la protest song dans le style musical avec une partie d’harmonica déchirante (Jean-Jacques Milteau). Mais, en slow, elle aurait aussi fait un vrai tabac dans la touffeur des boîtes de nuit entre 1960 et 1980. Si l’on veut une vraie protest song à la manière des années soixante, on écoutera plutôt Paper Cup avec sa voix très en avant dans une sorte de parlé-chanté. Heartbreaker, avec ses percussions dramatiques, ses vibratos à la guitare et ses envolées au saxophone soprano (toujours Céline Bonacina) a, lui, quelque chose de psychédélique. Pour faire bon poids, on trouve aussi un gospel à l’ancienne avec claquements de mains, chœur et répétitions incantatoires : Is Jesus on My Side ? Quant à Sand and Lonesome Day Blues qui clôt l’album, c’est comme il se doit une agréable ballade blues.

Si on l’écoute distraitement, Distance, le cinquième album de Mathis Haug, glisse dans une certaine indifférence. Il faut donc le déguster lentement et y revenir souvent si l’on veut apprécier toute la richesse des climats qu’y a introduits la réalisation de Jean-Jacques Milteau. La récompense se mérite, mais ne déçoit pas. 

Jean-François Picaut


Distance, de Mathis Haug

Un album Dixiefrog / Harmonia mundi (2013)

Réalisation : Jean-Jacques Milteau

Avec : Mathis Haug (guitares électriques et acoustiques, banjo), Stéphan Notari (batterie, guitare acoustique, chœurs), Benoît Rapetti (basse, contrebasse), Mike Latrell (tuba, mandoline, orgue), Céline Bonacina (saxophones baryton et soprano), Jean-Jacques Milteau (harmonicas)

Tournée :

– Le 10 avril 2013 : New Morning, Paris

– Le 12 avril 2013 : Vauvert

– Le 19 avril 2013 : Montluçon

– Le 10 mai 2013 : Nîmes

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Publié par Les Trois Coups - dans C.D.-D.V.D.-Album musique
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