ACCUEIL | POURQUOI CE JOURNAL ? | L’ÉQUIPE DES RÉDACTEURS | LE LIVRE D’OR | NOUS ÉCRIRE | NOUS SUR FRANCE CULTURE | NOUS SUR « LE MONDE »
« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Raté, il faut le dire
Avec « Dissident, il va sans dire », la compagnie des Langages tente d’explorer la complexité des relations entre une mère et son fils. Mais la pièce glisse sur le sujet sans l’approfondir. Le spectateur, frustré, reste sur sa faim.
Dissident, il va sans dire entre dans
l’intimité d’un foyer monoparental. La pièce tente de mettre au jour les difficultés d’une mère seule, Hélène, à communiquer avec son fils, Philippe. Un fils qui démarre sa vie d’adulte sans
renoncer à ses lubies d’adolescent. Entre ces deux‑là, c’est un fragile équilibre qui s’établit, fait de hauts et de bas. D’un côté, on ressent la satisfaction du jeune homme qui brandit sa
première paye sous le regard fier de sa mère. De l’autre, on est témoin de leurs incompréhensions. On assiste aussi aux disputes de ce couple instable. On écoute leurs mots tranchants,
prononcés et aussitôt regrettés.
La pièce manque cruellement de saveur. Sans doute parce que le texte d’origine prend le parti pris de parler du quotidien dans sa banalité : les fins de mois difficiles, la mère qui prépare inlassablement le dîner… Mais, après tout, cette banalité pourrait se voir sublimée par la représentation théâtrale. Ici, rien de tout ça. Les clichés défilent et la mise en scène tombe dans la caricature. Comme le poncif du jeune délinquant qui demande pardon à sa mère lors d’une scène larmoyante.
Des intermèdes inutiles
D’abord, le jeu des acteurs n’est pas convaincant. L’actrice principale, Françoise Demory, campe une mère idéaliste et fragile qui veut le meilleur pour son fils. Mais elle ne donne pas assez de consistance à son personnage et s’enferme dans un rôle un peu fade. À plusieurs reprises, sa joie sonne faux, tout comme son chagrin manque d’intensité. Et l’on regrette certaines scènes, un peu trop « récitées », où les personnages semblent attendre la réplique. C’est dommage, car quelques situations auraient pu susciter l’empathie du spectateur. Par exemple, lorsque le fils conseille à sa mère d’aller chez le coiffeur et de prendre soin d’elle pour plaire de nouveau.
Mais ce qui plombe surtout la pièce, ce sont les intermèdes. Entre chaque saynète, la compagnie des Langages a introduit des pauses musicales et des moments dansés. L’objectif affiché est de traduire autrement que par le théâtre les émotions des personnages. Mais tout le monde ne peut pas s’improviser danseur. Les comédiens ne parviennent pas à s’approprier la chorégraphie pour la rendre crédible. Résultat : des pas de deux mal synchronisés, qui frisent parfois le ridicule.
S’ils ne dynamisent pas la pièce, les intermèdes n’enrichissent pas non plus son sens. Les émotions s’y expriment de façon manichéenne et stéréotypée : pour la colère, de la lumière rouge, des coups de cymbales saccadés et un comédien qui jette des chaises par terre. Dommage qu’il n’y ait pas un peu plus de subtilité dans ce langage des corps. Un seul intermède fait exception à cette série noire, celui où Hélène enfile sa nouvelle robe blanche face au public, devenu miroir pour l’occasion. Et si ça marche, c’est sans doute parce que, enfin, il n’y a plus de fioritures, plus de musique, plus de lumière artificielle. Dans un silence religieux, on regarde juste le personnage renouer avec sa féminité. ¶
Camille Bourleaud
Les Trois Coups
Dissident, il va sans dire, de Michel Vinaver
L’Arche éditeur, collection « Scène ouverte », 1997
Compagnie des Langages • 976, rue Clémenceau • 62860 Rumaucourt
06 60 41 89 62
Site : www.compagniedeslangages.fr
Courriel : compagniedeslangages@gmail.com
Mise en scène et chorégraphies : Françoise Demory, Judicaël Vattier, Hélène Martin
Avec : Françoise Demory, Judicaël Vattier, Félix Carel
Régisseurs : Thomas Quenneville, Franck Dazin
Création graphique : Paul Florisse
Photo : © Franck Dazin
La Barraca Zem • 38, rue d’Anvers • 59000 Lille
Site du théâtre : www.barracazem.fr
Courriel de réservation : barracazem@gmail.com
Réservations : 09 51 70 09 14
Durée : 1 h 15
10 €
Tournée :
– Off du Festival d’Avignon 2012 : du 7 au 28 juillet 2012, tous les jours à 18 h 30
Théâtre de l’Albatros • 29, rue des Teinturiers • 84000 Avignon
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.
Derniers commentaires