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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 20:27

Loin de nous ?


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Grâce à un dispositif vertigineux, Katie Mitchell nous découvre les visions hallucinées d’une jeune mère. Une plongée fantastique plus impressionnante que touchante.

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« Die gielbe Tapete » | © Stephen Cummiskey

« Die gielbe Tapete » est d’abord un récit de Charlotte Perkins Gilman. Il relate l’expérience d’une jeune femme que son médecin de mari enferme « pour son bien » dans une pièce tapissée d’un papier peint jaune. Privée de contacts et de stimulations, la jeune femme bascule dans un monde fantasmé que recèle le papier peint.

La nouvelle, rédigée sous forme de journal intime est inspirée par un épisode autobiographique : l’auteur y règle ses comptes avec un médecin qui l’a rendue presque folle après son accouchement. Le texte est encore peu connu en France. Et pourtant il pose une question fichtrement intéressante : comment une femme peut-elle sombrer dans la dépression alors qu’elle devient mère ? Comment donc ce qui devrait, selon l’opinion commune, la combler lui fait perdre la raison ?

On comprend que Katie Mitchell s’y intéresse. C’est d’ailleurs pour elle l’occasion d’aborder la subjectivité, comme elle l’avait fait dans son adaptation des Vagues de Virginia Woolf. Un réseau de caméras lui permet de fait de suivre les mouvements les plus imperceptibles d’Anna, la jeune mère, et de donner corps à ses visions. De même le travail de création sonore (amplification, assourdissement, doublage et bruitages à vue) rend compte de cette perception particulière. Comme Anna, nous n’entendons plus les autres personnages. Seuls nous parviennent des sons assourdis ou les cris stridents, insupportables du nourrisson.

Prisonniers de la fiction

Il y a ainsi des moments forts dans Die gielbe Tapete. Katie Mitchell sait opposer, par exemple, les images colorées et guillerettes d’un pseudo-film de famille à celles d’une captation directe brute et laide. Elle s’entoure en outre d’une équipe technique rodée et efficace et de comédiens tous (vraiment tous !) excellents. On regretterait même d’ailleurs qu’une plus grande place ne soit pas accordée à ces derniers. Comme la femme prisonnière du papier peint jaune, ils semblent parfois loin de nous, dans la fiction, l’envers du décor. On aurait envie qu’ils poussent les meubles, sortent de leurs cages scénographiques pour venir jusqu’à nous… mais il faut attendre le salut.

C’est peut-être en partie pour cela que cette mise en scène si stimulante intellectuellement laisse un peu froid. C’est peut-être aussi parce que Katie Mitchell, passionnée par la dimension fantastique de l’œuvre, en délaisse quelque peu la face contestataire. En définitive, on y gagne en liberté de jugement ce qu’on perd en implication. 

Laura Plas


Die gielbe Tapete (le Papier peint jaune), d’après Charlotte Perkins Gilman

Version anglaise de Lyndsey Turne

Traduction en allemand : Gerhild Steinbuch

Mise en scène : Katie Mitchell

Avec : Iris Becher, Judith Engel, Cathlen Gawlich, Ursina Lardi,Tilman Strauß, Luise Wolfram et Andreas Hartmann, Stefan Kessissoglou (caméras)

Scénographie : Giles Cadle

Costumes : Helen Lovett Johnson

Cinéaste : Grant Gee

Vidéo : Jonathon Lyle

Musique : Paul Clark

Création son : Gareth Fry et Melanie Wilson

Lumières : Jack Knowles

Bruitage : Ruth Sullivan

Dramaturgie : Maja Zade

Ateliers Berthier • 1, rue André-Suarez • 75017 Paris

Métro : ligne 13, arrêt Porte-de-Clichy

R.E.R. : ligne C, arrêt Porte-de-Clichy (sortie : avenue de Clichy)

Site du théâtre : www.theatre-odeon.eu

Réservations : 01 44 85 40 40

Du 20 au 26 septembre 2013, du mardi au samedi à 20 heures et le dimanche à 15 heures. Relâche : lundi 23 septembre

Durée : 1 h 20

30 € | 20 € | 15 € | 6 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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