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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 14:17

Deux week‑ends

pour un centenaire


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


C’est en grande pompe mais non sans humour que le Théâtre de Fontainebleau célèbre son centenaire.

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Calixte de Nigremont | © Céline Doukhan

On a mis les petits plats dans les grands pour les cent ans du Théâtre de Fontainebleau : deux week‑ends entiers sont dévolus à la célébration de cet anniversaire.

Lors de ce premier week‑end (du 14 au 16 septembre 2012), la programmation était particulièrement alléchante. Pêle-mêle : l’histrion aristo Calixte de Nigremont en Monsieur Loyal, les façades du théâtre illuminées par des projections, et des artistes de talent invités pour l’occasion : Andy Emler, la Fabrique à théâtre, la compagnie des Rémouleurs et les merveilleux « Souffleurs, commandos poétiques ».

Le coup d’envoi est donné le vendredi. Là, devant le théâtre, on trouve le jazzman Andy Emler à la tête d’un curieux ensemble. En effet, ce musicien confirmé et récompensé par une Victoire du jazz en 2011 s’est vu confier la mission de rassembler « Cent musiciens pour un centenaire », c’est‑à‑dire de créer pour l’occasion une œuvre musicale avec des habitants, quel que soit leur niveau. Le résultat est surprenant : pendant une demi‑heure, tout ce petit monde chante, souffle, pianote, avec certes parfois quelque imprécision, mais avec enthousiasme et sans la moindre partition ! Ce qui est déjà un bel exploit.

« La doyenne de la société des comédiens de Morlaix »

C’est une foule impressionnante qui se presse ensuite dans le théâtre pour assister à la présentation de la saison 2012‑2013. L’impayable Calixte de Nigremont est de nouveau à pied d’œuvre, cette fois sur la scène. Son truc, c’est d’arriver à meubler élégamment, à faire patienter les spectateurs, à remplir les blancs. Mais avec classe ! Une classe tout enrobée d’humour, d’ailleurs. Les spectateurs qui entrent sont presque tous introduits comme des sommités, ce qui déclenche immanquablement les rires du public. Un quidam ne comprenant pas vraiment ce qui lui arrive se voit, par exemple, gratifié d’un très distingué : « Je salue l’arrivée du comte Patinax de Montgrabeau… ».

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Andy Emler | © Céline Doukhan

La présentation de la saison est marquée par les interventions en direct d’artistes venus en personne présenter un extrait de leur spectacle : la généreuse Isabelle Georges, qui conquiert le public en cinq minutes avec son sourire et son talent ; le grand pianiste Georges Pludermacher et le violoniste Yair Benaim ; trois chanteurs de la Péniche Opéra venus interpréter un appétissant extrait de leur futur Hansel et Gretel ; et enfin, un moment de pure magie lorsque le français baroque de la Fabrique à théâtre retentit le temps d’une intense interprétation du Chêne et le Roseau et Pierrette et le Pot au lait.

Entre-temps, des vidéos présentent les autres spectacles. Notons ici deux choses. Premièrement, les vidéos ne rendent que très imparfaitement justice aux spectacles en question. Un court extrait, assez peu représentatif, de Hand Stories ne pouvait réellement donner envie de voir ce spectacle pourtant merveilleux. La même chose s’était déjà produite l’an dernier, lors de la projection d’un lugubre extrait censé allécher les futurs spectateurs du concert du groupe pop Brigitte. Deuxièmement, les extraits peuvent carrément induire les spectateurs en erreur. C’est le cas pour le concert de Jean-François Zygel, « Variations autour de Beethoven », dans lequel le pianiste se produira seul, alors que la vidéo nous montre Zygel dans une de ses séances de vulgarisation avec orchestre, semblable à celle donnée à Fontainebleau la saison passée.

Hommage à Jean Vilar

La soirée se poursuit par un hommage à Jean Vilar, mis en lumière par Les Rémouleurs. Des phrases de la main du maître (dont on célèbre également le centenaire de la naissance [ici, ici, ici, ici, ici]) habillent très joliment la façade principale du théâtre. Et pendant trente minutes, quatre jeunes gens étonnamment mûrs et investis par leur mission disent des textes de Vilar, en un hommage si sincère et habité qu’il aurait fait taire tous les grincheux et leurs discours stéréotypés sur les jeunes qui « ne s’intéressent plus à rien » ou sont tout le temps « scotchés devant leurs écrans ». Citons‑les tous : Carla et Maïlys Musemaque, Roxane Rigault et Paul Meynieux. Bonne route à eux.

Enfin, après que tous les spectateurs qui écoutaient religieusement l’hommage à Vilar se sont avidement jetés sur le buffet jusque‑là bien gardé par des serveurs tirés à quatre épingles, une leçon de danse animée par Calixte de Nigremont se préparait. Nous avons préféré saisir l’occasion de nous faire enfin murmurer quelque chose à l’oreille par l’un de ces mystérieux « Souffleurs », qui avaient alors investi la place. Verdict : les essayer, c’est les adopter. Le Souffleur se présente vêtu de noir, muni d’un long tube et d’un parapluie. Le « spectateur » s’assied, tient le parapluie ouvert au‑dessus de lui et n’a plus qu’à écouter le texte poétique qui lui est dit doucement dans le tube par le comédien. C’est vraiment magique, on fait abstraction de tous les bruits et mouvements environnants pour se laisser transporter par cette petite musique… À découvrir absolument.

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Isabelle Georges | © Céline Doukhan

Un bon vieux rétroprojecteur pour des effets monumentaux

Le lendemain, la Fabrique à théâtre présentait Ô amours, florilège de textes et d’airs baroques. On ne se lasse pas de cet éclairage à la bougie qui nimbe tout d’une émouvante intensité, ni de cette étonnante gestuelle codifiée, mélange de hiératisme et de sentiment. On aime, enfin, cette exotique prononciation après laquelle Molière, Corneille ou Racine ne se peuvent entendre quasiment plus autrement.

Après ces Amours, les spectateurs étaient invités à aller s’installer sur des transats pour assister à une sorte de son et lumière très réussi des Rémouleurs : des procédés tout simples à base de papiers découpés et posés selon un ordre et un arrangement subtils sur un bon vieux rétroprojecteur créaient des effets monumentaux et oniriques sur la façade arrière du théâtre, transfigurant ainsi ce grand mur nu et austère. Le clou de la soirée a hélas eu des airs de pétard mouillé : le funambule Didier Pasquette devait, perché sur une corde à plusieurs mètres du sol, parcourir plusieurs dizaines de mètres pour rejoindre une petite plateforme située justement près du grand mur arrière, mais a chuté au bout de quelques mètres. Allait‑il repartir, se remettre en selle ? Non. Une petite frustration, mais une très belle soirée tout de même ! C’est ce qu’on appelle « les aléas du direct »…

Notons que nous n’avons pas assisté aux animations suivantes : l’inauguration du nouveau « Bistrot du théâtre » avec la Péniche Opéra, « Confidences sur le marché » avec Les Souffleurs, la découverte des coulisses du théâtre avec Calixte de Nigremont, Les Souffleurs et la Fabrique à théâtre et la « Tempête littéraire » finale avec Andy Emler, son « orchestre du centenaire » et Les Souffleurs. La semaine prochaine, un nouveau week‑end mettra cette fois à l’honneur les compagnies et associations locales. 

Céline Doukhan


Centenaire du théâtre municipal de Fontainebleau

Théâtre municipal de Fontainebleau • rue Richelieu • 77300 Fontainebleau

http://www.fontainebleau.fr/?theatre-municipal,69

Ainsi que d’autres lieux de la ville

Réservations : 01 64 22 26 91

Du 14 au 16 septembre et du 21 au 23 septembre 2012

Entrée libre

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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