Mercredi 3 novembre 2010 3 03 /11 /Nov /2010 10:41

De la radio à la scène, il n’y a qu’un mot…

 

Gonflées par leur succès radiophonique, Léonor Chaix et Flor Lurienne portent au théâtre leur chronique « Déshabillez mots ! ». Quelques coups de stylet plus tard et une bonne dose d’imagination, ces deux « strip-teaseuses » du verbe ont, sur la scène des Trois Baudets, des mots bien sentis.

 

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« Déshabillez mots » de Léonor Chaix et Flor Lurienne

© Pascaline Dargent

 

Avez-vous déjà entendu parler de Léonor Chaix (la brune) et Flor Lurienne (la blonde) ? Tous les week-ends, durant trois étés consécutifs, elles ont réveillé les auditeurs de France Inter. Bon, d’accord, c’est un peu tôt… à 8 h 53, surtout le dimanche. Mais ces deux comédiennes ont remporté suffisamment de succès pour se faire remarquer (le prix S.C.A.M. de la Meilleure Œuvre radiophonique 2009). Et pour cause ! Elles ont eu l’idée de donner vie au vocable en le personnifiant. Dans leur spectacle, tantôt animatrices (télévision ou radio, au choix), tantôt dans la peau d’un « mot » (si, si je vous assure !), elles échangent les rôles et donnent corps au lexique, qu’elles interrogent…

 

Pour cela, prenez un zeste de « légèreté », ajoutez-y une pincée d’« infidélité » et saupoudrez d’une bonne dose de « sympathie »… Vous obtenez la recette de la « gazette linguale ». Il est certain que si vous préférez la version fast-food et texto, si vous aimez le vite fait mal fait, évitez de vous aventurer dans l’antre drolatique de ces deux jeunes gazelles. Armées d’une plume très personnelle et d’une lame bien féminine, elles taillent un short aux faux-semblants et aux préjugés pour redorer la pilule au lexique et incarner le verbe.

 

C’est ainsi que la « Légèreté » est interviewée. Tout en réclamant sa petite coupe de champagne, elle affirme sa désinvolture, mais refuse catégoriquement d’être confondue avec la « Futilité ». Puis, d’un coup de manivelle, c’est au tour du « Déclic » de recevoir des appels d’auditeurs qui se plaignent de ne pas avoir trouvé de sens à leur vie. Encore faut-il avoir appuyé sur le bon bouton, déclenché le bon « clic » pour fulminer contre notre conscient et donner une bonne claque à notre inconscient. Autrement dit, ces Don Quichotte ne manient pas seulement la langue pour secouer la salle de rire, mais partent au combat pour « demande[r] des comptes » et « arrache[r] le voile » à bien des mensonges.

 

« Se reconnecter avec sa part sacrée »

Qu’est-ce que le Verbe, sinon toucher à l’Être ? Renoncer au verbe serait donc tout bonnement nier l’Être, c’est-à-dire cette part totalement impalpable, mais bien nichée en nous et tellement essentielle. Ainsi – et comme le rappelle avec intelligence la metteuse en scène Marina Tomé – c’est aussi une des « missions du théâtre depuis les grands Grecs et la catharsis » que de « se reconnecter avec sa part sacrée ». De la sorte, pour allier vision décalée et spécimens passés au crible, un gros travail scénographique a été accompli. On ne s’est pas contenté ici de seulement transposer sur la scène une émission de radio, ni l’atmosphère d’un studio d’enregistrement. Au contraire, le décor n’est pas figé et les objets prennent sens au gré de leur utilisation. Nous avons notamment apprécié le travail qui a été fait avec les panneaux transparents. Ils donnent du poids aux mots et permettent aux comédiennes de varier leur jeu.

 

De même, les lumières éclairent le vocabulaire (choisi avec soin) et permettent de nous plonger dans cet univers loufoque. C’est ainsi que pour dénicher la « Paresse », il a fallu se rendre dans la belle nuit étoilée du « royaume longue durée ». De l’« Aboulie » à l’« Onanisme », en passant pas la « Procrastination », les mots sont passés au rayon X, psychanalysés, réintégrés, réanimés… le bouche-à-bouche de Flor et de Léonor leur donne le souffle nécessaire. Le regard fantaisiste et poétique de Marina Tomé allonge leur espérance de vie.

 

Sur ce chemin des mirages, un petit bémol néanmoins dans la construction et l’enchaînement des saynètes. Quelques moments manquent de rythme, et l’on peut trouver certaines scènes un peu longuettes (précisément… l’« Attente » !). Mais nous avons assisté à la première, et nous parions que les comédiennes auront suffisamment de ressource pour trouver le bon rythme dans les représentations suivantes. Attention aussi à ne pas tomber dans du déjà-vu et de l’attendu : le sketch sur la « Virilité », par exemple, était un peu facile…

 

Mais aucune raison ici de faire appel à la « Colère » ni à la« Pusillanimité », ce spectacle mérite le déplacement. Car les mots aussi ont le droit de demander des comptes à une société qui oublie leur épaisseur, dénigre leur importance et les préfère hachés, coupés, évidés… Tous ensemble, appelons de toutes nos forces S.O.S. maltraitance, hurlons à cor et à cri contre l’injustice qui est faite aux mots. Eux aussi réclament leur majuscule, ils sont un bel échantillon de notre humanité… Non, ils ne peuvent être mis à la retraite ! 

 

Sheila Louinet

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Déshabillez mots, de Léonore Chaix et Flor Lurienne

Mise en scène : Marina Tomé

Avec : Léonore Chaix et Flor Lurienne

Création et réalisation des accessoires et costumes : Myriam Fall

Décors : Catherine Dufaure

Les Trois Baudets • 64, boulevard de Clichy • 75018 Paris

www.lestroisbaudets.com

Réservations : 01 42 62 33 33

Du 2 novembre 2010 au 26 janvier 2010, les mardi et mercredi à 21 heures

Durée : 1 h 20

16 € | 13 €

Publié dans : France-Étranger 1998-2014 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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