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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012
Amours et désamours au temps
des Années folles
Huit nouvelles de Dorothy Parker, adaptées pour la scène, donnent à voir la comédie sociale américaine des Années folles, et peut‑être un peu plus que ça… Un spectacle bien rodé (il a été créé en 2010) qui tient ses promesses.
« DesAmours » | © D.R.
Dorothy Parker (1893‑1967) est passée de mode depuis longtemps, très longtemps même, elle qui fut une icône de l’entre-deux‑guerres, durant ces années folles qui fleurent bon la nostalgie. Poétesse, nouvelliste, critique littéraire, plus tard scénariste, cette figure de l’émancipation féminine fut au cœur du New York de ces années‑là, et sut croquer (à l’instar de Scott Fitzgerald, par exemple) les illusions et les travers de la société américaine de son temps. Son regard acerbe, ses textes à l’humour désespéré épinglent les lâchetés, les veuleries et les conformismes d’une société bourgeoise assez vaine.
Le spectacle de Cassandre Vittu de Kerraoul est constitué de huit scènes librement adaptées de huit récits de l’auteur. Un dîner mondain, deux jeunes mariés qui connaissent leur première scène de ménage durant leur voyage de noces, un écrivain célèbre et son admiratrice fervente… Les textes choisis se font écho et s’enchaînent avec fluidité. Des histoires de couple en majorité : des couples qui ne se comprennent pas, prennent des résolutions qu’ils ne tiendront pas, se séparent… Dans l’univers à la fois humoristique et désespéré de Dorothy Parker, les hommes sont vaniteux, faibles, inconstants, alcooliques, les femmes snobs, frivoles, médisantes, superficielles… et tout aussi portées sur la boisson. Leurs relations semblent vouées à l’échec et à l’incompréhension mutuelle.
Un ton toujours juste
Ces personnages qui semblent unis par une mystérieuse parenté sont interprétés avec malice et brio par trois jeunes comédiens aussi dynamiques qu’expérimentés. Ceux‑ci passent d’un rôle à l’autre sans changer de costume et en trouvant instantanément le ton juste. Le parti pris est réaliste mais légèrement caricatural : un choix fondamental qui donne son unité au spectacle et qui n’empêche pas de jouer souvent sur les non‑dits. Tandis que Cassandre Vittu de Kerraoul se montre très crédible en amoureuse éplorée ou en grande bourgeoise, Amandine Blanquart excelle dans les rôles d’étourdies et de filles inconséquentes. Marc Lamigeon, avec son faux air de Jean Dujardin, a quant à lui le mérite d’interpréter avec talent tous les personnages masculins.
Le décor est minimal (deux chaises), mais grâce à la grande attention portée aux costumes, aux gestes et attitudes aussi bien qu’aux accessoires (les fume‑cigarettes, chapeaux, gants, boas…), le spectateur est agréablement dépaysé, dans le temps comme dans l’espace, tout en restant pourtant dans une relation de connivence avec les comédiens. La musique aussi est d’époque et contribue à faire swinguer une soirée qui ravira les amateurs d’un théâtre léger, d’un théâtre champagne, avec juste ce qu’il faut d’acidité. Huit petits tours et puis s’en vont. Un spectacle parfaitement maîtrisé, où manque peut‑être seulement une touche d’imprévisible ? ¶
Fabrice Chêne
Les Trois Coups
DesAmours, d’après des nouvelles de Dorothy Parker
Traduction : Hélène Fillières, Benoîte Groult
Mise en scène : Cassandre Vittu de Kerraoul
Avec : Amandine Blanquart, Marc Lamigeon, Cassandre Vittu de Kerraoul ou Niryis Pouscoulous
Création costumes : Émilie Baillot
Création lumières : Elsa Revol, Franz Banlier
Son : Lisa Cat-Berro
La Luna • 1, rue Séverine • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 86 96 28
Du 7 au 29 juillet 2012 à 17 h 25
Durée : 1 h 15
16 € | 11 €
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