ACCUEIL | POURQUOI CE JOURNAL ? | L’ÉQUIPE DES RÉDACTEURS | LE LIVRE D’OR | NOUS ÉCRIRE | NOUS SUR FRANCE CULTURE | NOUS SUR « LE MONDE »
« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Un Barouf curieusement immobile
Le Théâtre du Barouf présentait l’aboutissement d’un projet original : restituer au théâtre la parole d’habitants de Fontainebleau, recueillie lors d’entretiens individuels avec des membres de la compagnie sur les thèmes du « temps » et du « métier ». Le résultat se révèle un spectacle attachant quoi que trop statique.
L’un des grands défis de ce spectacle consistait à rendre théâtral ce qui ne l’était a priori pas : la parole brute de gens ordinaires. À cet égard, le Théâtre du Barouf a effectué un travail de réécriture qui permet de donner plus de sens et de cohérence à ces sept discours, isolés les uns des autres. Cela donne un texte à la fois familier, réaliste et en même temps souvent émouvant. Car Isa Mercure et Gilles Guillot ont choisi de poser sur les personnages un regard plein d’une généreuse empathie.
Le deuxième ingrédient, c’est bien sûr l’incarnation par les comédiens. Si le texte fait souvent mouche, c’est grâce à l’interprétation, enjouée quoiqu’inégale. Certains comédiens ont une présence particulière qui enchante le spectateur. C’est le cas d’Alain Aithnard, qui campe ce Bellifontain arrivé du Zaïre il y a vingt ans, devenu une figure incontournable de la vie locale. Chemise jaune vif et petit bonnet traditionnel, il donne à son personnage une dignité et une vie remarquables. Dans un autre registre, Lucienne Hamon, en nonagénaire pétulante, livre un superbe numéro d’actrice : tantôt hilarante en mamie qui n’a pas la langue dans sa poche, tantôt touchante quand elle fait le récit de son histoire d’amour contrarié avec un soldat allemand. Quant à Serge Peyrat, dans la peau d’un professeur de français à la retraite, il se distingue par le naturel élégant de sa diction et de sa gestuelle.
« Derrière la façade ou Raconter le monde autrement » | © François Gille
Si le ton est donc un habile mélange d’authenticité, d’humour et de légère mélancolie, on ne peut en revanche pas dire que la mise en scène brille par son inventivité. En fait, celle-ci est si réduite qu’on peut la décrire ici intégralement… Chacun des sept personnages arrive sur scène et s’assied sur une des sept chaises disposées en demi-cercle face au public. Et ensuite ? Ensuite, rien, ou presque. Les personnages ne se parlent pas entre eux. De temps en temps, l’un ou l’autre se lève pour raconter son histoire. D’ailleurs, à bien y réfléchir, la plus mobile est sans doute… la petite mamie de 91 ans. Vers le milieu du spectacle, on atteint alors le sommet de la mise en scène : au son d’un grondement de tonnerre, les sept personnages, toujours vissés à leur chaise, ouvrent un parapluie. Quelque secondes plus tard, nouveau bouleversement : ils le referment. Comme tout cela manque de mouvement ! N’y avait-il pas moyen de donner à l’ensemble une forme plus théâtrale, plus dynamique ? On a l’impression que le metteur en scène ne sait pas vraiment quoi faire faire à ses comédiens.
Le plus étonnant, c’est finalement que tout cela ne soit pas plus ennuyeux. Quoique… Dans un premier temps, on doit s’adapter, se faire à cette forme un peu austère et éviter de penser que cela va durer pendant encore une heure et demie sous peine de se laisser envahir par le désespoir. Et puis on s’y fait, et on écoute tout cela avec intérêt. Le moniteur de golf avec ses rêves de « vie de couple sympa », l’horloger réparant sa pendule avec amour… Mais arrive un moment où le charme commence à s’évanouir, et où le temps, celui-là même dont discourent les personnages, commence sérieusement à se faire sentir. Cela dit, on retient plutôt que, vu la forme très statique de l’ensemble, c’est presque un miracle que cette sensation n’apparaisse pas plus tôt. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
Derrière la façade ou Raconter le monde autrement
Compagnie Le Théâtre du Barouf • 23, rue René-Lefebvre • 77760 Villiers-sous-Grez
01 64 24 26 97 | télécopie : 01 64 24 26 07
Mise en scène : Gilles Guillot
Avec : Alain Aithnard, Jean-Pierre Becker, Christine Braconnier, Lucienne Hamon, Philippe Le Mercier
Costumes : Colombe Lauriot-Prévost
Scénographie : Jean-Michel Adam
Lumière et assistanat : Vyria Stefanova
Son : Guy Lerminier
Régie : Gonzag
Théâtre de Fontainebleau • 6 bis, rue Denecourt • 77300 Fontainebleau
Réservations : 01 64 22 26 91
Les 27 et 28 novembre 2009 à 20 h 30
Durée : 1 h 30
8 € à 25 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.
Derniers commentaires