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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 12:11

Le « Directeur » ne se prend pas au sérieux


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Pour respecter la tradition des fêtes de fin d’année, l’Opéra de Rennes proposait, cette année, une comédie en un acte, « Der Schauspieldirektor » ou « le Directeur de théâtre » de Mozart. L’ouvrage, joué en français et chanté en allemand, est en fait une nouvelle adaptation du livret original de Gottlieb Stephanie le Jeune (1786) par Vincent Tavernier. C’est un festival de bons mots et d’airs relevés.

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« Der Schauspieldirektor » | © Laurent Guizard

Représenté pour la première fois en 1786 à l’Orangerie de Schönbrunn à Vienne, Der Schauspieldirektor est le fruit d’une commande de l’empereur Joseph II. La pièce devait être opposée à une autre, commandée à Salieri : Prima la musica. L’empereur espérait une victoire éclatante du singspiel allemand sur l’opera buffa. Ce fut un échec. Le livret un peu brut de Gottlieb Stephanie n’y fut peut-être pas étranger.

Pour l’adaptation rennaise, Alain Surrans a demandé à Vincent Tavernier d’introduire dans son canevas divers sketches qui sont autant de clins d’œil au spectateur. Il s’est, en cela, heureusement autorisé de la tradition des spectacles de fin d’année chère aux pays anglo-saxons. L’idée de base du Schauspieldirektor est la suivante : comment un directeur de théâtre désargenté peut-il construire sa saison ? En adaptant ce schéma à notre époque (recherche de subventions, quête de mécénat, constitution d’une compagnie, etc.), Vincent Tavernier a construit une satire qui est surtout un prétexte pour des solistes à montrer leur talent sur de grands airs du répertoire.

L’objectif principal a été atteint : divertir

Le résultat de ce travail sérieux, mais qui ne se prend pas au sérieux, est plutôt réjouissant. Certes, il est toujours possible de gloser sur tel ou tel épisode du scénario. Ils ne sont pas tous d’une égale finesse ou d’une incomparable légèreté. Certains spectateurs regrettaient également des longueurs : la pièce initiale durait la moitié moins longtemps. Mais, dans l’ensemble, l’objectif principal a bien été atteint : divertir en s’amusant avec un spectacle musical de qualité.

On rendra un hommage particulier à Marianne Lambert, soprano, pour ses multiples talents de comédienne et de chanteuse, composant notamment une intéressante Reine de la nuit. Saluons aussi Marc Scoffoni, baryton (M. Figaro) pour sa belle interprétation du personnage créé par Beaumarchais. Enfin, il serait injuste d’oublier les prestations de Géraldine Casey (soprano) et Mathias Vidal (ténor). Ces artistes nous ont également régalés d’un beau trio issu de Cosi fan tutte et, avant-goût du spectacle programmé en mai, d’un splendide quatuor de l’Enlèvement au sérail, sans parler des airs de la pièce originale.

Avec aisance

Huit des « souffleurs » (deux cors, deux bassons, deux hautbois et deux clarinettes) de l’Orchestre de Bretagne ont avec aisance joué le jeu du déguisement dans la première partie. Et l’orchestre entier, sous la direction de Paul Agnew, a su montrer une forte présence dans la seconde.

Ce spectacle a été une plaisante conclusion de l’année 2010 pour certains spectateurs et un début prometteur de 2011 pour les autres. Par leurs choix, Vincent Tavernier et Alain Surrans ont une nouvelle fois montré que divertissement n’était pas synonyme de vulgarité et que l’Opéra avait définitivement – mais seuls les mauvais coucheurs en doutaient – jeté aux orties ses vieux oripeaux. 

Jean-François Picaut


Der Schauspieldirektor (le Directeur de théâtre), de Mozart

Singspiel en un acte sur un livret de Gottlieb Stéphanie (1786)

Version mise en espace, chantée en allemand

Direction musicale : Paul Agnew

Adaptation et mise en espace : Vincent Tavernier

Avec : Mme Herz (Géraldine Casey, soprano), Mlle Silberklang (Marianne Lambert, soprano), Vogelgesang (Mathias Vidal, ténor), Buff (Marc Scoffoni, baryton) et l’Orchestre de Bretagne

Lumières : Carlos Perez

Opéra de Rennes, • place de l’Hôtel-de-Ville • B.P. 3126 • 35031 Rennes cedex

http://www.opera-rennes.fr/

Téléphone : 02 99 78 48 68

Vendredi 31 décembre 2010 à 20 heures, samedi 1er janvier 2011 à 18 heures et dimanche 2 janvier 2011 à 16 heures

Durée : 2 h 15

49 € à 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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