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17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 15:50

« Demain, il fera jour » :
un guide de bonne conduite ?


Par Élise Noiraud

Les Trois Coups.com


Vincent Clergironnet propose « Demain il fera jour ». Un spectacle qu’il serait plus simple d’aimer inconditionnellement, tant il respire la bonne volonté, et tant le comédien qui le porte est excellent. Mais qui pèche néanmoins par un trop-plein de manichéisme.

Avec ce spectacle, Vincent Clergironnet a voulu interroger la notion de héros. Les héros, les vrais, ceux qui sauvaient le monde et nous donnaient du courage ont-ils totalement disparu de nos vies ? Se sont-ils volatilisés, laissant la place à des icônes de pacotille, stars télé et argent-roi en tête ? Vincent Clergironnet répond « non », en nous invitant avec lui à régler nos lunettes, c’est-à-dire à voir les vrais héros là où ils sont, à une échelle humaine, dans notre quotidien. Demain il fera jour propose une galerie de héros ordinaires, des gens comme vous et moi qui ont choisi, dixit l’auteur, de « laisser l’autoroute pour prendre un petit chemin de traverse ».

Indubitablement, la variété de ces personnages offre une matière de jeu formidable au comédien. Ils sont au nombre de cinq. Il y a l’ancien ouvrier refusant d’acheter un taille-crayon « made in China », le policier choisissant de démissionner plutôt que de participer à une reconduite à la frontière, mais aussi le jeune soldat égaré entre jeu vidéo et guerre bien réelle en Irak, le financier cynique lâché par sa secrétaire, et enfin le cadre moyen prenant conscience de la vacuité de son existence. Cinq personnages, comme autant de costumes à endosser.

demain-il-fera-jour

« Demain, il fera jour »

Et ces costumes, Vincent Clergironnet les endosse avec un talent incontestable. Bien sûr, il y a les morceaux de tissu, les couvre-chefs, les bouts de foulard que le comédien pose sur son corps à chaque changement de personnage. Mais il y a aussi, et surtout, le costume corporel dont il revêt tous ses membres, du visage aux orteils, dans un travail bluffant relevant presque du masque. Ces transformations se font devant nous, simplement, sobrement. Le comédien, très justement accompagné par la musique de Cédric Le Guillerm et les lumières de Valentin Monnin, nous offre derrière une glace sans tain l’image d’un homme en chassant un autre. Et l’on se surprend à attendre avec une impatience presque enfantine chaque nouveau personnage. Le comédien se coule avec souplesse dans cinq histoires, livrant un travail d’interprétation très juste, et sur lequel il n’y a rien à redire.

Mais, alors, qu’y a-t-il à redire, justement ? Puisque tout est juste, où est le problème ? Ne serait-ce pas, par hasard, le plaisir pervers du critique ne pouvant se contenter de dire bravo et ayant besoin de sa bouffée jouissive de pessimisme ? Aaah… éternel débat. Toujours est-il qu’au fil du spectacle, une vague gêne, un léger malaise est venu m’envahir, et n’a cessé de croître. La sensation d’être face à un comédien jugeant tous ses personnages. Un comédien qui « a compris ». Et un spectacle n’hésitant pas à enfoncer des portes ouvertes, et n’offrant qu’une seule lecture possible, celle d’un optimisme vaguement didactique. Chacun peut faire le bien, faire le bon choix. Et ce « bon choix » se situe plutôt du côté des petits chemins, du refus de l’argent, du vrai sens donné à la vie, de la tolérance. Et aussi, de la France d’antan, celle du travail bien fait, des artisans, et de la bonne miche de pain posé sur la table.

Et alors, me direz-vous ? Rien de bien méchant. Non, et même rien que du très gentil. Mais, pour ma part, quoique je reconnaisse et applaudisse le travail du comédien, je demeure beaucoup plus réservée sur le propos. Je n’aime pas trop qu’un spectacle me livre, même entre les lignes, un guide de bonne conduite. Et je préfère quand la vie, et le théâtre, grincent un peu plus. 

Élise Noiraud


Demain il fera jour, de Vincent Clergironnet

Theatre des Enfants-Curieux • 15, route des Trois-Fontaines • 51300 Haussignémont

03 10 46 90 19

www.theatre-enfants-curieux.fr

vincent.clergironnet@free.fr

Écrit et interprété par : Vincent Clergironnet

Musique : Cédric Le Guillerm

Lumières et scénographie : Valentin Monnin

Théâtre Notre Dame-Lucernaire Avignon • 13 à 17 rue du Collège-d’Annecy • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 06 48

Du 8 au 30 juillet 2010, les jours pairs, à 12 h 30

Durée : 1 heure

15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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