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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 12:30

Petit éloge de la liberté


Par Fabrice Chêne

Les Trois Coups.com


Dans le cadre du festival Péril jeune, Fanny Gayard et la compagnie Sans la nommer s’inspirent d’« Anarchie en Bavière », de Fassbinder, pour voir si théâtre et principe de désordre peuvent faire bon ménage.

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« Déjà c’est beau » | © Audrey Liebot

Le festival Péril jeune présente chaque année à l’espace Confluences une vingtaine de propositions artistiques originales émanant de metteurs en scène en devenir. Une occasion pour ces créateurs de fourbir leurs premières armes tout en faisant éclater les formes convenues. C’est le cas de Fanny Gayard, à la tête de la compagnie Sans la nommer. S’attaquer à Anarchie en Bavière, de Reiner Werner Fassbinder, est déjà tout un programme. Cinéaste et homme de théâtre, artiste anticonformiste s’il en était, Reiner Werner Fassbinder a été dans les années 1960 et 1970 le plus pur représentant de l’esprit contestataire en Allemagne. La pièce, écrite en 1969, fut montée par l’auteur dans son Antiteater de Munich la même année. Elle évoque en une vingtaine de tableaux une révolution avortée en Bavière, la région la plus catholique et la plus traditionaliste d’Allemagne, d’où était originaire le dramaturge.

Pour permettre au public français de comprendre dans quel contexte s’inscrivait l’œuvre de Fassbinder, Fanny Gayard débuter le spectacle par un prologue. Quoi de plus inimaginable qu’une révolution en Bavière ? Quoi de plus réjouissant et de stimulant, aussi, à représenter sur un plateau de théâtre ? Mais nous ne sommes plus en 1969. À la question de savoir ce que l’on peut faire d’Anarchie en Bavière en 2014, Fanny Gayard et sa compagnie répondent par une approche assez formaliste qui s’efforce de transformer la scène en un espace de subversion par un travail sur les déplacements et le corps des comédiens. Une proposition qui interpelle le spectateur, ouvre le champ d’une utopie possible, réveille l’imaginaire.

Les révolutionnaires et les autres

L’approche de Fanny Gayard fait le choix du dépouillement : ni vidéo ni effets de lumière, pour seuls costumes des vêtements de tous les jours. Elle s’appuie essentiellement sur une contestation de l’ordre théâtral établi : ébauche de quadrifrontal (pour autant que la salle de Confluences le permette), jeu des comédiens aux limites du plateau, voire en dehors de celui-ci, adresses au public. La géométrie même de l’espace scénique est sans cesse interrogée. Au centre du quadrilatère : le couple de révolutionnaires ; dans les angles : les autres, parmi lesquels, outre la famille récalcitrante et conservatrice, la compagnie a retenu le personnage de la prostituée. Le spectacle devient le récit d’un affrontement par la parole et par le corps, un combat qui s’affranchit de la dramaturgie imaginée par Fassbinder pour mieux en explorer les principes.

Si le spectacle est réussi, c’est parce qu’il donne à voir l’apprentissage d’une liberté impossible : qu’arrive-t-il si l’on supprime l’argent, le mariage, les prisons, les contrôles aux frontières ? Apparaissent alors un grand espoir mais également une grande peur, le silence, le doute, la violence aussi. Tout cela est présent dans Déjà c’est beau, dans cette adaptation qui s’intéresse au désordre sous toutes ses formes. Un désordre qui passe par les dialogues simultanés que les comédiens ont conservés, ou, on le devine, par un travail sur l’improvisation. La musique, quant à elle, intervient comme invitation à s’émanciper par la danse de ce qui contraint le corps. Certes, le résultat fait un peu par moments exercice de mise en scène, mais il rappelle autant – Fassbinder a écrit la pièce à vingt-quatre ans – que la jeunesse sera toujours synonyme de révolte et d’esprit de liberté. 

Fabrice Chêne


Déjà c’est beau, d’après Anarchie en Bavière, de Reiner Werner Fassbinder

Texte disponible aux éditions de l’Arche

Cie Sans la nommer

http://ciesanslanommer.blogspot.fr/

Mise en scène : Fanny Gayard

Avec : André Antébi, Jean Bechetoille, Julie Fonroget, Lucie Mandon, Rose Guégan, et en alternance Ariane Boumendil et Angélique Zaini

Dramaturgie : Jana Klein

Assistante : Rose Guégan

Espace Confluences • 190, boulevard de Charonne • 75020 Paris

Métro : Philippe-Auguste ou Alexandre-Dumas

Réservations : 01 40 24 16 46

www.confluences.net

Les 14 et 15 octobre 2014 à 20 h 30

Durée : 55 min

15 € | 13 € | 7 €

Festival Péril jeune du 27 septembre au 4 décembre 2014

Programme détaillé : www.confluences.net

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Publié par Les Trois Coups - dans Île-de-France | 2014-2015
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