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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 17:33

Drôle à mourir de rire


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Après l’adaptation d’Antony Neilson, « le Monde merveilleux de Dissocia » présenté au théâtre Les Célestins la saison passée, Catherine Hargreaves renoue avec un lieu plus alternatif : le théâtre de l’Élysée, où elle présente ces jours-ci « Dead Woman Laughing », début d’un évènement à venir pour avril 2011 à Lyon. La jeune femme se met ici en scène, le temps d’une fable philosophique burlesque.

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« Dead Woman Laughing » | © D.R.

Tout commence par l’évocation d’une citation du philosophe « autrichien puis britannique » Wittgenstein utilisée comme fil conducteur de la pièce. Sa fonction ? Nous rappeler qu’on n’est certainement pas sur terre pour rire, à moins que ce ne soit l’inverse… La comédienne est ici accompagnée sur scène par François Herpeux. Les deux protagonistes passent alors en revue tout ce que la pièce ne sera pas, tout ce qu’elle ne comportera pas : jonglages, comédiens nus, beaux décors… On décèle ici une pointe de raillerie vis-à-vis de certains poncifs du spectacle vivant. Catherine Hargreaves va plus loin encore en utilisant, comme principe récurrent, la déconstruction de tout ce qu’on peut imaginer pouvoir trouver dans un spectacle : pas de rythme, pas de narration, pas de montée en puissance de l’histoire, mais une succession de séquences.

Comme dans la plupart de ses pièces, Catherine Hargreaves travaille à partir des œuvres d’auteurs contemporains non traduites ou encore peu connues en France. Chacune de ses pièces opère comme une invitation à la découverte d’une nouvelle plume. Ici, la jeune femme s’inspire du travail de David Foster Wallace, écrivain américain qui a mis fin à ses jours à l’âge de 46 ans. Concernant l’adaptation qui en est donnée, on retrouve de nombreux éléments propres au travail de Catherine Hargreaves : une dimension de l’absurde exacerbée dans la succession de monologues tout à fait incongrus, auxquels s’ajoutent un comique de répétition, des costumes et postiches ridicules. Certains éléments relèvent du burlesque ou de discussions décalées, ponctuées d’interrogations existentielles sur le sens de la vie, voire l’absurdité de l’existence. La pertinence du propos est parfois inégale, et certaines séquences semblent inutiles, mais l’intelligence de cette performance se trouve ailleurs.

L’amusement comme échappatoire à la mort

En effet, l’intérêt se révèle dans sa trame de fond. Ce qui unit cette succession d’évènements drôles et absurdes demeure la dimension mortelle de la vie, aboutissement ultime de celle-ci, à l’image de ce compte à rebours qui défile en fond de scène, nous rapprochant dangereusement de la fin du spectacle. Dead Woman Laughing traite du thème classique de l’amusement comme échappatoire à la mort, de la volonté humaine de donner un sens à l’existence.

Côté scénographie, on apprécie d’astucieux dispositifs, comme celui du plongeoir ou l’emploi à dose homéopathique de la vidéo. Musicalement, on retrouve des morceaux du chanteur Nick Cave, plus ou moins massacrés, un remix du groupe de musique Nine Inch Nails par l’artiste Aphex Twin, ou encore des sonorités semblables à des murs de son… Les éclairages signés Julien Dubuc rythment avec pertinence les différentes ambiances de la performance.

Ainsi Dead Woman Laughing, au-delà de son inégale qualité, est à percevoir comme une forme performative intelligente et décalée, faussement légère et bien plus grave qu’il n’y paraît. Rendez-vous en avril 2011, pour vérifier l’aboutissement de cette première phase d’expérimentation. 

Élise Ternat


Dead Woman Laughing, de Catherine Hargreaves

Cie Les 7 Sœurs

les7soeurs@orange.fr

Écriture et mise en scène : Catherine Hargreaves,
avec la collaboration de François Herpeux

Distribution : Catherine Hargreaves, François Herpeux

Scénographie : Benjamin Lebreton

Lumière : Julien Dubuc

Son : Louis Dulac

Production : Les 7 Sœurs

L’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon

Métro : Guillotière

Réservations : 04 78 58 88 25

www.lelysee.com

Du 11 au 16 octobre 2010 à 19 h 30

Durée : 1 heure

12 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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