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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 14:39

Deux garçons, deux filles :

tant de possibilités de cirque !


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Soixante-neuf notes et des brouettes, deux filles, un tableau noir, des tissus rouges, de l’électroménager… deux garçons. « De nos jours » se décline comme un exemplaire à la Prévert et se regarde comme un calligramme d’Apollinaire. Cirque d’auteurs, à coup sûr, où l’on sent une patte et parfois une griffe. Cirque dont chaque instant est virtuose, mais dont la mélodie nous interroge : une précieuse charade circassienne, dont on n’a pas le dernier mot…

cirque-615

Cirque | © D.R.

« De nos jours » est un feu d’artifice : de 69 salves ! Dans l’iris brille encore le reflet de l’une quand une autre étincelle. Pas le temps donc de s’assoupir. Le plateau, tour à tour centrifuge et centripète, attire à nu et à vue, mais bien vite, chacun pour soi est reparti dans le tourbillon de la vie. Entrées et sorties incessantes succèdent ainsi à toute blinde aux numéros. C’est un peu comme si on agitait un flacon à particules pour recomposer l’espace. Chaque note explose comme une gerbe. C’est que les quatre membres d’Ivan Mosjoukine savent jouer des attentes, ou les déjouer au contraire. Ils peuvent installer la durée pour mieux la rompre, comme la répétition et la variation. Il y a quelque chose de musical en ce sens dans le spectacle, qui rend partiellement raison de son sous‑titre.

Partiellement : ce qu’il y a de particulièrement jouissif dans le spectacle, c’est justement qu’on en n’est pas maître. Tout se fait à vue, mais on ne voit pas tout. Sur scène, une action n’en interdit pas d’autres. L’œil furète, l’œil écoute… en vain. Et puis, de la scène à la salle, il fait sans cesse le chemin, car le programme distribué dans la salle est lui-même une œuvre d’art. Il annonce, il fait entendre autrement ce qui se passe sur le plateau. Éclaircissements, mystères, questionnements émergent, en effet, à sa lecture (conseillée mais pas obligatoire). Or, qu’on y jette un coup d’œil, et déjà sur scène quelque chose a changé. Par exemple, les mots tracés à la craie en fond de scène ne sont déjà plus les mêmes. Conclusion : pas de sens défini, ni définitif. Voici un cirque de l’expérimentation plus que de la monstration, un cirque qui fait réfléchir, mais ne dit pas comment, d’où le système ouvert, troué de la note.

Un drôle d’ouvroir de cirque potentiel

Réfléchir sur quoi ? Sur le cirque d’abord, comme l’annonce le sous‑titre. De fait, si on entend des bribes de discours radiophoniques sur le sujet, tout le spectacle pose des questions. Par exemple, pourquoi la grimace de l’effort doit‑elle disparaître sous le masque du sourire ? Quel est le statut du corps féminin sur scène ? Pourquoi le numéro ? Comment la sensation ? Qu’est‑ce qui fait applaudir ? Pourquoi le plaisir naît‑il de la peur, et du risque de la mort ? Pourquoi doit‑on fermer sa gueule au cirque ? Voix de Monsieur Loyal, roulements de tambour détournés, accessoires, barrissements enregistrés ou fausses phrases de spectateurs sont des références à la tradition circassienne. Par ailleurs, en exhibant et en poussant à l’extrême la logique du numéro, en détournant les codes du cirque, Ivan Mosjoukine propose une critique humoristique et constructive : un drôle d’ouvroir de cirque potentiel.

Mais parce qu’on ne fait pas son cirque dans son coin, le spectacle nous parle en même temps de la vie de nos jours, justement. Il dit peut‑être que temps passe, que viennent les bilans, que le temps passe mais qu’on peut agir, que le temps passe jusqu’à la chute, comme au cirque. Rien n’est asséné. Libre à chacun de ressentir quelque chose quand il entend l’Heure grave de Colette Magny, ou la voix cassée de Nina Simone. En tout cas, on pense. On s’amuse à faire des liens, à les découvrir, à se faire avoir par ses attentes, à se rendre compte qu’on en avait.

Mais, si le spectacle fait feu de tout bois, n’oublions pas celui dont est fait chacun des artistes du collectif. Artistes qui ont leur spécialité, ils se révèlent aussi manipulateurs, auteurs et comédiens ! Et pas qu’à moitié. La réussite du spectacle tient aussi à cette virtuosité : la mélodie n’abolit pas la note. 

Laura Plas


De nos jours (notes on the circus), d’Ivan Mosjoukine

Conception et réalisation : Erwan Ha Kyoon Larcher, Vimala Pons, Tsirihaka Harrivel, Maroussia Diaz Verbèke

Création lumières : Ivan Mosjoukine et Élise Lahouassa

Constructeur : Stephan Duve

Costumes et accessoires : Marion Jouffre

Chef monteur : Tim Van der Steen et Manu Debuck

Le Monfort • 106, rue Brancion • 75015 Paris

Réservations : 01 56 08 33 88

Site du théâtre : www.lemonfort.fr

Du mardi 25 septembre au 27 octobre 2012, du mardi au samedi à 20 h 30, relâche le mardi 9 octobre 2012

Durée : 1 h 50

À partir de huit ans

25 € | 16 €

Puis du 17 novembre au 24 novembre 2012 au 104 • rue d’Aubervilliers • 75019 Paris

01 53 35 50 00

http://www.104.fr/programmation/evenement.html?evenement=111

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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