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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Danse, performance, arts visuels
Théâtre de la Cité-Internationale • 17, boulevard Jourdan • 75014 Paris
Voici qu’on entre en terrain miné. Le débat sur le voile, et plus encore sur le voile intégral, suscite – chaque
jour en témoigne – des débats houleux et parfois un peu plus. On pourrait essayer d’en parler calmement, mais c’est sans doute presque impossible parce que toute position sur la question
est toujours plus ou moins une position politique sur le temps et la société.
Prenons un seul exemple, celui du philosophe musulman Abdennour Bidar, philosophe musulman parce que sa foi est un élément explicite de sa pensée. Que dit-il dans plusieurs articles récents du Monde (29 juin 2009, 25 janvier 2010) : que « le Coran n’impose pas la burqa aux femmes et qu’il faut comprendre autrement le recours des femmes, et notamment de celles qui ont la fièvre excessive des nouvelles converties, à ces grands tissus couvrants. »
Pour Bidar, à côté des idéaux politiques qui ont donné à l’individu « une série de droits lui permettant de dilater sa puissance d’agir, la société de la consommation et du spectacle a finalement réduit cette expression du moi à quelque chose de dérisoire. Dans ce contexte où l’homme réduit à une image masque toute grande image de l’homme qui serait visible au-delà, la burqa exprime quelque chose comme le refoulé de la psychologie collective : le refus d’afficher la moindre image de soi, refus qui correspondrait à la réponse de l’inconscient au règne totalitaire de l’image… À cet égard, la burqa demanderait à être interprétée au-delà de ses significations habituellement invoquées, comme l’expression de l’une de ces rébellions vestimentairement exprimées de l’individualité contemporaine contre le sort d’uniformité et de pure apparence qui lui est fait ! ».
Ce n’est pas, ici, le lieu de discuter la thèse de Bidar, mais l’on voit combien elle est sous-tendue par le traditionnel mépris des moralistes pour la société. Pour un moraliste, en effet, la société n’est jamais à la hauteur de l’idéal – mais le moraliste oublie toujours de se demander si ce n’est pas son idéal qui ne serait pas à la hauteur de la société, laquelle société, on l’aura noté, porte aujourd’hui le nom de code convenu de « société du spectacle ».
La programmation en trois temps que propose le Théâtre de la Cité-Internationale veut au contraire poser une question simple : que peut le spectacle justement ? Que peut-il apporter à la réflexion sur le voile intégral, sur la condition des femmes, sur les contraintes religieuses ? Que peut-il faire sentir, éprouver, vivre ? Est-ce que le spectacle n’offre pas une autre façon de penser que la pensée théorique – est-ce qu’il n’apporte pas une chaleur, une émotion, qui permet de réfléchir autrement, ailleurs, avec le corps par exemple, dans des espaces où la pensée pure ne peut s’aventurer. C’est le pari un peu fou de cette programmation.
Stéphane Bouquet
Manta
Voir la critique de Fatima Miloudi pour les Trois Coups
Chorégraphie : Héla Fattoumi et Éric Lamoureux
Interprétation : Héla Fattoumi
Création sonore et vidéo : Éric Lamoureux
Costumes, tissus : Marilyne Lafay
Scénographie : Stéphane Pauvret
Création lumière : Xavier Lazarini
Construction décors : Jackie Baux
Assistanat : Pauline Le Boulba
Du 6 avril 2010 au 16 avril 2010, lundi, mardi, vendredi, samedi à 21 heures, jeudi à 20 heures, relâche mercredi, dimanche
La Galerie
Durée : 1 h 10
Tarif : 21 €, 14 €, 10 €
VIP (Voile islamique parisien)
Défilé-performance de Majida Khattari
Samedi 10 avril 2010 à 16 heures et 20 heures
Salon Honnorat
Durée : 30 min
Tarif : 10 € et 5 €
ME 2000-2003 et ME 2003-2008
Installation de Ghazel
Samedi 10 avril 2010 en continu de 15 heures à 23 heures
La Resserre
Entrée libre
Table ronde avec Héla Fattoumi, Ghazel, Majida Khattari Béatrice Josse, samedi 10 avril 2010 à 17 heures, animée par Laure Adler, journaliste
Recueilli par
Les Trois Coups
Théâtre de la Cité-Internationale • 17, boulevard Jourdan • 75014 Paris
Admnistration : 01 43 13 50 60
Réservations : 01 43 13 50 50
Photos : © Laurent Philippe pour Manta et © Majida Khattari pour VIP
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