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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 13:49

Grandir en dansant


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Corps et mots, danse et narration. C’est en cultivant ce mélange que « Dans le ventre du loup », Marion Lévy revisite l’histoire des trois petits cochons et nous propose une parabole sur la construction de soi. Si le propos perd parfois un peu de sa cohérence, la scénographie et la chorégraphie offrent de savoureux instants pour les petits et les grands. À déguster donc pour le plaisir (et la beauté du geste le 11 janvier 2012).

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« Dans le ventre du loup » | © Thomas Rollo

Qui connaît l’histoire des trois petits cochons a sans doute été titillé par l’envie de récrire l’histoire. Quel ennui en effet que ce sage petit cochon industrieux et bien protégé par son bunker en pierres ! On ressusciterait bien ses deux sympathiques frangins, on l’enverrait bien valser. Eh bien voilà, c’est fait. Et bien fait ! Pour lui comme pour nous. En collaboration avec l’écrivain Marion Aubert, Marion Lévy chamboule en effet le conte lénifiant pour que souffle un vent de plaisir. En salopette, avec des gestes trop grands pour lui, des gestes de grandes personnes ou de machine, le modèle est en effet ridiculisé. En le voyant, on songe au pauvre Charlot des Temps modernes. Et s’il survit, c’est que peut-être les deux plus petits ne se sont pas fait croquer et sont venus souffler, siffloter un air de liberté. Peut-être…

Mais il ne s’agit pas seulement de réhabiliter les joies du jeu, des feux de paille et des cabanes de bois de l’enfance. De fait, Marion Lévy ne se contente pas de mettre en scène l’analyse que fait Bettelheim du conte (en opposant le principe de réalité au principe de plaisir). Non, il s’agit bien d’une œuvre originale. Ainsi émerge en palimpseste un autre propos : une pensée sur le corps et la construction de soi. Rien d’étonnant alors à ce que les cochons deviennent des cochonnes réclamant à corps et à cri (« oui ! oui ! ») la venue du grand méchant loup ou lui défendant l’accès par une ceinture de chasteté. Rien d’étonnant non plus à ce que la maison prenne les contours des corps et que chacune des sœurettes incarne un âge de la vie : enfance, adolescence et âge adulte. Quoi de plus naturel enfin que la danse prenne le pas sur les mots de l’histoire, que les corps en mouvement en disent plus que le verbe ?

Dans la belle intimité des corps

On aurait même tendance à juger la narration superflue. D’abord, tout le monde connaît l’histoire et la devine. Ensuite, les mots sont presque tous confiés à une comédienne qui incarne de si nombreux avatars du loup (la mère, le professeur, l’homme, le metteur en scène : figures castratrices de l’autorité) que l’on s’y perd un peu. Peut-être s’agit-il de remettre en question cette prépondérance du verbe qui relègue toute activité manuelle et plus généralement corporelle dans l’ombre et le mépris. Mais ce qui est sûr, c’est que les plus beaux moments du spectacle sont des moments où la parole laisse place à la danse. Les corps et les manières de danser racontent à eux seuls des histoires, et il y a quelque chose alors de merveilleusement intime dans le spectacle. Ainsi, chacune des trois danseuses en construisant sa danse/maison nous raconte quelque chose d’un âge, mais aussi d’un corps particulier.

Ajoutons que la scénographie offre des moments magiques. Lignes pures, lumières bleutées, projections. Les maisons sont comme faites de ses papiers plissés que l’on trouve dans les paquets de biscuits. Elles se plient et se déploient dans des accordéons immenses, créant des niveaux et offrant des cachettes où les cochonnes se blottissent, se tapissent et puis font réapparaître une gambette ou un museau. Le castelet semble inspirer la scénographie. Dans ce décor, on peut s’ébaudir, ou rêver sur des musiques douces empruntées parfois au folk américain. La lumière joue sur les parois, crée des ambiances : angoisses, liesse, efforts, il faut passer par tout cela pour grandir.

Et bien dansez maintenant

Tout n’est pas parfait, peut-être, mais le spectacle regorge d’idées. Et de toute façon, la perfection, n’est-ce pas cette idée fixe dans laquelle s’enferme l’aînée des sœurs, avec caméras de surveillance et solitude au programme ? Par ailleurs, alors que la trame narrative des trois petits cochons pouvait laisser craindre un spectacle de numéros, au contraire, on a le sentiment d’être face à un beau travail de groupe, où l’énergie circule et où les unes ne disparaissent pas pour laisser place à une autre. Un joli spectacle qui donne envie de « danser maintenant » !

Laura Plas


Dans le ventre du loup, de Marion Aubert

Actes Sud-Papiers, collection « Heyoka Jeunesse »

Compagnie Didascalie

Chorégraphie : Marion Lévy

Avec : Aline Braz Da Silva, Séverine Bidaud, Flore Taguiev et Marjorie Kellen

Assistante à la mise en scène : Nadine Marcovici

Scénographie et lumières : Julien Peissel

Vidéos : Collectif Scale

Son et coordination technique : Joachim Olaya

Collaboration musicale : Piers Faccini

Collaboration à la dramaturgie : Daniel Loayza

Costumes : Hanna Sjödin

Théâtre national de Chaillot • 1, place du Trocadéro • 751016 Paris

Site du théâtre : www.theatre-chaillot.fr

Réservations : 01 53 65 30 00

Du 4 au 13 janvier 2012, les 4, 5, 6, 7, 10, 12, 13 janvier 2012 à 20 h 30, les 5, 11, 12, 13 janvier 2012 à 14 h 30, le 7 janvier 2012 à 15 heures, le dimanche à 15 heures

Le 11 janvier 2012, les bénéfices de la représentation seront reversés au profit de Mécénat chirurgie cardiaque

Durée : 50 min

32 € | 24 € | 13 € | 11 €

À partir de 6 ans

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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