Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 21:56

Au nord, la vie casse


Par Aurore Krol

Les Trois Coups.com


« Cour nord » est l’adaptation d’un roman d’Antoine Choplin. Des thèmes chers à l’auteur y sont évoqués par trois comédiens qui jouent une quinzaine de personnages aux types bien marqués. La scène du théâtre Alizé sert d’écrin à cette écriture vive et très actuelle, sur fond de fermeture d’usine, de précarité et de plans sociaux.

cour-nord-300 patrice-leroy L’écriture d’Antoine Choplin touche, car elle vise des sujets actuels et brûlants. Elle saisit sur le vif des tranches de vie, des atmosphères et des combats où chacun peine à trouver sa place. Les luttes de classe, ce qu’il en reste, ont ici cette amertume qui les apparente à une grande défaite. Chacun fait le job, sans surprise, sans espérer de grand retournement de situation final. Les vieux syndicalistes, les jeunes qui n’y croient déjà plus, les journalistes à l’affût de sensationnel, tous sont décrits avec justesse, d’une plume délicate mais qui choisit de n’épargner personne.

Clémentine Yelnik, Antoine Chalard et Florent Malburet se partagent une poignée de personnages touchants, grandes gueules ou taiseux, tous un peu cassés par la vie. Des personnages prisonniers de rêves qu’ils vivent déjà comme des désillusions, qui souffrent souvent de décalage, notamment dans l’échange entre générations.

S’il y a parfois un peu de surjeu dans ce récit ouvrier, un peu trop de bonne volonté à vouloir rendre avec précision l’atmosphère d’un nord de la France aux usines exsangues, ce qui prime est la générosité des comédiens. Et leur impressionnante capacité à changer de visage et d’allure en quelques secondes est simplement bluffante.

Dans un décor minimal, marqué par un échafaudage métallique au centre du plateau, on partage des instants volés et des confidences pudiques. Ici, les souffrances ne s’exposent pas et les non-dits font écho à l’invisibilité médiatique du quotidien des grèves. Ici, il y a peu de place pour les postures et pour la langue de bois.

En fond sonore et en fil conducteur, il y a le jazz. Le jazz comme une fracture entre un père et son fils, l’un ne pouvant entendre la passion de l’autre, ne pouvant admettre cette transe qui a la capacité de faire abstraction des réalités. Le jazz comme mur imposé à l’autre parfois, quand, écouteurs vissés sur les oreilles, il devient une barrière à la communication. Mais aussi le jazz comme échange jouissif, comme exutoire salvateur d’une bande de potes qui vibrent envers et contre tout. Enfin et surtout, le jazz comme symbole de liberté, comme langage universel quand il fait fi des présupposés et débloque les émotions. Et ça sonne juste.

C’est une pièce sombre, sans apprêt, à la mise en scène solide comme l’acier du décor. Porté par trois acteurs qui frappent avec conviction, le texte déploie cette colère contenue, cette rage intériorisée qui semble être le lot des sans-voix. On sort avec cette chanson de Bernard Lavilliers dans la tête, les Mains d’or, et on a envie de serrer un peu plus les poings. 

Aurore Krol


Cour nord, d’Antoine Choplin

Éditions du Rouergue, coll. « La Brune », 2010

Compagnie du Midi • 13, boulevard Magenta • 75010 Paris

Site : www.compagniedumidi.fr

Courriel : lola.compagniedumidi@gmail.com

Mise en scène et adaptation : Antoine Chalard

Avec : Clémentine Yelnik, Antoine Chalard, Florent Malburet

Assistanat à la mise en scène : Ombeline de la Teyssonnière

Création lumières : Alexis Moreau

L’Alizé • 15, rue du 58e-R.I. • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 14 68 70

Site du théâtre : www.theatrelalize.com

Courriel de réservation : theatre.alize@laposte.net

Du 7 juillet au 31 juillet 2013, relâche le 23 juillet, tous les jours à 17 h 55

Durée : 1 h 20

17 € | 12 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher