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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 18:28

Les couleurs du monde réjouissent Saint-Malo


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


C’est par une fin de semaine printanière, sous le soleil, que les amateurs de la région se sont retrouvés à Saint-Malo, du 9 au 11 mars 2012, pour la sixième édition de Couleurs Jazz. Cette année, la programmation voulue par Joël Clément, le directeur du festival, et Michel Goldberg, son directeur artistique, faisait la part belle au world jazz ou aux musiques du monde.

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Trilok Gurtu | © Jean-François Picaut

Samedi 10 mars 2012

Jazzarab de Mamia Chérif : une voix agréable et un groupe qui jazze

Jazzarab, le projet pourrait être ambitieux s’il reposait sur la fusion des deux esthétiques, celle du jazz et celle de la musique arabe. C’est souvent le cas dans l’album éponyme grâce, notamment, à la présence de Brahim Dhour (violon, oud) et à celle d’Ibrahim Maalouf à la trompette en quart de ton. Ces musiciens étant absents aujourd’hui, le sous-titre de l’album, Voyage musical autour de la Méditerranée, paraît plus adapté, à l’exception sans doute de l’interprétation, en rappel, de Caravan (Juan Tizol et Duke Ellington) en arabe.

Le concert d’aujourd’hui est très souvent composé de mélodies que Mamia Chérif interprète en plusieurs langues méditerranéennes (arabe classique, espagnol, français, italien, portugais), parfois à l’intérieur d’une même chanson, par exemple dans une belle adaptation de Göttingen (Barbara). Mamia Chérif possède une voix agréable que l’on situerait plutôt du côté des chanteuses à texte, dans la grande tradition française.

L’ambiance est argentine dans Whatever Lola Wants (Richard Adler et Jerry Ross) et l’accordéon d’Hervé Berlan y sonne parfois comme un bandonéon. On aime bien aussi l’intervention d’Ève-Marie Bodet au violon. Recuerdos (Mamia Chérif) a des allures très latino-jazz grâce au piano de Damien Argentieri (on lui doit aussi tous les arrangements, très jazz et qui swinguent impeccablement) et à l’excellent Dominique « Mino » Berlan (batterie, percussions). La section rythmique est efficacement complétée par Patrick Jean à la basse électro-acoustique.

African Project de Trilok Gurtu : la magie des rythmes

On ne présente plus Trilok Gurtu, le magicien des tablas. Le musicien indien, profondément ancré dans la culture musicale de son pays, s’inscrit aussi, tout naturellement, dans l’univers du jazz, comme le montrent ses collaborations avec McLaughlin, Zawinul, Garbarek, Don Cherry, Tigran Hamasyan, etc. Il incarne donc, mieux que quiconque peut-être, le world jazz actuel. C’est dans ce cadre que s’inscrit son nouveau projet qui doit faire prochainement l’objet d’un disque enregistré au Mali. Trilok Gurtu y confronte le jazz et la culture indienne à la musique mandingue de Bachir Sanogo (kamélé n’goni, djembé, chant) et Ali Boulo Santo (kora mandingue modernisée, chant) sous l’œil du bassiste réunionnais Johann Berby.

Ces quatre-là vous chauffent une salle en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, tant la musique semble leur être consubstantielle. La générosité des jeunes Sanogo et Boulo Santo fait plaisir à voir et si Johann Berby est moins expansif, il assure, comme on dit. Parmi les grands moments de ce concert, on retiendra les duos (duels ?) aux percussions entre Trilok Gurtu et Bachir Sanogo, dans la grande tradition des battles de jazz et des défis africains. C’est tantôt un simple (si l’on peut dire) concours de vélocité, tantôt le même concours pimenté d’une reproduction de ce que vient d’accomplir l’autre. Un des défis les plus spectaculaires consistera pour Sanogo à reproduire sur son djembé ce que fait Gurtu en scat…

C’est que l’univers de Trilok Gurtu ne se borne pas à ses tablas, dont il joue en virtuose comme l’a prouvé son solo de ce soir. Mais il est aussi environné d’un véritable univers percussif avec notamment des éléments de batterie, un balafon, une calebasse renversée, des pendeloques, clochettes, sonnailles en tout genre, et même un seau à eau en tôle galvanisée, avec de l’eau, dont il tire des sons très particuliers, proches de la musique concrète. Le public enthousiaste ne semblait pas décidé à quitter la salle.

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Dhafer Youssef | © Jean-François Picaut

Dimanche 11 mars 2012

Abu Nawas Rhapsody par le Dhafer Youssef quartette : les sortilèges de l’Orient

Pour ce spectacle, Dhafer Youssef a choisi d’être accompagné par un trio jazz tout ce qu’il y a de classique : Chris Jennings (contrebasse), Chander Sardjoe (batterie) et Kristjan Randalu (piano). Le concert débute par une introduction au piano puis Dhafer Youssef commence à chanter, presque a cappella. Le chant prend la forme d’une sorte de psalmodie presque murmurée qui s’échappe brusquement en aigus surprenants. Pour qui l’entend pour la première fois, la voix de Dhafer Youssef, très travaillée, est particulièrement déroutante, en partie à cause de ces aigus qu’il module d’une façon très spectaculaire, la main sur le nez faisant comme une conque autour de la bouche.

Le concert tourne autour des poèmes d’Abu Nawas, ce poète arabo-persan du viiie siècle dont on a pu écrire qu’il était « un des principaux poètes arabes » (Ibn Kaldoun). Malheureusement, ce soir, Dhafer Youssef chante peu, et il ne nous sera pas permis d’apprécier pleinement la poésie d’Abu Nawas puisqu’aucune traduction ne nous sera fournie.

L’oud, dont Dhafer Youssef est l’un des virtuoses, nous a paru environné de trop d’écho pour pouvoir être goûté pleinement. Le charme de ce concert résidait finalement plus dans le travail collectif du quartette que dans la prestation de son leader. Kristjan Randalu, malgré ses origines estoniennes, a su parfois donner à son piano de vraies couleurs orientales. Chris Jennings ne s’est pas contenté d’assurer une rythmique impeccable, mais nous a régalés d’un superbe solo mélodique. Et la révélation de ce concert est sans conteste le batteur Chander Sardjoe, dans son accompagnement comme dans ses solos. Au final, ce concert, agréable, n’aura pas tout à fait rempli l’attente qu’il avait suscitée. 

Jean-François Picaut


Couleurs Jazz, 6e édition, 2012

9, 10, 11 mars 2012

Théâtre Chateaubriand • 6, rue Grout‑de‑Saint‑Georges • 35400 Saint‑Malo

Renseignements et réservations à la Maison des associations

Tél. 02 99 40 42 50

Courriel : mda@ville-saint-malo.fr

Site : www.saint-malo.fr

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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