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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 17:56

La distribution casse
la baraque


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Une distribution exceptionnelle brille dans la mise en scène décalée de Marcial Di Fonzo Bo pour l’Opéra de Dijon.

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« Così fan tutte » | © Gilles Abegg/Opéra de Dijon

Così fan tutte, c’est l’histoire de deux sœurs dont les prétendants veulent éprouver la fidélité. Un peu comme du Marivaux, en plus érotique. Le matin, serments d’amour éternel ; le soir même, gueule de bois après l’adultère, consommé avec le fiancé de l’autre. Voilà pour l’argument minuscule de cet opéra, le troisième du tandem Mozart‑Da Ponte après les Noces de Figaro et Don Giovanni.

Partant de cette histoire, Marcial Di Fonzo Bo propose une lecture très personnelle et originale. Qui peut ne pas susciter l’adhésion, mais dont on ne peut pas dire qu’elle manque d’idées. Ce parti pris consiste à exploiter à fond le déguisement et l’apparence trompeuse. Partant de cette idée, le metteur en scène la développe dans des ramifications souvent inattendues. Personnages et décors sont comme retournés, à l’instar d’un vêtement qui serait volontairement porté à l’envers.

Mise en abyme

Le début est brillant : l’ouverture est en fait utilisée comme un finale. De quoi ? De la pièce qui se joue sur la scène, et où nous, les spectateurs, nous trouvons dans les coulisses. Le décor de ce spectacle dans le spectacle est présenté à l’envers. Nous voyons donc des techniciens s’affairer, des comédiens (qu’on reconnaît ensuite comme Guglielmo et Ferrando, les deux héros) qui saluent. C’est à ce moment que débute l’intrigue. Et un second développement de l’idée du déguisement : les premières paroles des deux sœurs sont chantées en play-back par les deux hommes, qui portent un demi-masque de femme ! C’est drôle et bien trouvé.

Ces jeux de mise en abyme culminent dans le finale, qu’on ne dévoilera pas. Qu’il suffise néanmoins de dire qu’il est lui aussi brillant et surprenant, donnant une profondeur et une cohésion supplémentaire à cette mise en scène décidément troublante. En fait, on voit vraiment la patte d’un homme de théâtre dans cette vision de l’opéra.

Mais, attention, tout n’est pas génial non plus. On reste dubitatif devant le motif récurrent du flamand rose, qui apparaît sous la forme de figurines ou de projection géante sur un rideau translucide. Autre effet spectaculaire et facile : l’arrivée sur le plateau d’une voiture, qui transporte les deux hommes déguisés. Alors, on devine l’idée derrière l’effet : second degré, bouffonnerie qui va dans le sens d’un livret de toute façon invraisemblable… Des femmes en niqab peuplent le chœur sur « la belle vie militaire » qui attend prétendument les hommes prêts à partir sur le champ de bataille. Une petite voiture téléguidée nantie d’un drapeau allemand représente « la pierre de Messmer, d’abord originaire d’Allemagne, puis devenue si célèbre en France ». Dorabella se couvre de crème Chantilly. Comment dire ? C’est le genre de production qu’on verrait bien déchaîner les passions dans la cour d’honneur du palais des Papes. D’ailleurs, à la fin, il y a de vives réactions dans le public.

Ce qui est certain, c’est que la distribution casse la baraque. Les six chanteurs forment un ensemble d’une grande homogénéité. Tous sont excellents à la fois pour le chant et le jeu. Milena Storti donne à Despina un abattage à la Cecilia Bartoli, formant un tandem convaincant avec Peter Rose en Don Alfonso. Enfin, s’il fallait décerner une palme, elle reviendrait sans doute à Sofia Soloviy en Fiordiligi – peut-être aussi parce que ce personnage exprime plus que les autres des doutes et des remords. Le superbe auditorium de Dijon est un écrin de choix pour sa technique très sûre et pour l’émotion que dégage son jeu. Son aria « Come scoglio » (« Comme un rocher »), où elle affirme sa fidélité, est un des grands moments du spectacle. Enfin, à la tête de ses Talens lyriques, l’ensemble qu’il a fondé il y a vingt ans, Christophe Rousset est sûrement pour beaucoup dans la très belle couleur musicale de cette production : fondu et harmonie des voix, équilibre constant avec l’orchestre. 

Céline Doukhan


Così fan tutte, de Wolfgang Amadeus Mozart

Livret : Lorenzo Da Ponte

Mise en scène : Marcial Di Fonzo Bo

Direction musicale : Christophe Rousset

Avec : Sofia Soloviy, Sophie Harmsen, Milena Storti, Sergey Romanovsky, Johannes Weisser, Peter Rose, Les Talens lyriques et le chœur de l’Opéra de Dijon

Scénographie : Antoine Vasseur

Costumes : Raoul Fernandez

Lumières : Maryse Gautier

Maquillages et coiffures : Cécile Kretschmar

Collaborateur artistique à la mise en scène et aux costumes : Florian Richaud

Assistante aux décors : Gaëlle Dauphin

Assistante maquillage et coiffures : Christelle Paillard

Chef de chœur : Christophe Talmont

Chef de chant : Brigitte Clair

Opéra de Dijon (auditorium) • 11, boulevard de Verdun • 21000 Dijon

www.opera-dijon.com

Réservations : 03 80 48 82 82

Les 14, 16 et 20 mars 2012 à 20 heures, le 18 mars 2012 à 15 heures

Durée : 3 h 30 entracte inclus

20 € | 14 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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