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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 14:36

Famille, je vous clone


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Frontal et intense, « Copies » est une réflexion saisissante sur l’identité et le lien filial.

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« Copies » | © Emmanuel Ligner

Il y a vraiment une façon proprement anglo-saxonne, en particulier britannique, de s’emparer de thèmes contemporains, de mettre en scène des personnages du quotidien pour en faire de la fiction ou du théâtre et prendre à bras-le-corps, souvent avec humour, des questions de société. Au cinéma, on connaît le réalisme âpre et tendre d’un Billy Elliott, ou encore les astucieux chômeurs de The Full Monty, sans oublier le couple homosexuel et anglo-pakistanais de My Beautiful Laundrette.

Au théâtre, nous voici donc avec Caryl Churchill, auteur féministe dont, comme le souligne Stephen Daldry, réalisateur de Billy Elliott et directeur associé au Royal Court de Londres, « l’intérêt pour la forme théâtrale est lié au pouvoir politique du théâtre ». Et, en effet, Copies prend la forme d’une réflexion fondée sur un point de départ imaginaire mais traité avec réalisme : un fils découvre qu’il a « un bon nombre » de clones, de « copies ». Comment, pourquoi ? S’engage un dialogue avec le père, rétif à toute discussion, masse amorphe semblant ne faire qu’un avec son vieux canapé aussi avachi que lui.

Intrigue à rebondissements

C’est ensuite au dévoilement progressif de la vérité que nous assistons, comme ce fils stupéfait, traversé de questions aussi naïves qu’insondables. Est-il bien, lui, le premier ? Est-il bien le fils de son père ? Sans compter que l’argent n’est jamais loin, le père espérant bien se faire une petite fortune en attaquant en justice le laboratoire qui a abusivement multiplié les copies de sa progéniture.

On ne peut en dire plus sur les interrogations successives sans déflorer une partie de cette intrigue à rebondissements. Car nous sommes à la fois dans une ambiance de huis clos et d’anticipation, soulignée par le décor et la mise en scène. Les deux comédiens évoluent dans une sorte de cube de plastique translucide – l’expression « quatrième mur » n’a jamais aussi bien porté son nom, tant le petit espace ouvert seulement du côté des spectateurs donne l’impression d’une boîte. Au-dessus du canapé mou, une ouverture, qui est davantage une ouverture symbolique qu’une véritable fenêtre : les images qu’elle laisse apparaître relèvent de visions irréelles, ou bien, par la mise en abyme quasi infinie de la boîte de l’espace scénique, d’une faille de l’espace-temps entrevue dans quelque film de science-fiction.

Ce cadre qui tire la pièce vers l’abstraction plutôt que vers le réalisme est un écrin exigeant pour les deux comédiens, qui donnent vie à des personnages balançant toujours entre vérité psychologique et faire-valoir d’une réflexion politique. Ils y croient, ils disent ce texte avec force et, si Didier Royant est très juste en père qui finit par affronter son passé, Aurélien Tourte étonne par ses périlleux changements de registre, lui qui interprète trois des fils « copiés ». 

Céline Doukhan


Copies, de Caryl Churchill

Traduit de l’anglais par Dominique Hollier, L’Arche éditeur

Cie Banquet d’avril • 3, boulevard François-Blancho • 44200 Nantes

www.banquetdavril.fr

banquetdavril.com@gmail.com

Mise en scène : Monique Hervouët

Avec : Aurélien Tourte, Didier Royant

Scénographie et costumes : Émilie Lemoine

Lumières et régie générale : Yohann Olivier

Création son : Jean-Christophe Guillemet

Système clonages : Guillaume Cousin

Construction décors : atelier du Grand T

Construction mobilier : Gaëtane, mobilier et textile

Enregistrement et arrangements piano : Hugues Pluviôse

Maquillage : Sylvie Aubry

Théâtre Paul-Scarron • 8, place des Jacobins • 72000 Le Mans

Réservations : 02 43 43 89 89

Les 5 et 7 février 2014 à 20 h 30, le 6 février à 18 h 30

Durée : 1 h 10

7,50 €

Le Théâtre de l’Éphémère programme un cycle « Coup d’œil sur le répertoire anglophone » en février avec Copies de C. Churchill, Mirror Teeth de N. Gill et Au pont de Pope Lick de N. Wallace.

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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