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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 14:46

Des « Contes » ambitieux

et imparfaits


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


L’Ecla Théâtre adapte les « Contes » de Grimm et d’Andersen : du beau spectacle, dont on ne sort pas bouleversé.

Contes-Reinedesneiges-prince

« Contes » | © Philippe Crochard

C’est un spectacle d’une grande beauté plastique. Lumières, costumes et scénographie sont élégants et recherchés. Ils créent des images et des moments emplis de grâce. Les premiers instants sont magiques. Le rideau se lève et découvre l’immense plateau sur lequel est posé un minuscule berceau. Des fées au look gothique arrivent. Cela fait légèrement peur : on attaque directement avec le « côté sombre de la force ». Hélas ! Ce beau début est vite gâché par une multitude d’effets sonores, redoublant furieusement les coups de baguette magique donnés par les bonnes fées sur le petit berceau, le tout étant suivi d’un combat harry-potteresque entre les bonnes et la méchante fée.

Le reste est à l’avenant, alternant des moments très poétiques et d’autres moins réussis, voire franchement agaçants. Les comédiens sont distribués dans différents rôles au fil des cinq contes, dans des emplois qui se suivent et, pour le meilleur et pour le pire, se ressemblent : Nicolas Umbdenstock en pimpant jeune premier, ou encore Maïa Guéritte et Alice Faure en Belle au bois dormant et autres donzelles à la juvénilité tête à claques. Il y a aussi la méchante, qu’elle soit Fée Carabosse, Reine des neiges (ersatz floconneux mais tout aussi méchant de la Reine de la nuit mozartienne) ou, mieux, la Mort en personne. Ces liens tissés entre les personnages, incarnés par les mêmes acteurs, parfois avec les mêmes costumes, ont le mérite de faire ressortir l’unité des contes, évitant de donner l’impression d’un patchwork décousu.

Mais on ne voit point émerger de vrais personnages, plutôt des variations sur des types, et il est difficile de s’émouvoir du sort de ces incarnations somme toute un peu abstraites. À ce compte, c’est Hamid-Reza Djavdan qui s’en sort le mieux. Il possède un art consommé des mimiques, une façon particulière de se déplacer et d’incarner avec grâce et bouffonnerie des personnages parfois ridicules, comme dans les Habits neufs de l’empereur.

On vibre

La poésie des plus beaux moments vient aussi de la musique. Un pétillant trio pour clarinette, violon et piano, de Mozart accompagne délicatement les Habits neufs… Plus tard, c’est le dépouillement doucement mélancolique de Satie qui plane sur Neigeblanche et Roserouge. Ces croisements de style et d’époque sont une heureuse trouvaille, qui titille à point nommé les oreilles du spectateur et éclaire le texte. Le plus beau passage se trouve peut-être dans le dernier conte, la Reine des neiges. Un jeune homme est sur le point de finir congelé par l’effet d’un sort scélérat lancé par la Reine. S’en sortira-t-il ? Les fumigènes et les lumières traversant les cubes de Plexiglas qui enserrent le prisonnier sont du plus bel effet. Mais il fallait bien le solennel, sublime et passionné du deuxième mouvement de la Septième symphonie de Beethoven pour faire sortir le malheureux de son glacial pétrin. La quête de la jeune fille venue le délivrer, l’affrontement épique du Bien et du Mal incarnés par elle et la Reine des neiges, les retrouvailles, enfin : voilà du pathos poignant, littéralement, sublime. On vibre !

Mais en définitive, on ne sait trop sur quel pied danser. S’agit-il de donner à voir ces contes au pied de la lettre, pour en manifester toute la violence ? C’est ce que suggère par exemple cette séquence où un prince, qu’une ancienne malédiction a affligé d’une apparence d’ours, noie sous nos yeux un être malfaisant à l’apparence plus qu’incertaine, tout en barbe et en moustache. Ou bien sommes-nous au second degré, et faut-il considérer le prince de la Belle au bois dormant comme un bellâtre de carnaval ? C’est ce que suggère le traitement du texte à certains instants : quand le prince vient délivrer la Belle, il dit devoir traverser tout le palais « dans un silence affreux ». Or, ces mots ne renvoient à rien d’affreux, rien qui semble important sur le plateau, et le godelureau aurait aussi bien pu évoquer toute autre chose, tant ils étaient dits sans y faire attention. 

Céline Doukhan


Contes, de Jacob et Wilhelm Grimm et Hans Christian Andersen

Ecla Théâtre

01 42 72 00 33

www.ecla-theatre.com

Mise en scène : Quentin Defalt

Adaptation : Christian Grau-Stef

Avec : Nicolas Bachelier, Xavier Catteau, Hamid-Reza Djavdan, Alice Faure, Leïla Guérémy, Maïa Guéritte, Baptiste Haslay, Marie Quiquempois, Nicolas Umbdenstock

Scénographie : Agnès de Palmaert

Costumes : Catherine Lainard

Chorégraphie : Damir Zisko

Collaboratrice artistique : Aurélie Van Den Daele

Lumières : Philippe Littlejohn

Habilleuse : Florie Weber

Théâtre de la Porte-Saint-Martin • 18, boulevard Saint-Martin • 75010 Paris

http://www.portestmartin.com/

Réservations : 01 42 08 00 32

Du 4 janvier au 18 mars 2011, voir le site Internet de la compagnie pour les horaires

Durée : 1 h 30

36 € | 29 € | 24 € | 19 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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