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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 15:14

Au Cons’, ça va saigner !


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Chaque année, de fin mai à juin, le Cons’ fait son festival. Travaux d’élèves, journées de juin, anciennement concours de fin de parcours, qu’importe ! Voici quelques semaines de chance rue du Conservatoire : l’occasion de découvrir de jeunes talents, d’avoir du monde sur scène, d’apprécier un travail au cordeau… Âme sur le qui-vive, ne jamais s’en priver (sagesse antique et dramatique).

conservatoire-national-615 wikimedia

Conservatoire national d’art dramatique | © Wikimedia

« Une merveilleuse folie de théâtre où cent jeunes acteurs se mettent au monde, nous confiait Daniel Mesguich à propos de ce “festival”. Six classes, trois à douze heures de représentation pour chacune. Faites le compte ! » Le compte est bon. On annonçait cinq courtes formes, sous le regard du vénérable Pierre Debauche, pour le spectacle d’ouverture. Yvonne, princesse de Bourgogne en préambule avec la formidable Bérangère Bonvoisin dans le rôle de la reine Marguerite. Costume-cravate (nouée lâchement), hanche de traviole et cette voix lasse à faire blêmir tous les poseurs de timbre experts en captation d’attention. Suit un Strindberg, Jouer avec le feu, mis en scène par Sarah Lasry qui arrange un jeu carré, mais pas franchement enflammé.

Intermède potache avec deux pitres ravissants. Le jeune Antoine Philippot, déjà chambellan à la cour de Bourgogne chez Gombrowicz, se glisse dans la peau d’une Dalida dérisoire en bas résille et robe fuseau pailletée rouge ; Frédéric Jessua en pyjama, à la batterie, donne le rythme de cette « ode à la misère de l’acteur, à la misère de ses tentatives échouées », pour deux idiots qui « jouent et chantent leurs mythologies intimes ». Voilà qui déride gaiement. On enchaîne, vite, avec la Vie de Galilée montée par Sonia Masson, pas indispensable (la pièce, s’entend). Du Brecht un brin tartinatoire, malgré de belles trouvailles de mise en scène. Total : quatre formes courtes. La cinquième promettait du sang et des armes, du grotesque, du baroque. De ces spectacles au Conservatoire, le clou ! Avec l’Amant de la morte, cogité par un Maurice Renard au début du siècle passé, Frédéric Jessua déterre un genre oublié mais savoureux.

Vous connaissez le Guignol, celui pour les enfants ? Il en existe un à l’usage des grands. D’un côté, les marionnettes, de l’autre, les pantins. Désarticulés, les pantins. Mimiques hilarantes, yeux ronds, arrêts sur image : rien ne vous sera épargné. Julien Buchy en amant éperdu, tout à fait hypnotisant, M. Philippot – le Chambellan et Dalida – en mari aimant et fortuné, et l’hilarante Laure-Lucille Simon, distinguée petite Coco des Années folles, aux yeux-billes à la Sarah Bernhard, en fine lady style garçonne.

C’est elle la morte de l’amant, dans ce drame en deux actes. Le premier avec son mari, son amant jaloux et sa femme légère, prend des airs de vaudeville. Le second déraille : femme écrabouillée dans un train, amant éploré et réveil de la morte ! Grand guignol oblige. On ajoutera une dose de délire hypnotique, une variation sur les revenants, une douce ambiance décadente – syndrome Années folles – ainsi qu’une mise scène au cordeau dans tous ses excès, pour parfaire l’excellence des comédiens. La scénographie, tout aussi ingénieuse et théâtrale, rehausse les effets appuyés du macabre trio.

Avant de parvenir à cet Amant de la morte presque parfait, ça a saigné. Frédéric Jessua n’en est pas à son coup d’essai. « Ça bute à Montmartre », dans les velours du très accueillant Ciné 13 Théâtre, c’était lui. « Ça a buté à Montmartre, et maintenant à Passy, très chère ! », au Théâtre du Ranelagh, lui encore. Souhaitons qu’il ne cesse pas de dézinguer si tôt. Qu’il trucide, flingue et bousille quelques détraqués encore. Il règle son compte aux histrions du grand-guignol comme personne. Jessua, il a la saynète facile.

Ce n’est pas le seul à surveiller dans la maison du Conservatoire. Paraîtrait qu’un certain Jean-Damien Barbin aurait dégoté deux raretés délurées, teintées à l’hémoglobine, elles aussi. L’Empereur de Chine et le Bourreau du Pérou, qu’on annonce. L’auteur ? Un dada belge, qu’on aime, au fier patronyme de Ribemont-Dessaignes. Affaire à suivre. Prochaines audiences : 26, 27, 28 mai pour la classe de Jean-Damien Barbin ; 31 mai et 1er juin pour celle de Dominique Valadié. 

Cédric Enjalbert


Journées de juin

Conservatoire national supérieur d’art dramatique • 2 bis, rue du Conservatoire • 75009 Paris

Réservations : 01 53 24 90 16

www.cnsad.fr

Du 9 mai au 2 juillet 2011

Entrée libre

Jeudi 26 et vendredi 27 mai à 19 heures, samedi 28 mai 2011 à 14 heures et 19 h 30 : classe de Jean-Damien Barbin

Mardi 31 mai et mercredi 1er juin 2011 à 14 heures et 19 h 30 : classe de Dominique Valadié

Vendredi 10 et samedi 11 juin 2011 à 15 heures et 20 h 30 : classe de Sandy Ouvrier

Jeudi 16, vendredi 17 et samedi 18 juin 2011 à 14 h 30 et 19 h 30 : classe de Nada Strancar

Mercredi 22 et jeudi 23 juin 2011 à 15 heures et 19 h 30 : classe de Daniel Mesguich

Vendredi 1er et samedi 2 juillet 2011 à 15 heures et 19 h 30 : classe de Philippe Duclos

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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