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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 14:29

Le Professionnel


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Boris Berezovsky a enchanté une salle comble lors de son concert à l’abbaye de l’Épau.

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Boris Berezovsky | © Yuri Bogomaz

Récemment, dans un article consacré à son dernier disque *, « le prodigieux Boris Berezovsky » était décrit comme un « prophète ». De quoi inspirer une terreur quasi divine au spectateur qui s’apprête à assister à un concert du pianiste russe. Mais, déjà, les adorateurs ont rempli la salle. Ponctuel, le prophète foule enfin la scène. Costume gris foncé, chemise blanche, cheveux ras et larges épaules : Boris Berezovsky joue peut-être comme un dieu, mais son allure évoque davantage celle d’un cadre supérieur en route pour le conseil d’administration de sa multinationale.

Pour l’ensemble du programme, Berezovsky a choisi trois collections de miniatures par trois compositeurs différents : six Contes de fées du Russe Medtner, sept Préludes de Debussy et les Davidsbündlertanzen de Schumann. Comme voulant nous faire humer trois bouquets qui exhaleraient toute la richesse des parfums de ces trois maîtres.

Medtner étant le moins connu, il est d’autant plus réjouissant de se laisser happer par la seule qualité de sa musique, comme dans ces films sans vedette qui viennent cueillir le spectateur. Car ces pièces brèves sont un enchantement, certaines même de véritables bijoux, souvent fondés sur des mélodies traditionnelles russes. Mais le compositeur s’approprie ces mélodies si librement et avec tant d’allant que l’on croirait parfois entendre les échos d’une improvisation de jazz. À d’autres moments, c’est le son moelleux d’un rythme de valse qui entraîne l’auditeur vers des sonorités plus méditatives. Le dernier des Contes est le plus spectaculaire et permet à Boris Berezovsky de donner une nouvelle fois la preuve de sa virtuosité.

Un bis père-fille

Après cette véritable découverte, Berezovsky aborde un compositeur plus familier : Debussy. Là encore, la série de Préludes donne à entendre une collection de miniatures des plus variées, comme un nuancier délicat, et là encore, on est parfois à la frontière du « classique » et du jazz tant la liberté rythmique de ces compositions est grande.

Après l’entracte, c’est la superbe suite des Davidsbündlertänzen de Schumann qui se déploie. Ce sont autant de pastilles qui chatoient avec éclat. On passe sans difficulté de sonorités énergiques à d’autres tout en délicatesse, voire empreintes de nostalgie. Là, dans ces moments méditatifs, Boris Berezovsky parvient plus particulièrement à faire affleurer l’émotion. Tout au long de cette série, le pianiste change d’ailleurs sans cesse d’ambiance sans difficulté. Quelquefois, de brusques mouvements de bras viennent parachever l’exécution du morceau, mais, toujours, les notes s’envolent librement, avec facilité. Interprétant ces pages avec modestie et application, Berezovsky emmène l’auditoire captivé en balade, inspirant une confiance que seuls peuvent susciter les guides les plus expérimentés. C’est peut-être là son côté « prophète »…

Enfin, les spectateurs de l’Épau auront eu le privilège d’entendre un bis réunissant au même piano le père et la fille, puisque Évelyne Berezovsky, qui s’était produite le midi également dans le cadre du festival, a rejoint son père pour une lumineuse Suite de Debussy. 

Céline Doukhan


* Dans Télérama du 12 mai 2014, voir http://www.telerama.fr/musiques/complete-wunderhorn-songs,112233.php.


Concert de Boris Berezovsky

Avec : Boris Berezovsky (piano)

Abbaye de l’Épau • route de Changé • 72530 Yvré-l’Évêque

http://www.festivaldelepau.com/

Réservations : 02 43 27 43 44 ou 06 48 10 55 52

Le 27 mai 2014 à 20 h 30

Durée : 1 h 30

25 € | 20 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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