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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 21:09

Gare au coaching !

 

Vous souhaitez changer de vie, la rendre plus piquante, excitante, vibrante ? Vous désirez atteindre des objectifs, des performances qui vous rendront irrésistible ? Rendez-vous au Théâtre Saint-Georges, au 51 de la rue du même nom, pour tester une nouvelle méthode de « décomplexion ». Mise au point par Pierre-Olivier Scotto, cette séance d’environ deux heures suffira à faire de vous un être fin et accompli, au quotidien trépidant, au verbe puissant. Non sans ironie intitulé « Coach », ce programme repose sur un principe simple : la vertu thérapeutique de la contemplation de la platitude et du ridicule. Si telle est votre attente, vous avez bien fait de choisir « Coach » ! Sinon, gare aux effets indésirables…

 

Deux hommes, la quarantaine peu avantageuse, sont assis dans une salle d’attente, l’air embarrassé. Tout plein d’une maladroite sollicitude, l’un propose à l’autre un cure-dents, qui est aussitôt refusé dans un bégaiement craintif. Les deux caractères masculins sont dès lors campés : il y a d’abord Paulo (Thierry Beccaro), dont on ne remarque que les santiags particulièrement mal assorties au reste de sa tenue, et qui a un goût immodéré pour les fromages, qu’il vend au Super U du coin. Puis il y a Arsène (Pierre-Olivier Scotto), qui préfère Marcel Proust au parmesan, les grosses baskets aux santiags, et sa mère aux femmes de son âge. Deux hommes bien différents, donc, mais dont on devine très vite les points communs : le mal-être et l’inadaptation.

 

À partir de là : deux possibilités : un tendre amusement à l’endroit des personnages, ou bien le dangereux choix de la dérision, sans pitié pour les deux créatures. C’est l’entrée en scène de la coach, dont l’allure tient à la fois de la pin-up et de l’entraîneuse sportive, qui donne le ton de la série de leçons de vie à venir. Sans ambiguïté, c’est le parti pris de la moquerie sans concessions qui est adopté. Et si l’on peut reconnaître à cette création un quelconque aboutissement, c’est bien celui de l’exploration des clichés du genre, dans lesquels se vautre avec une apparente délectation l’ensemble de la distribution. Au sens propre, comme au figuré.

 

theatre-saint-georges

Théâtre Saint-Georges

 

En effet, une succession sans surprise de scènes nous fait assister à la régression des deux cobayes, qui, sous nos yeux effarés, acceptent à la demande de leur professeur de se muer en tortues et de mâchonner des feuilles de laitue. Les écoliers attardés se prêtent aussi aux délires scatologiques de la coach en jouant au nourrisson suspendu à son pot de chambre. La scénographie, en jouant de façon peu originale avec les différentes combinaisons possibles de situations, ne parvient qu’à appuyer une sensation d’enfermement et de rumination d’idées et d’images mille fois reçues. Le texte, dont le langage familier n’est pas même rehaussé de la truculence que peuvent véhiculer certaines expressions populaires, contribue à rendre parfaite la platitude de l’ensemble.

 

Pourtant, les deux adeptes de thérapie personnelle offrent sans réserve leur corps à leur rôle, en accentuent les imperfections jusqu’à atteindre les sommets du ridicule. Mais les excès, la débauche de bassesses qu’ils commettent leur ôtent toute crédibilité. Tout aussi caricaturales que le système de pensée des élèves, les méthodes et maximes de la coach confirment le consensuel achevé de la pièce. À coups de « J’ai le droit de dire que je suis un homme bien », de « Mon corps est une maison où il fait bon vivre » et autres propositions hautement philosophiques, la soi-disant thérapeute rejoint ses patients dans leur tourbillon de banalités. Alors qu’une conseillère un tantinet plus spirituelle aurait permis de faire le distinguo entre critique sociale et satire de la vogue du développement personnel. Ce qui n’était pas trop demander.

 

Une fois la séance terminée, l’échec de l’expérience tant vantée est patent. Impossible de s’identifier, même un tant soit peu, à aucun des personnages. À moins d’accepter l’infantilisation nécessaire pour rire des gags que l’on nous tend tels des hochets. Un coaching pour le moins paradoxal et révélateur d’une société décadente… 

 

Anaïs Heluin

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Coach, de Pierre-Olivier Scotto

Mise en scène : Julie Carcuac

Avec : Thierry Beccaro, Pierre-Olivier Scotto, Valérie Vogt

Musique : Claude Robert

Théâtre Saint-Georges • 51, rue Saint-Georges • 75009 Paris

www.theatre-saint-georges.com

Réservations : 01 48 78 63 47

À partir du 3 juin 2010, du mardi au samedi à 20 h 15, le dimanche à 15 heures

43 € │ 32 € │ 19 € │ 10 € (moins de 26 ans, les mardi, mercredi et jeudi en fonction des places disponibles)

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

perro 21/06/2010 17:13



Un grande sentiment d'ennui surtout au début. Les choses s'améliorent en milieu de scène. Quelques scènes amusantes mais hélas marquées par un mauvais jeu de scène des comédiens. Peu de présence
scénique, manque de charisme, d'aura. De talent tout simplement. On se demande aussi si le public assez âgé n'est pas venu pour voir l'animateur de motus plus que le comédien. Véritablement : le
théatre, c'est un métier.


 


 



MALEK NICOLE 16/06/2010 09:04



Pendant toute la durée de la pièce, je ne me suis pas ennuyée une seule fois. J'ai ri, j'ai été attendrie, j'ai aimé ces trois personnages, totalement différents, joués par trois excellents
comédiens.


Une pièce à la fois drôle et humaine à aller voir absolument.



eric brun 15/06/2010 15:33



Quel besoin de s'identifier pour prendre la mesure de la caricature qui met ma foi plutôt bien en exergue les dérives de ces univers et la détresse  de certains,


Cette pièce est drôle, tendre, caricaturale, touchante, populaire et tellement proche aussi d'une certaine réalité,


Alors contrairement à vous je n'ai pas boudé mon plaisir pendant une heure trente , et me suis laissé aller à aimer ses personnages!


J'aimerais bien sûr voir publier ma réponse en contre point de votre ressenti


cordialement


Eric Brun



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