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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 11:29

Clowns en promotion !


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Création collective, « Clown assistance » interroge la dégradation du statut de l’artiste en produit de consommation. Un spectacle grinçant qui fait souvent mouche, mais qui souffre d’une construction bancale et d’une distribution inégale.

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« Clown assistance » | © D.R.

Clowns de foires, de supermarchés, Ronald de Mac Donald… : clowns à toutes les sauces en définitive… mais rentables. Les clowns dans le nouveau spectacle des Bougres de singe deviennent l’emblème de la marchandisation de l’artiste. Inspiré de la Transfiguration du cirque de Michel de Ghelderode, Clown assistance nous raconte en effet l’oppression puis la révolte (avortée) de clowns exploités.

Il ne s’agit donc pas d’un spectacle de clowns, mais d’un spectacle qui utilise la figure du clown. Car, avec lui, c’est tout l’univers du cirque et sa légendaire pauvreté qui entrent en scène. On pense alors à toutes les dynasties du cirque réduites à l’indigence, à ces structures miséreuses qui parcouraient les villages. Par ailleurs, le clown est une figure contradictoire : tragique et comique, typée (avec ses Augustes, ses clowns blancs) et très intime (chacun porte en soi son clown), tantôt tyrannique tantôt pitoyable. Or, cette contradiction recèle un grand pouvoir dramatique.

Jaune et rouge de colère

Ainsi, le spectacle joue sur l’ambiguïté des registres et des statuts. On vous propose des prospectus et des animations clownesques. On vous invite à remplir des questionnaires d’intérêt sur le clown comme pour une étude de marché… Mais devez-vous vraiment vous y fier ? Vous riez, mais tout à coup vous vous demandez si vous avez encore le droit de le faire. Vous êtes en effet face à un clown débarqué à la nage de Puerto Rico, au clown qui s’est prostitué pour survivre. À ce moment, vous riez jaune ou rouge de colère. En outre, tous ces clowns sont aujourd’hui exploités : chacun doit faire son article et célébrer ses mérites, signer des contrats iniques, courir, sourire toujours. Cependant, victime, chacun n’est peut-être qu’un despote qui s’ignore. La distribution joue intelligemment sur cette ambiguïté.

Mais cette photo de groupe des artistes en clown est sans doute un peu aussi notre portrait. Car ne pourrait-on pas murmurer comme l’un de ses clowns : « On a accepté les 35 heures, on a accepté la retraite à 67 ans ». Le spectacle en tout cas ne laisse pas le spectateur en paix, mais interroge son apathie. « Vous pouvez nous juger, mais seriez-vous capables de faire rire ? Pourquoi restez-vous tranquilles dans le noir quand on se bat pour un autre monde ? Où vous situez-vous ? » semblent nous demander en effet les jeunes clowns révoltés.

Comique de répétition

Il y a donc ici des idées (qu’on ne divulguera pas toutes), et même un vrai propos. Cependant, la dimension chorale du spectacle (ils sont onze sur scène) ne permet pas à chacun de tirer son épingle du jeu. Si un premier temps du spectacle, sorte de parodie d’entretiens d’embauche, permet à chacun de se présenter, cette présentation est très rapide. Certains n’ont pas alors le temps de faire vivre leur personnage. Par ailleurs, certains procédés déclinés pour que chacun puisse s’exprimer donnent une impression de répétition. C’est un dur métier que de faire rire, certes, c’est une sacré gageure que se métamorphoser comme le font tous ces jeunes gens (si beaux, quand ils retrouvent leurs visages au salut), certes, mais on sent que le métier doit encore entrer chez certains.

Ainsi, on se souviendra du clown aristo, du clown buveur, de Gomez ou de la clownesse élevée chez les singes, mais on en oubliera bien vite d’autres…

Quant à la pièce, fondée sur une rupture (entre l’exploitation et la révolution) et sur des procédés de distanciation, elle présente des longueurs, surtout dans la seconde partie. Comme la révolution avorte en partie à cause des individus qui cherchent à s’imposer, le spectacle tourne parfois de fait à la succession de numéros. Il manque une cohérence.

Reste que Clown assistance met son nez (rouge) là où ça fait mal, et présente de beaux moments grinçants. Pas totalement abouti (soyons indulgents avec un travail issu d’ateliers) mais intéressant, donc. 

Laura Plas


Clown assistance, de la Cie Bougre de singe, librement inspiré de la Transfiguration du cirque, de Michel de Ghelderode

Cie Bougres de singe

Mise en scène collective sous la direction de Fabrice Clément et Majida Ghomari

Avec : Élise Aurières, Badr Boukikaz, Rojda Mohamed, Chloé Monguillon, Aurélie Moreau, Émilie Narèce, Robin Narèce, Thibaut Pietrera, Juliette Todisco, Gabrielle Vigouroux, Romain Wagner, avec la participation de Fanny Combrou, Philipp Golab, Rania Mattar, William Pelletier et Anaïs Rouhaud

Son et lumières : Laïd Lahmar

Montage son : Fabrice Clément

Costumes : « Madame Loulou », Majida Ghomari

L’Échangeur • 59, avenue du Général-de-Gaulle • 93170 Bagnolet

Métro : ligne 3, arrêt Gallieni

Réservations : 01 43 62 71 20

Site du théâtre : www.lechangeur.org

Courriel du théâtre : info@lechangeur.org

Du 25 avril au 3 mai 2013, du lundi au samedi à 20 h 30 et le dimanche à 17 heures

Durée : 1 h 40

13 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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