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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 16:24

Le maître de lecture !


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Inclassables et insolites, poétiques encore, « les Circulaires du service des instruments de mesure », de Roland Shön, sont un objet de curiosité délectable. Il s’en dégage un goût d’enfance et de secret que l’on savoure au Grand Parquet, les mots en bouche et l’œil étonné. Vite, vite avant le 23 décembre 2012 !

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« Circulaires du service des instruments de mesure »

© Paul Bonmartel

Imaginez un spectacle parrainé par l’Italo Calvino des Villes invisibles (1), ludique et fantaisiste. Imaginez une expérience qui vous fasse endosser et le paletot du dissident – pas feutrés et frisson du secret –, et la tenue du Montag de Farenheit 451 (2). Mettez une once de polar, une pincée de contre-utopie, beaucoup de poésie et d’humour (toujours). Alors, vous commencerez à entrevoir, seulement entrevoir ce que peut-être le nouveau spectacle de Roland Shön.

Ce ludion poète, inventeur, revient en effet au Grand Parquet avec ces Circulaires du service des instruments de mesure : un petit bijou. On y retrouve l’esprit de ce Gyromances qu’on avait tant aimé il y a deux ans et qui lui est associé ici dans la programmation du Grand Parquet. On vogue à nouveau ainsi vers des horizons lointains où se mêlent les mots et les images : terres de surréalisme. C’est un spectacle très court. Le temps nous est compté… On voudrait en retenir les cinquante-trois minutes comme les mots qui batifolent.

En attendant Golo

C’est à la lueur douce d’une lampe, liseuse, lanterne magique que Roland Shön nous fait voyager. Nous voici comme ces spectateurs des foires qui regardaient émerveillés le chronophotographe, comme le petit Marcel d’À la recherche du temps perdu suivant sur sa lampe les magnifiques aventures du chevalier Golo. Roland Shön lit ses textes avec plaisir, et ce plaisir se transmet. Temps retrouvé des lectures que l’on ne pouvait abandonner et auxquelles on s’adonnait en dépit de l’extinction des feux. Et, comme dans le récit proustien, apparaît soudain Méséglise (3), inattendue, au détour d’une phrase ; quelques mots font surgir une ville extraordinaire dont la piscine est d’eau minérale, les volcans renversés.

Que nul n’entre ici s’il n’est compteur, c’est-à-dire poète. La rêverie sur les mesures engendre des jeux de langue et fait surgir la belle figure du Grand Arpenteur, l’homme qui ne comptait plus les larmes, celui qui savait mesure l’hypoténuse d’un dentier, l’écho du silence ou la pertinence d’une averse. On suit ses enfances, tendres et pleines de fantaisie. On nous conte sa disparition quand se met en place un ordre effrayant où beaucoup ne comptent pas. Notre monde ? La poésie et la fantaisie n’interdisent pas de se poser la question.

Mais le spectacle n’est pas que pour l’oreille. L’œil s’y réjouit. Venez, venez, braves gens, découvrir l’incroyable tiroir du Grand Arpenteur, ses chromes et ses instruments. Venez voir se dérouler des paysages, des cartes, peut-être. Vous serez Marco Polo, vous comprendrez la fascination qu’exerce la chambre des cartes dans le Rivage des Syrtes. Et vous ne regretterez pas le détour. 

Laura Plas


(1) Série de récits où Italo Calvino crée de fabuleuses villes imaginaires.

(2) Récit d’anticipation écrit par Ray Bradbury qui présente un monde où les livres sont interdits.

(3) Petit village qui apparaît soudain lors d’une promenade.


Circulaires du service des instruments de mesure, de Roland Shön

Compagnie Théâtrenciel

Site de la compagnie : www.theatrenciel.fr

Courriel de la compagnie : theatre.enciel@wanadoo.fr

Texte, interprétation, peinture, objets, vidéos : Roland Shön

Mise en jeu avec la complicité de Jacques Bourgaux et François Small

Bande-son et musique : Jean-Jacques Martial

Construction : Ludovic Billy

Lumières : Claude Couffin

Production : Théâtrenciel, Le Grand Parquet

Coproduction : L’Hectare, scène de Vendôme

Le Grand Parquet • jardins d’Éole, 35, rue d’Aubervilliers • 75018 Paris

Réservations : 01 40 05 01 50

Site du théâtre : www.legrandparquet.net

Du 28 novembre au 23 décembre 2012, du jeudi au samedi à 18 h 45, le dimanche à 14 h 45

(Chaque représentation est suivie de la représentation de Gyromances)

Durée : 40 minutes

15 € | 10 € | 5 € | 3 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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