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Jeudi 27 mai 2010 4 27 /05 /Mai /2010 13:26

Daniel Keene, « sous le soleil exactement »

 

Il a fait chaud, très chaud même, ce week-end, au 6e Salon du théâtre et de l’édition théâtrale. Son directeur artistique, François Leclère, a choisi comme invité d’honneur le dramaturge Daniel Keene. Entre entretiens, lectures et débats, pour « les Trois Coups », ces trois jours furent riches en sourires et en émotions. Chronique d’un salon qui a su mettre à l’honneur un auteur d’aujourd’hui et d’ailleurs…

 

salon-du-theatre-2010 « L’abécédaire Keene », entre spontanéité, humour et simplicité

Vous ne connaissez pas Daniel Keene ? Qu’importe ! Son portrait, présenté sous forme d’abécédaire, était une surprise concoctée par François Leclère et invitait habilement le chaland à s’asseoir sur la scène du Café littéraire. En quelques lettres, un entretien conduit avec justesse et humour.

 

F comme famille est la première lettre tirée au sort par Daniel Keene. L’interroger sur cette notion est presque une évidence chez cet auteur. D’une pièce à l’autre, il s’agit le plus souvent de familles brisées qui tentent désespérément de se rapprocher. Keene touche les âmes parce qu’il soulève, l’air de rien, avec son écriture de la brisure et de la simplicité, un sujet universel et atemporel. Truisme, diriez-vous ? Pas tant que ça lorsque cet auteur australien rappelle que le théâtre antique était aussi une affaire de familles. En effet, Keene « conçoit le théâtre comme une lentille à travers laquelle les spectateurs sont invités à regarder ». Et le public, qui assistait à cette entretien, pouvait aussi juger de l’humanité qui se dégage de cet homme : « Pour moi, ma famille est celle qui compte le plus au monde, plus que n’importe quoi, plus que l’écriture ! La famille, what else ? ».

 

M comme monologue. « J’écris plus pour le travail des acteurs que pour celui du metteur en scène » répond Daniel Keene. Et on pense alors immédiatement à cette pièce bouleversante, Monologue sans titre, qui débute par la correspondance d’un fils à son père et dont on va pouvoir suivre le récit intérieur. On se rappelle aussi de tous ces personnages que l’on retrouve dans ses Pièces courtes qui sont un cri, un cri de colère, un cri d’âmes errantes, perdues dans la solitude et l’isolement. Les protagonistes errent aux frontières d’un monde. Ils ne peuvent plus jouer la comédie et sont au bord de la faillite. Entre monologue et soliloque (l’Homme qui tombe), Daniel Keene aime cette forme parce que c’est, selon lui, l’espace où la voix prend chair et va finalement le mieux s’incarner. Mais en privilégiant cette voix/e narrative, il bouscule les conventions théâtrales et fait tomber le « quatrième mur » en obligeant le comédien à s’adresser plus directement au public.

 

H comme humour. Les pièces de Daniel Keene ne sont pas dépourvues d’humour. Il n’y a qu’à entendre le public de Ciseaux, papier, caillou, en ce moment joué au Théâtre national de la Colline. Le spectateur y glisse progressivement vers le rire. D’ailleurs, l’auteur regrette que trop souvent on retienne de ses pièces uniquement ce qu’il y a de plus triste alors que l’humour en est un élément fondamental. Il faut dire que le rire est grinçant chez Keene lorsqu’il se mêle aux situations sombres des personnages. Mais cet auteur, étonnant et prolifique, semble refuser d’être mis dans une case puisqu’il vient d’écrire sa première comédie pour un théâtre à Melbourne.

 

R comme racines. Les personnages que l’on rencontre dans les pièces de Keene sont des hommes et des femmes que l’on croise tous les jours. Les situations auxquelles ils sont confrontés (maladie, chômage, solitude, etc.) peuvent paraître très banales à la première lecture. Mais la force de Keene est de partir de sujets très quotidiens et de les dévoiler avec beaucoup de pudeur. En effet, la complexité de son écriture, sans cesse remplie de silences, réclame de la part du lecteur-spectateur un regard très actif. Il crée notamment des êtres qui entament vraiment leur existence en entrant sur scène. C’est progressivement qu’ils prennent de l’épaisseur et deviennent des personnages à part entière. Chez lui, pas de scènes d’exposition. Il s’écarte donc volontiers de la tradition pour nous livrer un texte qui, parfois, n’a ni didascalies, ni repères, ni ponctuation. Mais, si les personnages se brisent dans une écriture désarticulée, ils prennent corps et s’enracinent, tant sur la scène que dans l’esprit du spectateur.

 

S comme solitudes. Si le thème de la solitude est omniprésent dans ses pièces, la langue anglaise possède deux mots : solitary et lonely. L’un désigne le solitaire (au sens positif du terme), l’autre celui qui souffre de la solitude. « Le français devrait donc inventer un autre mot de toute urgence ! »

 

S comme silence : « Je n’ai donc rien à dire »… Non, pas tout à fait. Il accepte de nous parler, un peu encore, juste assez pour nous donner envie d’aller voir : « C’est dans la voix de l’acteur que le silence est le plus accompli ».

 

P comme partir : « Thank you and goodbye ! ». Oui, place aux artistes à présent qui ont fait honneur à Daniel Keene les deux jours qui ont suivi… 

 

Sheila Louinet

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Voir chronique nº 2 de Sheila Louinet pour les Trois Coups

Voir chronique nº 3 de Sheila Louinet pour les Trois Coups


Entretien avec Daniel Keene

Intervenants : Daniel Keene, Séverine Magois (sa traductrice) et François Leclère (directeur artistique du Salon du théâtre et de l’édition théâtrale)

Salon du théâtre et de l’édition théâtrale • place Saint-Sulpice • 75006 Paris

http://www.foiresaintgermain.org/

Le 22 mai 2010 de 19 heures à 20 heures

Gratuit

Publié dans : FRANCE-ÉTRANGER 1998-2012 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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