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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 16:42

Un portrait musical intime

et passionné


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Tel Chopin exilé à Paris depuis sa Pologne natale, le spectateur avignonnais s’en va à Montfavet écouter la musique du compositeur romantique, jouée par Laure Favre-Kahn.

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« Chopin… confidences » | © D.R.

Laure Favre-Kahn est une interprète aguerrie et reconnue de Chopin, à qui elle a déjà consacré plusieurs disques. La voilà qui se produit à Montfavet, dans la salle polyvalente rebaptisée cette année « Le Grand Théâtre ». Une salle qui servait jusqu’à présent au Festival (« In »), avec ses 600 places, son confort et la qualité de ses équipements. Quoique : le crissement continu des cigales environnantes s’invite sans vergogne dans la salle où, assis dans la pénombre, on est pourtant tout prêt à s’abandonner aux langueurs du piano romantique.

Visuellement, c’est un beau spectacle. Laure Favre-Kahn est assise à son piano éclairé d’une bougie, derrière un immense filet sur lequel sont projetées des images, portraits de Chopin et gravures des lieux qu’il a connus. De temps en temps, Charles Berling s’incruste littéralement dans le paysage. Il n’incarne pas Chopin à proprement parler, mais en est plutôt une évocation. Il donne en revanche une voix au compositeur, dont on entend la correspondance. On a souvent parlé de la correspondance de Mozart, sa truculence, sa vivacité ; mais celle de Chopin se révèle douloureusement touchante – car la fin est connue. Le compositeur mourra en 1849, consumé par la maladie, loin de sa Pologne natale.

« Un cadavre a cessé de vivre, et moi aussi »

On écoute donc avec une certaine émotion les passages de lettres envoyées à la famille, là-bas. Et l’on découvre un Chopin intime, familier, comme lors de la période de sa liaison avec George Sand. Il la juge d’abord sévèrement, la trouvant plutôt laide. Mais quelle tendresse, ensuite, pour celle qui sera bientôt pour lui une garde-malade en plus d’une amante. Viendra l’heure de la rupture. Chopin, lui, décrit minutieusement les pièces de la maison de Nohant, et l’image vivante qu’il en donne à l’attention de sa famille ressurgit avec naturel pour nous aussi.

Ce voyage dans le temps et surtout dans l’intimité du compositeur prend aussi son sens grâce à la musique. Laure Favre-Kahn joue à merveille mazurkas, préludes et autres nocturnes. Pour chaque morceau, l’ambiance change, et leur interprétation relève de ce qui semble être une exploration, un combat, un numéro d’équilibriste. On voit bien comment la musique de Chopin exprime la colère, la mélancolie, la joie… qui l’étreignent au fil des différents épisodes de sa vie. Et de quelle façon ! La musique est comme une tempête qui enfle, balaie tout sur son passage, se calme, puis reprend, inattendue et encore plus ravageuse. Le jeu de Laure Favre-Kahn donne par exemple à voir comment les deux mains, parfois, semblent jouer des partitions distinctes, narrer elles-mêmes deux histoires différentes, tout en ayant un lien organique.

C’est un peu de ce lien organique entre la musique et le reste qu’on aurait aimé voir davantage dans cette mise en scène un poil académique qui a cependant le mérite de faire émerger, par un style retenu, toute la fougue du compositeur. Par ailleurs, peut-être une salle aux dimensions plus modestes (avec 600 places, c’est la plus grande salle du Off) aurait-elle mieux convenu à ce spectacle de l’intime.

Si l’on ne peut pas dire qu’on ressorte déprimé de la salle, force est par contre de reconnaître que Laure Favre-Kahn met volontiers l’accent sur des aspects morbides. C’est ainsi que la narration s’attarde sur les lettres suicidaires du jeune Chopin, qui se verrait bien en cadavre : « Un cadavre a cessé de vivre, et moi aussi », écrit-il tandis que, à son grand désespoir, l’insurrection polonaise de 1830 est matée dans le sang. Et de déplorer « une vie aussi misérable, qui ne sert qu’à faire de nous des cadavres ». À la toute fin, c’est bien sûr la célèbre Marche funèbre qui résonne… doublée de la projection géante du masque funéraire du compositeur, qui occupe la moitié de l’écran, pendant de longues minutes. Un visage étrangement apaisé, où a même l’air de poindre un très léger sourire. Un peu plombant, tout de même.

Laure Favre-Kahn, elle, est seule derrière son piano, derrière sa toile. Ses cheveux blonds renvoient des reflets dansants sous la faible lumière des projecteurs. On aurait bien aimé la voir un peu moins derrière son filet, moins isolée, mais le dispositif a le mérite de concentrer l’attention sur la musique plutôt que sur l’interprète. 

Céline Doukhan


Chopin… confidences, de Laure Favre-Kahn

Conception : Laure Favre-Kahn

Avec : Laure Favre-Kahn (piano) et la voix de Charles Berling

Réalisation vidéo : Louise Molière

Prise de son : Clément Gariel

Lumière : Raphaël Zolet

Le Grand Théâtre, salle polyvalente de Montfavet • 246, avenue Félicien‑Florent • 84140 Montfavet

www.le-grand-theatre.fr

Réservations : 04 86 65 64 83

Du 15 juillet au 31 juillet 2013 à 14 h 30

Durée : 1 h 15

17 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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