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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 16:27

Chapelier fou : archet électrisant et rythmique aérienne


Par Aurore Krol

Les Trois Coups.com


Non sensibles, s’abstenir. C’est la seule mesure de précaution à prendre avant de se laisser happer par la poésie sonore de Louis Warynski, alias Chapelier fou. Car si ce musicien n’a pas vocation à emporter les foules dans des déchaînements de cris survoltés, il est en revanche un sacré révélateur d’émotions, qui distille ambiances aériennes et rythmes envoûtants avec candeur et justesse.

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Chapelier fou | © Aurore Krol

Il est l’homonyme du personnage de Lewis Caroll et draine avec lui l’onirisme et l’inventivité du célèbre roman de l’auteur. Pour autant, Chapelier fou n’a rien d’un excentrique ni même d’une bête de scène. Plutôt Pierrot lunaire ou petit moineau. Plutôt du genre à se faire oublier derrière ses partitions, en homme de l’ombre aux compositions limpides. À peine s’il prononce quelques phrases entre deux morceaux, sur un ton d’excuse, transitions bancales qui ont cet aspect désarmant de la maladresse sans artifice.

Car le garçon est touchant. Pas du tout « personnage », au final. Il n’a rien à régler sur scène, ni besoin de se surexposer ni désir d’être adulé dans une fascination factice. Il impose sa musique hybride – violon et électro mêlés – dans une fragilité sans éclat, un talent sans frime ni posture, simplement mis au service d’une ambiance et d’un son intuitivement précieux.

Son nouvel album s’appelle Invisible. Au‑delà de la nature discrète de son auteur, comparaison par trop facile, ce disque met en lumière toute sa capacité à dévoiler l’impalpable, les espaces de grâce minimale sous les rythmiques délicates. Chapelier fou façonne sa musique par étapes successives, par superpositions. Douces ou plus âpres, ces strates s’additionnent jusqu’à la mélodie finale, entre répétition et variation.

Introductions au violon somptueuses

Les morceaux prennent corps, parfois lentement, enveloppant le public dans une atmosphère méditative faite d’instants suspendus, d’expérimentations qui s’électrisent, et de fluidité. Les introductions au violon, somptueuses, rappellent la virtuosité et la mélancolie moderne de leur auteur. Elles se transforment et se distordent peu à peu, dans une alchimie complexe de bidouille et de propositions visionnaires qui tiennent le public en apesanteur, jusqu’au climax, jusqu’à la chute.

On découvre des pépites dans ces mélanges de synthé, guitare et violon, dans ce crépitement cristallin et ces samples. Ainsi, les versions en direct de Darling, darling, darling, Fritz Lang, ou encore Cyclope et Othello – en hommage à ses deux chats – offrent des instants particulièrement réussis ainsi qu’une certaine idée de la place que la féerie peut encore prendre dans nos vies.

Il y a une sensibilité ardente chez ce jeune homme, et de la folie souterraine sous le visage sage. Ne pas oublier de se méfier de l’eau qui dort, pour paraphraser l’un de ses titres. Ne pas oublier les courants contraires qui, sous la surface d’apparence sereine, peuvent bouleverser au vol un public pris par surprise. Et garder la douceur éphémère, mais tenace, d’un concert étrange et beau. 

Aurore Krol


Chapelier fou (électro, musique expérimentale)

www.icidailleurs.com

www.chapelierfou.com

V.I.P., scène de musiques actuelles de Saint‑Nazaire

boulevard de la Légion-d’Honneur • alvéole 14 de la base sous‑marine • 44 600 Saint‑Nazaire

Réservations : 02 40 22 43 05

Jeudi 27 septembre 2012, 21 heures

Durée : 1 heure

9,50 € | 11 € | 12,50 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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