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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 19:49

Memento confettis


Par Delphine Padovani

Les Trois Coups.com


Au domaine d’O, la semaine « carte blanche » de Jean Lambert‑Wild se termine en fanfare avec une forme courte et chaleureuse. Une joyeuse bravade au froid de canard dominical, donnant au théâtre des allures de guinguette du samedi soir. Chic alors !

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« Chantons sous la mort » | © Tristan Jeanne-Valès

Depuis 1990, les propositions scéniques de Jean Lambert‑Wild s’inscrivent dans ce qu’il appelle son « Hypogée ». Ce grand ensemble comprend des œuvres de différents types, tels que les « calentures » : « petites formes performatives de 15 à 45 minutes ». Ces termes savants – archéologique pour le premier et médical pour le second – se rapportent en fait à un théâtre sensible, qui parle certes à l’esprit, mais par la voie du cœur et de l’estomac.

Si la continuité est le maître mot de ce projet artistique et organique, chaque maillon de l’Hypogée n’en est pas moins original. Ainsi, Jean Lambert‑Wild tient son public en haleine, en ménageant des effets de surprise et de rupture au fil de ses spectacles. Avec Chantons sous la mort, calenture nº 325, la surprise est festive et la rupture radicale, puisqu’il s’agit d’un enterrement.

Tout commence aux portes du domaine d’O. Pas contents de quitter le hall bien tempéré du théâtre, les spectateurs emmitouflés répondent quand même à l’invitation de l’équipe d’accueil, leur indiquant que la « procession » commence dehors. D’accord, d’accord.

Nous serons acteurs tout autant que spectateurs

Là-bas, les notes claironnantes et les rythmes bien marqués d’une fanfare tout sourire nous font aussitôt oublier que le fond de l’air est frais. Imprévu savoureux, une voiture de retardataires est bloquée par les musiciens. Probablement missionnée par le conducteur, une femme sort du véhicule et demande « discrètement » aux artistes de se déplacer pour faciliter l’accès au parking. Prenant part bien malgré elle à cette calenture, la dame donne le ton de l’après‑midi. Ici, nous serons acteurs tout autant que spectateurs, tantôt déconcertés, tantôt ravis par un assortiment de situations cocasses et touchantes.

Entraînés par la fanfare, nous voilà désormais sur le plateau nu ou presque, du théâtre. Dans les cintres, on a fait courir une modeste guirlande lumineuse. On a également improvisé une buvette de fortune à l’aide de planches et de tréteaux sur lesquels trônent quelques boissons, des gobelets et des vases, contenant petits drapeaux et chrysanthèmes. Six garçons en chemise blanche et pantalon noir font gracieusement le service. Aimantés par cette première attraction, ce n’est qu’après avoir décroché un drapeau et/ou un petit verre que nous nous interrogeons sur la présence d’un cercueil, surélevé et disposé au centre de la scène.

Nous dansons bientôt

Au pied du cercueil, un joli clown sans maquillage, simplement vêtu d’un pyjama bleu à rayures, adresse à qui veut bien les recevoir ses mines charmeuses. C’est pour fêter sa mort que nous avons été conviés. Le succès de la cérémonie dépendra de notre propension à en suivre les règles. Parfaitement guidés par les musiciens, les garçons et le clown, nous dansons bientôt sous une pluie de confettis, avec un plaisir partagé.

Ici, il n’est pas question de prouesse technique, de jeu époustouflant ou de drame poignant. On peut d’ailleurs se demander s’il est seulement question de technique, de jeu et de drame, tant la trame du spectacle est squelettique. Mais, avec des moyens dérisoires, une grande discrétion et beaucoup de finesse, Jean Lambert‑Wild donne à voir le théâtre dans son plus simple et son plus essentiel appareil. Un rassemblement populaire où la joie peut demeurer, quelle que soit la gravité des sujets traités. Enfin, il rappelle l’homme à son devoir de légèreté en détournant la parole divine : confettis nous étions, confettis nous retournerons. Habile calenture… 

Delphine Padovani


Chantons sous la mort, « calenture » nº 325 de l’« Hypogée » de Jean Lambert‑Wild

Pour acteur, cercueil, confettis et installation sonore

Comédie de Caen-C.D.N. de Normandie • 32, rue des Cordes • 14000 Caen

02 31 46 27 27

Site : www.comediedecaen.com

Courriel : accueil@comediedecaen.fr

Avec : Jean Lambert-Wild

Et Tom Bertrand, Arthur Clot, Arnaud Jabouin, Jean‑Charles Jeantet, Théo Le Perron, Benoît Saladino

Accompagnés par Bakchich Fanfare

Composition musicale : Jean-Luc Therminarias

Direction technique : Claire Seguin

Son : Christophe Farion

Coproduction : La Coopérative 326, Le Granit-scène nationale de Belfort

Production déléguée : Comédie de Caen-C.D.N. de Normandie

Domaine d’O • 178, rue de la Carrièrasse • 34090 Montpellier

Site du théâtre : www.domaine-do-34.eu

Courriel de réservation : billetterie@domaine-do-34.eu

Réservations : 0 800 200 165

Dimanche 28 octobre 2012 à 16 heures

Durée : 45 min

Entrée libre

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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