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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 15:55

Alain Chamfort : le grand retour

 

En cinq concerts exceptionnels à L’Alhambra, Alain Chamfort a su surprendre son public. Pas de nouveaux titres (son dernier album « le Plaisir » date de 2003) mais une nouvelle orchestration électro avec D.J. Et surtout, deux heures et trente minutes d’empathie en compagnie d’un toujours jeune homme à l’humour ravageur. Fini le chanteur mièvre, voici le nouvel Alain ou comment vous mettre de bonne humeur en période de crise. Serait-ce « le grand retour du has-been » ?

 

C’est une population « bobo chic » qui s’installe très sagement ce samedi soir dans la mythique salle de L’Alhambra. Un public de 7 à 77 ans qui semble conquis d’avance (quelques parents venus avec leur enfant, de très jolies femmes légèrement surreprésentées, mais guère de « jeunes d’aujourd’hui »).


Passé une première partie assurée par Skye (jeune chanteuse sensuelle à la voix sublimement grave, qui interprète des reprises très personnelles de France Gall, Nougaro ou encore Gainsbourg, mais qui tente maladroitement de chauffer la salle), notre dandy national entre en scène, costume gris, chemise blanche, sans fioritures.


C’est la première surprise : le concert s’ouvre sur un clip en noir et blanc, dans lequel il se met en scène dans le métro, où personne ne le reconnaît ni ne le connaît. « Ce n’est que moi, le vieil Alain, j’demande qu’on m’aime, pas le Pérou. » Désarmant d’humour et de tendresse, il poursuit une jeune femme, qui n’a que faire de ses assiduités : « Je suis trop mièvre, c’est ça ? Pas assez rock, trop gentillet ? Ma maison de disques et mon ex-femme n’arrêtent pas de me le répéter… » Drôle aussi lorsqu’il lui demande son prénom pour faire une chanson sur elle : « Gabrielle ? Ah, dommage, c’est déjà pris ! C’est pas grave, je dirai Gaby ». Le ton est donné.


Viennent les premières chansons, et l’on est d’emblée accrochés. D’abord par les arrangements musicaux grâce au talent de Pierre Lucas aux platines et Vincent Brulin à la guitare, déjà présent depuis trois-quatre ans dans les tournées. Ensuite par les lumières (Tony Weber) et les arrangements vidéo (Frank Villano). Le cyclo en fond de scène ne cesse de nous étonner avec tantôt des images de New York ou Moscou, tantôt d’une violoniste ou de la chanteuse Skye en accompagnement virtuel. Alain Chamfort, au synthé, nous régale de ses meilleurs tubes (Rendez-vous au paradis, la Fièvre dans le sang, Pas la moindre différence, Malaise en Malaisie, puis plus tard les très réussis Clara veut la lune, Sorcier ou encore Chasseur d’ivoire…). Lui-même se multiplie parfois pour venir en avant-scène sur un tabouret tandis que son double sur écran joue du synthé.


Arrive ensuite la première chanson en trompe-l’œil (il y en aura deux autres, clous de la soirée qui donnent le titre à son spectacle Chansons en trompe-l’œil). Vincent Delerm apparaît au téléphone sur l’écran et, « surpris » d’intervenir en plein concert, s’invite à venir chanter sur scène en triple exemplaire sur l’écran magique (La danse, c’est naturel). Non sans rappeler Philippe Katerine, il danse en sous-pull Lycra rouge à droite, jaune à gauche, et chante au centre.


C’est plus tard à Michel Delpech que revient la palme de l’irrésistible : l’illusion de sa présence est parfaite, et son interprétation de Quand j’étais chanteur donne envie de l’embrasser. Partageant le même humour que Chamfort, le duo plein de complicité se met alors à chanter le Grand Retour, et on en redemande. Classieux messieurs. La dernière « présente » sur scène sera Jane Birkin pleine de tendresse non feinte dans son interprétation de T’as pas le droit d’avoir moins mal que moi.


Passé maître dans l’art de l’autodérision, le chanteur offre ensuite à son public plus que ravi un échantillon de sa période « Cloclo » : Madona puis Bébé chanteur… tout en feignant d’en avoir oublié les paroles. À d’autres instants du concert, Alain Chamfort a l’art de nous émouvoir comme lorsqu’il chante Traces de toi ou qu’il rend hommage à Jacques Duvall (l’Ennemi dans la glace).


Mais, si les spectateurs venus sont nombreux pour remonter le temps, ce que l’on retiendra est surtout la manière dont Alain Chamfort a su redynamiser son répertoire. Avec un rythme de plus en plus électro et réussi (Sorcier, Bambou), il conduit la salle pourtant si sage à se lever pour danser sur un Manureva entièrement revisité. Ça marche, on est joyeux de le voir danser sur Souris puisque c’est grave et heureux de l’entendre remercier son jeune producteur de 24 ans, Ludovic Martin. Au rappel, alors que quelques « Claudettes » ont été invitées à monter sur scène, c’est comme si on était en boîte, et on n’a pas envie de partir.


On connaissait l’humour audacieux de Chamfort depuis son clip sur les Beaux Yeux de Laura (dans lequel il nous signalait au moyen de pancartes qu’il venait d’être viré de sa maison de disques EMI) et son Impromptu au jardin du Luxembourg. Ce concert, en plus d’un pari musical gagné, en est une nouvelle preuve.


On en sort avec un sourire naturel aux lèvres, des étoiles plein les yeux et le sentiment que Chamfort mériterait d’élargir son public. Son album en préparation sur la vie d’Yves Saint Laurent laisse en tout cas présager que la classe et l’élégance seront toujours au rendez-vous. 


Marie Coulonjou

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Alain Chamfort, Chansons en trompe-l’œil

Ludovic Martin Productions

01 46 48 90 10 | 06 85 77 58 59

www.alain-chamfort.net

www.myspace.com/alainchamfort

Avec : Alain Chamfort, Vincent Brulin (guitariste), Pierre Lucas (D.J.)

Lumières : Tony Weber

Son : Jim Poitevin

Conception vidéo : Frank Villano

L’Alhambra • 21, rue Yves-Toudic • 75010 Paris

Métro : République

Du 25 au 29 novembre 2008 à 21 heures

Skye

Nouvel album : All My Tears (Believe Digital label)

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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